La conscience est une réalité importante pour l'homme moderne. Pour la définir, il convient de distinguer la conscience psychologique et la conscience morale. La première est simplement le sentiment de soi-même que toute personne possède du fait même d'exister. On connaît la locution "avoir conscience". La conscience morale implique la conscience psychologique, mais elle y ajoute la perception d'une obligation qui s'impose à la personne. La conscience morale est l'exercice d'un jugement sur le bien et le mal par la raison pratique. Les émotions entrent en jeu dans le mécanisme de la conscience parce que, lorsque l'intelligence détermine ce qu'il faut faire, la personne y est attirée affectivement. Aussi on se sent divisé à l'intérieur de soi lorsqu'on s'abstient de réaliser le bien discerné. Nous donnerons ici des informations sur la conscience morale. C'est à ce domaine que se rattachent des réalités comme "les objecteurs de conscience" ainsi que "l'examen de conscience".

L'Église reconnaît-elle l'existence de la conscience?

Oui, l'Église catholique enseigne que la conscience existe dans l'homme. Elle y donne même de l'importance puisque le mot conscience est employé 72 fois dans les textes du concile Vatican 11 (1962-1965). Parmi les seize documents du concile, il y en a onze qui parlent de la conscience ou y font allusion. Cependant, c'est dans le document « l’Église dans le monde de ce temps » qu'on trouve une doctrine plus systématique sur ce thème. En peu de mots, on y résume une longue tradition d'enseignement. Étant donné le caractère invisible de la conscience, on emploie des comparaisons ou des image pour en parler. On la désigne donc comme une "loi", une "voix", même comme un sanctuaire.

Comment l'Église présente-t-elle la conscience morale?

D'après la doctrine officielle de l'Église catholique, il nous semble que c'est au dedans de la conscience psychologique que se rencontre la conscience morale. "Au fond de sa conscience, l'homme découvre la présence d'une loi qu'il ne s'est pas donnée à lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix, qui ne cesse de presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité de son coeur : "Fais ceci, évite cela". Car c'est une loi inscrite par Dieu au coeur de l'homme; sa dignité est de lui obéir, et c'est elle qui le jugera. La conscience est le centre le plus secret de l'homme le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C'est d'une manière admirable que découvre à la conscience cette loi qui s'accomplit dans l'amour de Dieu et du prochain" ("L'Église dans le monde de ce temps", no 16).

La Bible enseigne-t-elle quelque chose sur la conscience?

Oui, en de nombreux passages, la Bible enseigne l'existence de la conscience. Sous l'inspiration de Dieu, saint Paul a donné un enseignement très riche sur ce thème dans le Nouveau Testament. Par exemple, lorsqu'il parle de ce qui mène les hommes vers la justice, il distingue la Loi de Moïse, qui est révélée, d'une autre loi plus secrète dont les païens sont déjà en possession. Il écrit : "Quand des païens privés de la Loi (de Moïse) accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, ils montrent la réalité de cette loi inscrite en leur coeur, à preuve le témoignage de leur conscience ainsi que les jugements intérieurs de blâme ou d'éloge qu'ils portent les uns sur les autres" (Romains 2,14-15).

Les penseurs païens ignoraient-ils la conscience?

Non, les philosophes païens ne méconnaissaient pas la conscience. C'est même un point de contact avec la Bible. Le terme de conscience morale ("suneidesis") vient des stoïciens, un groupe de penseurs grecs de l'Antiquité. Préparant peut-être ainsi le vocabulaire et la doctrine de saint Paul, ils perçoivent la conscience comme un instinct de conservation de la personne spirituelle, par laquelle notre raison pratique se règle sur l'esprit ordinateur du monde. Autrement dit, c'est le pouvoir humain d'ordonner sa conduite selon le vouloir de la divinité. Les plus religieux d'entre les stoïciens, comme Sénèque, y voient explicitement la manifestation d'une présence divine en nous. L'idée se popularisera à ce point que nous la voyons exprimer même par le poète Ovide: "deus in nobis" (Dieu en nous).

D'après la Bible, faut-il suivre sa conscience?

Oui, d'après la Bible il faut suivre sa conscience car elle nous guide vers le bien. Il faut lui obéir parce qu'elle a un pouvoir de nous commander. Des Corinthiens du temps de saint Paul avaient décidé de manger des viandes qui avaient été offertes aux idoles, c'est ce que leur dictait leur conscience. Comme les divinités païennes n'existent pas, les viandes qui leur ont été offertes ne sont en rien affectées par les rites dont elles ont fait partie. Devant certains doutes, l'apôtre encourage les Corinthiens à suivre leur conscience. "Tout ce qui se vend au marché, mangez-le sans poser de question par motif de conscience; car la terre est au Seigneur, et tout ce qui la remplit. Si quelque fidèle vous invite et que vous acceptiez d'y aller, mangez tout ce qu'on vous sert, sans poser de question par motif de conscience" (1 Corinthiens 10, 25-27). Notons que le principe donné ici est important Le chrétien doit agir franchement, résolument, sans timidité, d'après le jugement de sa conscience.

"Suivre sa conscience" a-t-il un sens différent maintenant?

Non, le principe selon lequel il faut suivre sa conscience n'a pas changé pour les gens d'aujourd'hui. La même obligation qui s'imposait aux Corinthiens du temps de saint Paul régit à présent la vie des chrétiens et même de tous les hommes. Les moralistes non-chrétiens seraient très certainement d'accord là-dessus. Cela veut dire que la conscience de l'homme moderne doit juger de ce qui est bien ou mal en ce qui concerne le problème de paiement de ses impôts, de la participation active à un conflit armé, de l'avortement, de l'euthanasie (mort provoquée d'un malade), du contrôle des naissances ainsi que de l'accueil d'immigrants ou du partage des richesses. Un des exemples dans l'enseignement du concile Vatican Il est ce qui touche la transmission de la vie. Les époux forment un jugement sur le nombre d'enfants qu'ils désirent en tenant compte des circonstances. "Ce jugement, ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent l'arrêter devant Dieu. Dans leur manière d'agir, que les époux chrétiens sachent bien qu'ils ne peuvent pas se conduire à leur guise, mais qu'ils ont l'obligation de toujours suivre leur conscience, une conscience qui doit se conformer à la loi divine ("L'Église dans le monde de ce temps", no 50).

L'amour doit-il influencer la conscience?

Oui, le jugement de la conscience sur la chose à faire ou à ne pas faire doit être influencé par l'amour. De la pensée aux actes, il y a normalement dans la vie chrétienne intervention de la charité. On sait que l'amour ou la charité, est la priorité absolue dans la conduite du chrétien. C'est l'enseignement de saint Paul. Certains Corinthiens n'avaient pas une foi très solide. Voir d'autres chrétiens manger des viandes offertes aux idoles pouvait ébranler leur foi et les faire retourner aux cultes païens. Ceux à qui leur conscience permet de manger ces viandes doivent veiller alors à ne pas scandaliser l'autre. Ils ont une conscience libre mais ils tiennent compte avant tout de l'autre. Ils vivent en Église. "Si un aliment doit causer la chute de mon frère," écrit saint Paul, "je me passerai de viande à tout jamais, afin de ne pas causer la chute de mon frère" (1 Corinthiens 8,13). Remarquons le principe : par-dessus tout la charité.

Peut-on agir avec un jugement de conscience incertain sur le bien et le mal d'une action?

Non, il n'est pas permis d'agir lorsque notre conscience nous dit que nous faisons quelque chose qui peut être mauvais. Il n'est jamais permis de faire le mal. Devant un cas douteux, la conscience ne doit pas rester dans le vague. Elle doit rechercher les valeurs bonnes et positives suffisantes pour justifier l'activité à entreprendre. La conscience paresseuse qui ne se préoccupe pas de trouver des valeurs réelles pour agir est une conscience immorale. Saint Paul écrit : "Celui qui mange malgré ses doutes est condamné, parce que son action ne s'inspire pas d'une conviction de foi et que tout ce qui ne procède pas de la bonne foi est péché" (Romains 14,23). Le principe a été énoncé par saint Paul relativement aux aliments prohibés par la Loi juive. Comme le chrétien d'aujourd'hui à propos de certains problèmes, celui des origines devait faire un jugement de conscience à savoir si cela lui était permis ou non.

Jésus a-t-il parlé de la conscience?

Oui, Jésus a parlé de la conscience, mais sans employer le mot. Utilisant plutôt l'image de l'oeil intérieur, il a plaint ceux qui ont une conscience déformée, c'est à dire ceux qui jugent du bien et du mal. Dans le sermon sur la montagne, il a dit : La lampe du corps, c'est l'oeil. Si donc ton oeil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. Mais si ton oeil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres!" (Matthieu 6,22-23). Les pharisiens avaient la conscience viciée par l'hypocrisie.

Qu'est-ce que la conscience invinciblement erronée?

La conscience invinciblement erronée est celle de personnes qui, à cause de leur éducation, du milieu où elles vivent ou de pressions sociales sont incapables de prononcer un jugement droit sur des réalités morales évidentes. Par exemple, ne pas tuer ou ne pas voler sont des principes de base de la conduite morale. La conscience invinciblement erronée n'en perçoit pas toujours l'application. L'ambiance des sociétés industrialisées porte à croire que l'avortement est une banale opération chirurgicale, un simple nettoyage : l'avortement n'est plus identifié au meurtre. Une jeune mère peut avoir la conscience déformée sans qu'il soit possible de l'éclairer. Un autre exemple : une famille dont la subsistance est assurée habituellement par le vol. L'entant qui grandit dans cette atmosphère malhonnête peut ne plus considérer le vol comme un mal sérieux : sa conscience a été distordue et sa responsabilité en est beaucoup affectée.

Qu'est-ce que la conscience scrupuleuse?

La conscience scrupuleuse est celle de personnes qui, pour des raisons du même genre de celles évoquées plus haut, font erreur dans l'appréciation de ce qui est bien ou mal. Des maladies nerveuses peuvent les amener à considérer comme mauvaises des choses qui de soi sont indifférentes ou même bonnes. Une éducation souvent trop stricte entraîne ces personnes à vivre selon des jugements faits d'avance, et non des jugements de conscience libres et adaptés à la situation réelle. Par exemple, des personnes âgées ont parfois une conscience scrupuleuse face à l'obligation de la messe dominicale. Si la maladie les a empêchées d'y assister, leur conscience leur dira qu'elles ont commis un péché dont il faut s'accuser au sacrement de pénitence. Elles ont été trop conditionnées par des normes extérieures pour voir que la maladie est suffisante pour enlever une obligation grave.

Que penser d'un avortement décidé "en conscience" ?

Il arrive que des adolescents et des jeunes femmes enceintes jugent en conscience qu'un avortement est nécessaire. Leur santé psychologique et la tranquillité de la famille paraissent l'exiger. A la recherche d'un bien apparent, elles font un jugement moral où ces valeurs l'emportent sur la vie de l'enfant. Leur conscience leur permet d'agir, bien que rarement en toute tranquillité. Elles sont guidées par une conscience invinciblement erronée. Il est difficile pour quelqu'un d'autre de juger de leur culpabilité. Cependant il faut déplorer deux choses : la mort de l'enfant, l'absence d'une conscience proprement éduquée à la lumière des commandements. Chacun est responsable devant sa conscience mais aussi de sa conscience.

Faut-il former la conscience?

Oui, enfants et adultes doivent former leur conscience. La communauté humaine doit éduquer l'instinct qui conduit au bien. Vatican Il déclare : "C'est un droit pour les enfants et les jeunes gens d'être stimulés à porter un jugement de valeur sur les réalités morales avec une conscience droite et de les assumer par une adhésion personnelle" ("L'éducation chrétienne", no 1). L'enfant apprend, par le dialogue avec ses parents et selon leur modèle, les valeurs de la justice. Rappelons l'exemple de la conscience civique pour l'adulte; elle lui prescrit de voter pour un parti politique selon les valeurs morales qu'il représente.

Qu'est-ce qu'un objecteur de conscience?

Un objecteur de conscience est une personne dont la conscience n'est pas en accord avec la loi civile. Les valeurs de l'une s'opposent à celles de l'autre. Ainsi la loi d'un pays oblige un jeune homme à devenir soldat en cas de guerre et à tuer l'ennemi. La valeur représentée est l'intérêt national. La conscience de l'objecteur lui dit au contraire que la vie du soldat ennemi est une valeur supérieure à celle de l'intérêt national. Sa conscience lui interdit de tuer dans le cadre d'une guerre entre nations et même de s'enrôler dans une armée qui pourrait l'y obliger. Dans la vie morale, la conscience est le dernier tribunal auquel l'individu doit soumettre son action. Il n'y a pas d'autres instances. À beaucoup d'endroits, des évêques ont appuyé les objecteurs de conscience.

Qu'est-ce que l'examen de conscience?

Le mot "conscience" doit s'entendre dans un sens un peu différent dans l'expression "examen de conscience". Ce n'est plus le pouvoir de juger le bien et le mal avant l'action mais plutôt après. Origène (3e siècle) parle d'empreintes sur une tablette de cire. Un examen de conscience est en fait une opération où l'intelligence avec la mémoire reconstitue dans l'imagination les bonnes et les mauvaises actions. Cet exercice traditionnel chez les chrétiens peut s'éclairer des dix commandements, des béatitudes et de tout l'enseignement de Jésus. Il vise à l'amélioration de la conduite à l'initiative personnelle de chacun. Le remords de conscience jaillit souvent d'un examen de conscience spontané. Le mal commis devient un souvenir obsédant jusqu'à ce que l'on ait obtenu le pardon, par exemple, dans la confession sacramentelle.

L'examen de conscience a-t-il une origine biblique?

Oui, l'examen de conscience a ses racines dans la Bible. Un prophète a la vision du ciel : "Le tribunal était assis, les livres étaient ouverts" (Daniel 7, 10). De même, saint Jean a la vision du jugement : « Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône; on ouvrit les livres, puis un autre livre, celui de la vie; alors, les morts furent jugés d'après le contenu des livres, chacun selon ses oeuvres » (Apocalypse 20,12). Ces livres, comme le dit une tradition originaire de saint Ambroise, ce sont les consciences. Notre destin éternel s'élabore d'après nos actions quotidiennes et surtout d'après les décisions de notre conscience.