Il deviendra très difficile de transmettre l'Évangile aux générations futures si l'Église ne s'engage pas résolument dans l'aventure du cyberespace et de l'Internet. Voilà la réalité qui motive la passion contagieuse - pour cette culture naissant- de soeur Angela Ann Zukowski, membre du Conseil pontifical pour les communications sociales.

"Je crois qu'avec ou sans l'Église, cette nouvelle culture va évoluer, et rapidement. Si nous ne sommes pas engagés au coeur de la formation de cette culture, nous en deviendrons les marginaux", prévient la directrice de l'Institut pour les initiatives pastorales de l'Université de Dayton (É.-U.). "Plus nous vivrons en marge du cyberespace, moins les navigateurs du réseau Internet nous trouverons. Et s'ils n'y voient pas l'Église, pour eux l'Église n'existera tout simplement pas. Elle existera dans les faits, mais son absence lui aura fait perdre toute pertinence."

Le temps presse, insiste la pionnière du cyberespace, qui veut à tout prix éviter à l'Église son erreur face à la câblodiffusion: une léthargie due à la conviction "qu'il n'y avait pas d'avenir pour le câble". Or, croit-elle, "la câblodiffusion aurait été différente aujourd'hui si nous avions participé à sa création". Aussi soeur Zukowski travaille-t-elle maintenant à la conception de prototypes interactifs qui permettront la formation de réseaux et de "communautés virtuelles de foi".

"Il y a tant de façons pour l'Église d'être présente dans le cyberespace"... Encore faut-il y être très actifs. Toute une exigence : "Il ne suffit pas de créer un site Web. Si vous ne modifiez pas votre page au moins tous les deux jours, vous êtes morts dans le cyberespace! Mieux vaut ne pas y être que d'y être considéré mort."


Diocèse et Paroisses

Pour illustrer ce qu'elle entend par site interactif, la chercheure conseille aux évêques de se donner de tels sites sur l'Internet - un lieu où quiconque le désire pourra poser des questions et livrer ses commentaires. "L'évêque n'a pas besoin de répondre à tous; il peut charger une personne compétente de le faire à sa place. Mais, au moins, les gens sauront qu'on les écoute vraiment. Voilà ce que permet le cyberespace : une communion."

Aucun doute possible dans l'esprit de soeur Zukowski : les diocèses doivent se convaincre que "le cyberespace a sa place au coeur de tous les ministères" : catéchèse, dialogue oecuménique, justice sociale, proclamation de la Parole, évangélisation, etc. De leur travail en commun surgira peu à peu "une restructuration des diocèses, des paroisses, de l'éducation chrétienne". Et même, qui sait, une solution au fossé entre les générations.

"Des recherches, récentes prouvent que le cyberespace remplit peu à peu ce fossé. Les personnes les plus actives sur l'Internet, après les jeunes, sont les aînés de plus de 65 ans", indique l'experte. Sa suggestion : inviter des jeunes du primaire (eh, oui!) et du secondaire à travailler avec le diocèse ou la paroisse, à créer un site web; former des clubs Internet et des communautés de "cyberfoi"!

Chaque paroisse devrait d'ailleurs, selon soeur Zukowski, posséder son propre comité de communications pastorales. Un groupe composé de chercheurs de bonnes nouvelles! Des jeunes préparent un projet intéressant? Des croyants soutiennent des réfugiés récemment arrivés? Une dame décide de porter à manger à son voisin âgé et malade?

"Une fois l'initiative identifiée, explique la communicatrice, il suffit d'écrire un article ou de proposer le reportage au journal local. Dans le cadre de la nouvelle évangélisation, raconter les choses ordinaires - mais extraordinaire! - réalisées par des gens ordinaires, peut avoir un double impact. "La personne dont vous parlez se sent soutenue; peut-être aura-t-elle le goût d'en faire encore plus. Et ceux à qui vous racontez l'histoire peuvent se sentir interpellés à leur tour."

Le grand défi, pour les chrétiens, a toujours été de témoigner du Christ par la sainteté de leur vie. Mais aujourd'hui, les médias sont une occasion unique de partager avec le monde entier l'histoire de ces gens qui sont "nos héros".

"Ça enlève beaucoup de pression de savoir qu'on n'a rien d'extraordinaire à accomplir pour être saint, estime cette femme enthousiaste. Il suffit de travailler, dans la vie ordinaire de chaque jour, à devenir la personne que Dieu a voulue, à utiliser mes talents pour bâtir des relations positives et pour aimer. "Si je vise cela jour après jour, sans me comparer à d'autres, mais à moi-même, je suis un saint, une sainte. Plus les gens vont réaliser cela, plus ils vont se décider pour la sainteté.

Mais que vient donc faire la sainteté dans les médias? "Les médias cherchent de l'inattendu, répond soeur Zukowski. C'est la façon de raconter une histoire qui compte chez un témoin et faire toute la différence. Il doit stimuler l'imagination religieuse."


L'inattendu

Un défi pour le Peuple de Dieu que Vatican II a défini comme un peuple de pèlerins. Un peuple attentif aux initiatives de l'Esprit Saint, explique la religieuse américaine: L'imagination religieuse est celle qui reste ouverte aux voies alternatives que Dieu choisit pour nous surprendre, à notre époque et dans notre vie quotidienne. Quelle façon merveilleuse de vivre!

"C'est une imagination ouverte à la créativité et qui fait de nous des artisans de la foi dans la culture contemporaine." Les arts ont donc beaucoup à voir avec l'imagination religieuse: Dans la nouvelle culture de l'audiovisuel et du multimédia, les jeunes apprennent par leurs sens pour qu'ils répondent à l'appel de l'Évangile? Nous avons besoin d'artistes dans les domaines de la musique, de la poésie, de l'architecture, du théâtre, etc.

Qui décide de considérer ce défi au plan du marketing comprend que pour capturer l'imagination des individus, il faut d'abord se poser la question du produit offert : "Qu'avons-nous à leur offrir? Entre autres, une opportunité merveilleuse de s'impliquer en faveur de la justice sociale, une chance inouïe de participer à un changement de paradigme"'

L'Église a toutefois beaucoup à faire, suggère la communicatrice, pour se positionner favorablement dans ce domaine. Il lui faut se convaincre qu'elle offre ce qu'il y a de meilleur! "C'est uniquement s'ils nous voient convaincus et passionnés pour le Christ que les gens voudront se joindre à la communauté de foi appelée Église, résume soeur Zukowski. si nous ne sommes pas passionnés par l'Église, par ce qu'elle peut devenir, nous témoignons mal de l'Évangile.

"En vertu de notre baptême et de notre confirmation, nous avons fait alliance avec Dieu, en Jésus. Tous ensemble, nous sommes l'Église. Une Église guidée par l'Esprit Saint. "Des baptisés se désolent face à la pénurie de vocations et à un tas d'idées noires? C'est peut-être la réalité dans un certain paradigme, mais il est en train de changer : les laïcs sont de plus en plus engagés.

"Si nous parlons toujours de ce que l'Église devrait faire, sans nous sentir interpellés, c'est qu'il nous reste à nous convertir à l'Église-communion".

Une urgence!