J'aimerais parler dans cet article de la philosophie du OUI, cette manière positive de répondre aux besoins spirituels des jeunes d'aujourd'hui en tenant compte des exigences de la société actuelle. Elle nous aidera à comprendre les attitudes et les réactions de nos enfants, à les prévoir et à les orienter judicieusement. Cerner ainsi la problématique de la croissance spirituelle et religieuse des jeunes revient à poser une question d'actualité puisque l'éducation chrétienne ne relève plus uniquement de l'école ou d'une institution religieuse, mais fondamentalement, du milieu familial et de la communauté paroissiale.


1. Actualité de la question

C'est donc à la maison, au sein de son foyer et de son milieu immédiat que l'enfant s'ouvre à la dimension spirituelle et religieuse de sa personne; l'influence parentale étant prioritaire et prépondérante. La question soulevée devient alors actuelle, car elle constitue le lieu même d'actualisation des enjeux combinés de l'évangélisation et de la formation spirituelle. En fait, c'est à son niveau que se situe l'action ultime, personnelle et communautaire, et que se déploient les activités fondamentales d'une démarche libre de prise en charge dans l'économie même de la Nouvelle Alliance de Dieu avec l'humanité. Elle se formule simplement : comment amener progressivement le tout-petit à s'approprier les contenus de foi que son environnement véhicule? Comment l'aider à les intérioriser pour qu'ils deviennent partie intégrante de son expérience humaine? Comment permettre à son potentiel spirituel et théologal de se dérouler en actes au fil des jours, dans la trame des interactions quotidiennes, témoignant par là-même et activement du plan insondable du DieuAmour? Comment agir spécifiquement, en tant que parents et/ou éducateurs, pour qu'il dise continuellement, totalement et dans la joie: je suis heureux de vivre, d'être là avec ma famille - dans mon milieu - au service de Dieu et des autres! Quoi faire pour le laisser exprimer, spontanément et à sa façon personnelle, que la vie vaut la peine d'être vécue lorsqu'on découvre la personne du Christ ou qu'on essaie de comprendre et de vivre son enseignement?


2. Ébauche d'une solution

Considérant la foi comme un processus d'intégration des diverses activités qui structurent l'expérience humaine dans la recherche du sens de la vie, j'ai pu conclure, à partir des données de l'enquête empirique auprès de 300 familles interrogées que: la confiance en soi et en l'autre est essentielle à une construction positive de l'image de soi, à l'établissement de relations interpersonnelles fructueuses, ainsi qu'à l'émergence, à l'affirmation puis au développement de la foi en Dieu. Tout laisse croire que ce phénomène se prépare par symbiose au cours de la vie intra-utérine (phase prénatale), puis par osmose au cours des deux premières années de la phase postnatale. Le tout-petit l'intériorise progressivement en imitant ses parents; il en prend conscience ensuite, au fur et à mesure de ses interactions avec son milieu immédiat ou avec l'univers religieux qui lui est présenté d'actualité. Tout au long de la croissance, cette prise de conscience se déroule d'abord à un niveau empirique et figuratif, puis rationnel et opératif enfin opérationnel et normatif.

Au premier niveau, la conscience subit surtout l'influence des perceptions, des intuitions, des émotions, des images, etc... Au deuxième niveau, elle s'active par ses fonctions de recherche, de compréhension, de représentation, d'expression, de description ou d'évaluation, etc... Au troisième niveau, elle détermine ses objectifs et réfère aux moyens ou aux décisions appropriées afin d'expliciter la réalité, ce qui manifeste les liens étroitement tissés entre les aspects physiologique, psychique, socio-moral et spirituel de la croissance personnelle. L'être humain vit, perçoit, connaît, comprend, apprend, exprime, s'exprime, éprouve, décide, agit ou réagit et détermine une signification à ses engagements.


2.1 Attitudes parentales requises

Telle est justement la spécificité de la vie spirituelle : donner, librement et délibérément, un sens personnel à l'existence. Précisé conformément au message chrétien, ce sens de la vie et de l'amour ne peut se manifester que centré sur l'amour: celui de Dieu et des autres. Encore faut-il être éveillé et formé à une telle réalité! Pour ce faire, la relation entre les parents et leurs enfants englobe un ensemble d'attitudes qu'il est important d'identifier. L'enquête m'a permis d'en préciser quelques unes :



Autrement dit, même si le temps est une denrée rare, ou même si les parents, sont entraînés dans le tourbillon des activités (professionnelles, sociales et de loisirs), ils sont toujours appelés à "prendre le temps d'un temps à aimer et à écouter", un temps quotidiennement mis à l'entière disposition de leurs enfants. C'est la seule manière de leur permettre :


Ainsi imprégné par ce qu'il voit, touche ou sent, chaque jeune participe alors au vécu de l'expérience de foi de ses parents. La qualité du climat, aussi bien affectueux que religieux, dans lequel il baigne, éveille sa sensibilité. Elle comble son besoin d'être aimé, le sécurise et stimule son besoin de comprendre, d'aimer et de signifier. Il n'apprend pas à être chrétien: il vit en chrétien.


2:2 Quelques réactions d'enfant

Or, les résultats de l'enquête m'ont aidée à dégager trois types de parents en relation avec la formation spirituelle et religieuse de leurs enfants: ceux qui se contentent du baptême et qui n'ont pas le temps de s'occuper de leurs enfants; ceux qui s'éveillent spirituellement à la naissance des enfants, leur communiquent leurs valeurs dans leur agir mais laissent à l'école le soin de leur assurer une éducation chrétienne; et enfin ceux qui s'impliquent dans la formation spirituelle et religieuse de leurs enfants: ils créent l'ambiance de vie chrétienne dans leurs gestes et leurs paroles, dans leurs façons d'agir ou de parler. C'est à partir de leurs réponses et réactions que j'ai relevé les données sus-mentionnées, requises à une croissance spirituelle harmonieuse et à une maturité religieuse équilibrée. D'autant plus que, généralement, à chacune des catégories de parents correspond une catégorie spécifique d'enfants; les exceptions ne contredisant guère cette constatation générale qui s'applique aussi bien aux petits de quatre ans qu'aux adolescents de 10, 12, 15 ou 18 ans.

La 1ère catégorie de sujets utilisent volontairement leur milieu comme un instrument pour satisfaire leurs besoins et leurs désirs. Égocentriques, ils établissent des relations avec leurs parents ou leurs pairs "en fonction" de ce qu'ils attendent d'eux. Comme cet enfant de 4 1/2 ans qui dit: "je prête mes jouets parce que je veux qu'il soit mon ami"; ou cette fillette de 7 ans qui partage sa collation à l'école avec ses amies "parce que je veux qu'elles viennent me voir à la maison"; ou encore ce garçon de 9 ans qui obéit à ses parents "parce que sinon ils me chicanent". Ce type de réponses reflète déjà un amour égoïste .1 . ste qui exprime un OUI fonctionnel aux rapports interpersonnels.

La 2ème catégorie d'enfants découvrent les limites personnelles et celles de la condition humaine. Ils les affrontent avec une confiance ébranlée, en réponse aux demandes explicites d'autrui. Comme cette fillette de 6 ans qui affirme: 'je prête les choses que j'aime parce qu'elle est mon amie"; ou ce garçon de 8 ans qui précise: "j'obéis à mes parents, même si ce n'est pas toujours facile, parce qu'ils me le demandent". Un tel OUI relationnel est conditionnel. C'est l'expression d'un amour réciproque, basé sur des efforts mutuels de coopération et sur des échanges clairement établis.

La 3ème catégorie de jeunes opèrent, à leurs niveaux d'âge respectifs, au-delà des limites personnelles et de celles du monde extérieur. Le conditionnel s'estompe alors et l'enfant devance les attentes de ses parents ou de ses amis. Il choisit d'accorder un amour gratuit en réponse aux demandes explicites et implicites. Il se décentre de lui-même et se donne sans attendre rien en retour: "même si cela ne me tente pas, j'aide ma mère sans qu'elle me le demande, parce que je l'aime" (adolescent de 13 ans); ou "je partage ma collation à la garderie parce que je les aime tous" (3-1/2 ans). Une telle ouverture exprime un OUI filial semblable à celui de jésus qui s'abandonne jusqu'à la croix, à la volonté de son Père, par amour pour Lui et pour l'humanité.


3. Sens chrétien du "Oui"

D'ailleurs, n'est-ce pas là l'essentiel du message chrétien? Écouter la Parole et vivre en conséquence. N'est-ce pas là que se situe la vocation-mission de chaque croyant disciple du Christ? N'est-ce pas là que se retrouve le sens profond des sacrements d'initiation chrétienne? le baptême, un sacrement de " commune-union ", par lequel le sujet "reçoit" l'Esprit et "accueille" l'appel pour grandir, uni au Christ et aux autres. Et la confirmation, un sacrement de "mission" grâce auquel le chrétien reçoit l'Esprit - pour marcher - en union avec le Christ, ou accueille le service et la responsabilité. Alors que le 1er exprime un "OUI à recevoir", le 2ème témoigne un "OUI à se donner", dans la maturité de la foi.

Voilà pourquoi la philosophie du OUI ne peut être qu'une attitude d'écoute et de don qui émerge dès le début de la vie familiale. La famille n’est-elle pas une cellule de l'Église Universelle? À l'instar de la première cellule de ce corps mystique, la Sainte Famille, elle est appelée à accueillir le Don gratuit de Dieu (Jésus, sa parole incarnée) et à y trouver sa joie de vivre. À l'instar du OUI marial et de celui de joseph, les OUI confiants de chaque couple leur permettent de grandir dans l'amour et d'en faire bénéficier le fruit de leur amour. Comme Jésus au sein de sa famille, leur enfant comprendra alors facilement qu'il est appelé à son tour à participer au bonheur trinitaire et à vivre dans cet amour. Les OUI à la vie et à Dieu suivront l'exemple-même du OUI Christologique.

La philosophie du OUI est donc une conception de l'éducation qui intègre les mondes pensé et vécu, humain et religieux, personnel et écologique. Centrée sur les manifestations concrètes de la foi, elle explore les divers modes d'actualisation du "potentiel théologal" grâce auquel Dieu fait vivre la personne qui consent à le laisser agir et à se laisser aimer pour aimer en retour. Esquissée à partir d'une philosophie existentialiste humaniste chrétienne, elle tient compte de la dynamique des différents aspects de la structure de la personne (physique, cognitif, affectif, social, moral, spirituel et religieux). Basée sur le vécu du message chrétien, elle reconnaît la dialectique de l'amour-croix comme norme de toute expérience de foi chrétienne ou comme un style de vie qui fonde, chaque OUI humain.

En somme, la philosophie du OUI émerge de la certitude d'être aimé, quelles que soient les limites de la condition humaine. Doublée d'un effort constant de dépassement (dans le service et le partage), une telle certitude engage librement son auteur (quel que soit son âge) sur la voie du don de soi. La philosophie du OUI dans toute personne qui cherche à connaître, à comprendre, à aimer et à exercer sa liberté, face aux événements de tous les jours, selon l'enseignement du Christ.