Un premier exploit pour Nahed Koussa. Aujourd’hui, il a à son actif trois enregistrements dans le prestigieux livre Guiness des records mondiaux et il compte en réaliser un quatrième pour le mois d’avril 2002.

Lorsque je lui demande pourquoi avoir choisi de dessiner si petit, il me répond : « C’est psychologique, c’est comme escalader le Mont Everest. C’est le même défi! » Nahed, un artiste? « Je ne suis pas du tout un artiste, je suis un Homme avec un don », rétorque-t-il.

Tout a commencé pour ce montréalais, d’origine syrienne, arrivé au pays il y a 14 ans, dans un laboratoire de biologie, lors de ses études universitaires à Paris. Ainsi, au cours de sa formation en agronomie, il passait le plus clair de son temps, à étudier des cellules, les yeux rivés à un microscope. Un jour, il décide de dessiner sur une feuille placée sous l’appareil. Sans trop de peine, il arrive à esquisser un premier tableau. Il ne s’arrête pas là. Il prend le goût à la chose et continue les jours suivants à créer d’autres tableaux miniatures dont la dimension varie de 15 cm à 17 cm.

En 1987, il décide d’exposer ses oeuvres. À sa grande surprise, elles sont toutes vendues et l’exposition est un franc succès. Un journaliste japonais lui suggère de s’inscrire dans le livre Guiness des records. Quelques mois plus tard, Nahed se retrouve dans les pages du livre avec sa plus petite aquarelle du monde.

Dix ans vont passer avant qu’il n’effectue un deuxième record. En 1998, M. Koussa apprend, en lisant un livre historique sur son pays natal, qu’un Syrien a réussi à écrire, en 1830, à l’œil nu, un texte de 29 mots sur un grain de riz. L’histoire le fait sursauter et il décide de tenter l’expérience. Ainsi, un soir, il s’installe sur une table avec, comme instrument de travail, une lampe à huile, un grain de riz, un miroir, une loupe, une plume, de l’encre de Chine et bien sûr, ses bons yeux… Après trois tentatives, il réussit à reproduire le même texte que son compatriote l’avait fait, il y a plus de 200 ans. Nahed veut alors aller plus loin et écrire un plus long texte. À l’aide d’un stylo à très fine pointe (0.01mm) et sous la loupe, il va réussir à entrer un texte de 35 mots. Cela lui vaudra un deuxième record mondial. Ensuite, il écrira sur plusieurs autres grains de riz qu’on retrouve, aujourd’hui, dans des musés, à Paris, à Londres et même à l’hôtel de ville de Laval, puisqu’il a offert une de ses œuvres au maire Gilles Vaillancourt.

Deux records, ce n’était pas assez pour Nahed qui ne vit que pour les défis. Ainsi, à l’aube du troisième millénaire, il décide de souligner, à sa façon, le passage à l’an 2000. « Pour moi, cela représente l’existence de 2000 an de christianisme, donc, il fallait faire quelque chose qui ait un lien avec cet événement », évoque l’artiste très croyant. Il choisit d’écrire une partie de l’Évangile sur un papier à cigarette d’une dimension de 1.5 cm par 1.9 cm. Il mettra deux ans pour achever son travail. Le plus petit évangile manuscrit au monde vient d’entrer dans l’Histoire. Aujourd’hui, l’œuvre se trouve au musée du Vatican.

Sa prochaine performance est, selon lui, la plus difficile. « Cette épreuve est très exigeante au point de vue psychologique et mental », m’avoue l’artiste. « Il faut beaucoup de patience et de concentration ». Ce défi consiste à écrire sur un cheveu humain. Pourquoi un cheveu ? « C’est une idée philosophique », me répond-il. « La vie ne tient qu’à un cheveu ! » Pour ce faire, il va se servir d’une aiguille et de l’encre de Chine. Il a déjà pratiqué à plusieurs reprises sur un cheveu blanc. Son exploit sera réalisé en public, en présence de représentants du livre mondial des records. Il compte écrire les 29 lettres de l’alphabet arabe, sa langue maternelle. Nahed n’a pas encore trouvé le cheveu qu’il utilisera. « Il me faut un cheveu blanc, assez épais et lisse… » Devrais-je lui proposer un de mes cheveux blancs ?

Outre ses exploits et ses talents d’artiste, les gens qui le connaissent vous parlent de Nahed comme de l’homme qui se donne, avec une générosité incomparable, à son entourage et aux plus démunis. En effet, ses implications dans la société sont nombreuses. « Lorsque j’étais plus jeune, les gens qui m’entouraient m’ont beaucoup donné. J’ai eu une chance que je veux partager avec mon prochain », me confie t-il. C’est le message qu’il espère transmettre à ses filles. « J’arrive difficilement à faire passer ce message à mes enfants car mon époque est différente de la réalité d’aujourd’hui, basée sur le matérialisme et sur l’individualisme. Il y a un décalage et une confrontation entre les générations », affirme Nahed.

Comment trouve-t-il le temps d’accomplir tout ce travail? Pour M. Koussa, la réponse est très simple. « Pour faire plus que les autres, il faut profiter et travailler la nuit, pendant que tout le monde dort. » Ce n’est pas étonnant que ses amis le surnomment, depuis son enfance; « l’homme électrique! »