Les Églises du Moyen-Orient

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Les Églises chrétiennes d'Orient, appelées également les Églises orientales, sont les communautés chrétiennes qui se sont constituées et organisées au cours des siècles dans la partie orientale de l'Empire romain où des cultures d'expression grecque s'étaient surimposées aux cultures régionales (araméenne, égyptienne et autres).

Formation des Églises Locales et oecuméniques

Le Moyen-Orient est le berceau de la Chrétienté. C'est en Palestine qu'est née l'Église. Sa création remonte aux premières communautés de disciples qui, après l'annonce de la Résurrection de Jésus et après la Pentecôte, ont essaimé et propagé la Bonne Nouvelle dans le monde.

Au cours des trois premiers siècles, les Églises naquirent comme Églises locales, incarnées dans les diverses cultures existantes. Malgré les oppressions et les difficultés, elles purent faire face aux divisions et aux particularismes divers. Elles s'adaptèrent et s'exprimèrent à travers la variété des cultures. Ainsi se répandit l'Église en Égypte, en Asie Mineure, en Cilicie, en Arménie et en Mésopotamie.

L'organisation de l'Église chrétienne resta longtemps marquée par la structure des cinq grands patriarcats, issus de cette première période missionnaire :

  • Jérusalem pour la Palestine;
  • Antioche pour la Syrie;
  • Constantinople qui contrôle tout le monde hellénistique;
  • Alexandrie dont la juridiction s'étend à l'Égypte et à la Libye;
  • Rome, dont l'évêque n'a d'autorité alors que sur la péninsule italienne;

Ces cinq patriarcats formèrent ce qu'on appelle la pentarchie. Cependant, les patriarcats de Jérulalem, d'Antioche et d'Alexandrie se séparèrent de l'Église au Ve siècle,. Ils ne restèrent vis-à-vis que le patriarcat d'Occident à Rome et celui d'Orient à Constantinople. Au fil des conflits, cette dualité se transforma en schisme qui devint officiel en 1054.

À partir de ce moment-là, on distingua la Chrétienté "latine", rayonnant à partir du centre romain et celle dite "orthodoxe" gravitant autour du patriarcat de Constantinople.

Communication entre les Églises

À cette époque, les événements politiques ne favorisaient pas toujours les échanges fréquents entre les Églises. C'est pourquoi, lorsqu'elles faisaient face aux hérésies et au danger de déviations doctrinales, elles se réunissaient en Synode pour débattre de leurs problèmes et de leurs difficultés internes. Les deux Églises d'Antioche et d'Alexandrie, principales métropoles de l'Orient, étaient les points de référence pour la plupart des Églises. Lorsque les problèmes devenaient insolubles, Rome restait le dernier recours. Ainsi Les Églises orientales vécurent, à la fois, en Églises locales et œcuméniques.

Le grand débat des premiers siècles fut celui de la divinité du Christ, de son humanité, de sa mort et de sa puissance divine. Les premiers conciles tentèrent de dénouer ces crises. En 431, le concile d'Éphèse souligna, contre les nestoriens, l'unité de la nature divine et de la nature humaine de Jésus. En 451, celui de Chalcédoine déclara que cette unité ne fait pas disparaître les deux natures et condamna donc les "monophysites."

Le Mystère de la Sainte Trinité
et la profession de foi de Nicée-Constantinople

Les discussions théologiques des premiers siècles portent d’abord sur le Mystère de la Sainte Trinité et sont provoquées par l’hérésie d’Arius, prêtre d’Alexandrie (v.280 – v.336) qui nie la divinité du Christ en prétendant que le Verbe est une créature. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, défend la divinité du Christ, consubstantiel (homoousios) au Père. Le Concile de Constantinople, en 381, définit la divinité de l’Esprit Saint. La foi chrétienne authentique s’exprime alors dans le Credo de Nicée-Constantinople professé jusqu’à aujourd’hui par tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes et protestants. L’hérésie d’Arius n’a pas laissé de traces dans le christianisme d’aujourd’hui. Elle a été cependant reprise au XIXe siècle par la secte des « Témoins de Jéhovah » qui s’est déclarée en continuité avec Arius.

Le Mystère de l’union hypostatique

La foi chrétienne confesse Jésus Christ vrai Dieu et vrai Homme. Mais comment Dieu et l’homme sont-ils unis en Jésus Christ ? Les discussions théologiques autour du Mystère de la Sainte Trinité étant réglées, c’est la querelle christologique qui retient l’attention des conciles. Comment la divinité et l’humanité sont-elles unies en Jésus ? Il ne faut ni les confondre, ni les séparer.

 

  • Apollinaire de Laodicée (310-390) : prétend qu’en Jésus, le rôle de l’âme spirituelle est tenu par le Verbe. Condamnation d’Apollinaire : Si le Christ n’a pas d’âme humaine, la volonté de l’homme ne peut être sauvée.

  • Cyrille d’Alexandrie (v.380 - v.444) affirme une seule nature (physis) dans le Christ.

  • Nestorius (v.380 - 451) de Constantinople (originaire d’Antioche) affirme quant à lui deux natures.en Jésus. On employait alors le mot physis (nature) dans des sens différents. Nestorius s’en prend au terme de Théotokos, Mère de Dieu, attribué à Marie. Il est condamné au Concile d’Éphèse (431).

  • En 433, une formule d’union réussit provisoirement à concilier les opposants : « Les deux natures (humaine et divine) du Christ sont unies sans confusion en lui, et par conséquent, nous confessons que la Sainte Vierge est vraiment Théotokos. »

  • La querelle renaît entre Théodoret de Cyr en Syrie qui défend toujours les deux natures du Christ sans bien expliquer l’union sans confusion, et Eutychès (av.378 – v.454), un vieux moine de Constantinople, qui prétend que dans le Christ la nature divine a absorbé l’humanité. Pour Eutychès, le corps du Christ n’est pas de la même substance que le nôtre.

  • Condamnation d’Eutychès par un synode réuni par Flavien, évêque de Constantinople. Eutychès fait appel à l’évêque de Rome, Léon 1er le Grand et à celui d’Alexandrie, Diocore.

  • Le Tome à Flavien de Léon : Le Christ a un corps véritable, de même nature que celui de sa mère ; les deux natures sont sauvegardées, elles s’unissent en une seule personne (hypostasis) – Le Christ est une personne en deux natures (union hypostatique). (« Pierre a parlé par Léon »). Distinction entre nature et personne. L’expression de la foi par le Concile de Chalcédoine (451) est refusée par :

 

  • Les Églises monophysites : coptes, jacobites (syrienne d’Antioche, syrienne de l’Inde), arménienne. (Jacobites de : Jacques de Tella dit Baradaï, VIe siècle);
  • Les Églises nestoriennes : assyrienne d’Orient (perse ou chaldéenne : Iran, Irak, Kurdistan), syrienne de Malabar (Inde);
  • 1054 : le schisme d’Orient : rupture entre Rome et Constantinople.

Les Églises d'Orient et la diversité des cultures

Le Moyen-Orient subissait alors des guerres entre les peuples de la région en plus des conquêtes des puissances étrangères. Cependant, les différentes influences ne réussirent pas à faire disparaître les cultures anciennes. Celles-ci se conservèrent, quoique sous forme de minorités vaincues et opprimées, et devinrent avec le temps des minorités ethniques, à l'intérieur des grands empires qui se sont succédé. Le souci de ces minorités fut la conservation de l'identité face aux agressions et aux violences dont elles étaient l'objet. La lutte pour la survie devint ainsi le mobile premier qui déterminait, à tous les niveaux, leurs comportements et leur conduite.

Les conquêtes gréco-romaines laissèrent, dans le pays et surtout dans les Églises, des traces qui se répercutent jusqu'à aujourd'hui. Certains parmi les peuples de la région adoptèrent la culture des nouveaux conquérants et en acquirent la citoyenneté. Mais la plus grande partie s'attacha à sa langue et à sa culture propre : copte en Égypte, araméenne en Syrie, araméenne orientale ancienne en Mésopotamie et en Iran, et arménienne en Arménie puis en Cilicie

À cet Orient, aux cultures diversifiées, l'Église porta le message de salut. Elle ne vint pas avec des armées ou avec la puissance d'une nouvelle culture, mais simplement avec le message d'un salut universel, pour tous. Son seul souci fut de pouvoir annoncer le salut par le moyen des langues et des cultures existantes. Elle s'adapta, avec une rapidité étonnante, parfaitement consciente de sa mission. Bientôt elle devint un élément essentiel dans ses diverses cultures.

Au IVe siècle, après la conversion de l'empereur Constantin, le christianisme devint la religion de l'Empire. Le pouvoir civil s'infiltra alors dans l'Église avec ses concepts et ses comportements aussi bien administratifs qu'humains et la soumit à ses exigences politiques. Une nouvelle face sociale de l'Église apparut. Les traditions des Églises aussi se transformèrent petit à petit en institutions humaines qui étouffèrent la foi, au lieu de rester des cultures vivifiées par l'Esprit rénovateur de Jésus.

A cette époque commencèrent aussi les divisions et les grandes controverses dogmatiques, au sujet de la personne de Jésus-Christ, Verbe éternel de Dieu. Ces divisions eurent des conséquences qui perdurent. Le pouvoir politique se fit l'arbitre dans les affaires religieuses. Il se mit à soutenir une Confession contre l'autre et, du fait que chacune avait son identité culturelle et nationale propre, il provoqua tout naturellement l'opposition des autres cultures. Ainsi commença la première manifestation du "confessionnalisme", qui rétrécit le concept d'Église en le soumettant peu à peu à une vision confessionnelle, dont le souci était la conservation de sa tradition, de son expression dogmatique propre et l'opposition au pouvoir politique dominant.

L'Empire Ottoman, (1516-1918) institutionnalisa définitivement cet état de choses et le compléta par le statut connu sous le nom de "millah" ou communauté religieuse. Il accorda aux chefs religieux des compétences civiles plus grandes à l'égard de leurs fidèles et en fit les représentants officiels pour tout rapport avec le pouvoir civil. Ce nouveau statut fut un autre pas décisif dans la formation de la communauté ethnique et dans la transformation de l'Église en une entité sociale et politique. La création de ce système de minorités religieuses va, par la même occasion, accentuer la sollicitude des européens pour ceux qu'ils croient menacés et proches d'eux. Par le traité de 1569 ("Capitulations"), qui fut régulièrement renouvelé, la France obtint d'importants privilèges commerciaux et la "protection" des chrétiens de l'Empire Ottoman. C'est de là qu'est née la question des chrétiens d'Orient. De plus, après la chute de Constantinople, le Pape tenta d'amener les Églises d'orient sous l'autorité romaine. C'est ainsi que naquirent les Églises "Uniates", c'est-à-dire unies à Rome.

Ainsi, les interférences étrangères contribuèrent également à la consolidation et à l'exploitation du confessionnalisme.

La mosaïque des Églises orientales :

Église Assyrienne

C'est la première des Églises indépendantes (elle n'a pas participé aux conciles d'Éphèse (431) et de Chalcédoine (451). Elle regroupait des chrétiens de l'Empire perse (alors coupés, pour des raisons politiques, du reste du monde chrétien) et elle s'est étendue jusque dans la région littorale de l'Inde occidentale. N'ayant pas participé au concile d'Éphèse qui avait condamné Nestorius (croyant en la séparation des deux natures, divine et humaine, du Christ et refusant donc de voir en Marie la Mère de Dieu), on les appelle aussi nestoriens. Elle est de rite chaldéen et sont siège est à Bagdad.

Églises pré-chalcédoniennes

Elles n'ont pas suivi les conclusions du concile de Chalcédoine (451). Elle sont dites monophysites, car elles croient à l'unité de nature du Christ, sa nature humaine étant absorbée dans sa nature divine. Elles s'appellent aussi orthodoxes (à distinguer des Églises Orthodoxes nées du schisme de 1045 entre Rome et Constantinople, c'est-à-dire entre catholiques d'Occident et d'Orient).

Il s'agit des Églises suivantes :

Copte :

Elle est principalement implantée en Égypte (siège à Alexandrie). Il sont environ six millions. Consultez l'article "Overview of the Coptic Church" par Mike Sharobim pour apprendre plus au sujet de l'église copte.

Syrienne (ou syriaque) :

Elle fut appelée Jacobite du nom de l'Évêque d'Edesse, Jacques Baradée qui en fut l'organisateur au milieu du VIe siècle.

l'Église arménienne :

On retrouve les Arméniens, dits apostoliques ou grégoriens, en Arménie, au Liban, en Syrie, au Canada (siège à Etchmiadzine en Arménie)

Les Églises Orthodoxes

Elles sont nées de la rupture entre Rome et Constantinople (1045). Elles sont aussi appelées byzantines, grecques-orthodoxes ou melkites (ce qui veut dire ralliées à l'empereur de Constantinople). Elles sont sous l'autorité de patriarches totalement autonomes (on parle d'Églises autocéphales) : patriarcat de Jérusalem, patriarcat d'Antioche, patriarcat d'Alexandrie, Église de Chypre, etc.

Églises unies à Rome

Ce sont les seules Églises Catholiques d'Orient. Elles sont nées de scissions au sein des Églises nommées plus hauts et d'efforts, à l'initiative de Rome, pour les faire rentrer dans la juridiction du pape, tout en leur laissant leur rite. Chacune de ces Églises a son organisation propre. Elle est dirigée par un patriarche dont dépendent les métropolites (responsables de provinces) et les évêques (responsables de diocèses)

Il s'agit des Églises suivantes :

  • L'Église Catholique Chaldéenne est issue, en 1551. de l'Église assyrienne ou nestorienne. Elle est dirigée par un patriarche résidant à Bagdad.
  • L'Église Syrienne Catholique est le fruit d'une scission, à partir de 1662, dans l'Église syrienne (ou syriaque).
  • L'Église Catholique Arménienne est issue, de l'Église apostolique arménienne (en 1742). Elle est dirigée par le patriarche arménien catholique de Cilicie, dont le siège est à Beyrouth.
  • L'Église Catholique copte vient d'une scission, achevée au siècle dernier, au sein de l'Église copte. Son patriarche siège au Caire et elle célèbre selon le rite copte.
  • L'Église Grecque-Catholique (ou melkite) d'Antioche issue, en 1724, de l'Église grecque orthodoxe, dont le siège est à Damas. Elle est fidèle au dogme défini par le Concile de Chalcédoine en 451. Elle a été qualifiée de melkite, c'est-à-dire d'impériale par ses adversaires jacobites.
  • L'Église maronite, créée au VIIe siècle au Liban, a toujours été fidèle à Rome. Son siège est à Bkerke (près de Beyrouth).

Notons également l'existence d'un patriarcat latin à Jérusalem, qui regroupe tous les fidèles de rite latin.

Conclusion :

Les communautés chrétiennes d'Orient ont subi les conséquences des conflits de la région et de graves exodes de population. Ils comptent d'importantes diasporas à l'étranger. Ils sont unis dans la défense de leur foi et de leur indépendance. Ils appartiennent à une multitude d'Églises anciennes qui se sont diversifiées à la suite des polémiques théologiques et à cause des conflits politiques qui ont opposé les grandes villes de la chrétienté.

Cette "mosaïque" d'Églises bien enracinées et conscientes de leurs particularités, incarnent des histoires, des cultures et des liturgies différentes. Chacune d'elles a son propre rite, c'est-à-dire une façon particulière de célébrer la liturgie, une organisation hiérarchique et un système juridique propre. Mais au delà de la variété de leurs dénominations, elles ont en commun d'avoir été toutes appelées par le Christ pour être membres de son corps. Leurs traditions ecclésiales incarnent, dans la chair et l'histoire de chacune, l'unique mystère de la tradition de la foi reçue des Apôtres. Elles constituent les formes particulières, adaptées à chaque culture, sous lesquelles le même mystère du salut des hommes est manifesté, actualisé et communiqué.

À l'heure actuelle, les communautés chrétiennes du Moyen-Orient ne dépassent pas dix pour cent de la population et ne représentent qu'un pour cent du christianisme mondial. Mais leur existence a une grande valeur historique, symbolique et même politique.

 

Extrait de :

Quatrième lettre Pastorale du Conseil des patriarches Catholiques d'Orient, "Mystère de l'Église", paru dans la revue "Le Lien", no 2/62e année - 1997

Anne-Marie Eddé, Françoise Micheau, Christophe Picard, "Communautés Chrétiennes en pays d'Islam du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle", Éditions SEDES

Henri Tincq, "Le Catholicisme", Éditions Le Monde

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