Flash sur l'histoire

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Extraits de l'histoire de l'Église Grec Melkite


Larges extraits d'une Synthèse de Mgr Joseph Nasrallah, Exarque de Paris, sur l'HISTOIRE de L’ÉGLISE MELCHITE des ORIGINES à NOS JOURS (publiée dans Le Lien 2/82)
(Nous respectons ici l’orthographe melchite de Mgr Nasrallah).

I'Église melchite n'est pas une Église nationale. C'est une Église particulière, dans le sens canonique du mot, répandue dans tout le Proche-Orient arabe et dans une diaspora qui prend de l'ampleur de plus en plus. Elle est l'héritière légitime des trois sièges apostoliques d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Ses origines se confondent avec la prédication de l’Évangile dans le monde gréco-romain de la Méditerranée orientale et l'extension du Christianisme au-delà des limites de l'Empire. La formation des patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, les premiers au concile de Nicée (325), le troisième à Chalcédoine (451), l'ont façonnée et en ont fait une entité territoriale et juridique.

L’Église melchite doit son caractère d'Église particulière à deux fidélités, celle à l'Empire de Byzance et celle aux sept premiers conciles œcuméniques. Elle ne prit son nom de Melchite cependant qu'à la fin du Ve siècle. Ce sobriquet, inventé par ses détracteurs, les Monophysites, pour stigmatiser sa fidélité à l'empereur (malka en syriaque) Marcien qui avait réuni le concile et au concile de Chalcédoine, qui est le label de son orthodoxie envers la Cattolica.

De nos jours, au point de vue sociologique, I'Église melchite offre une homogénéité ethnique étonnante: son patriarche, son épiscopat, son clergé tant régulier que séculier, ses fidèles sont (surtout) arabes.

La conquête arabo-islamique du Vlle siècle fit passer en quelques années l'aire des patriarcats melchites sous domination non chrétienne: Alexandrie, Antioche et Jérusalem seront en Terre d'Islam jusqu'à la domination ottomane de 1516. À de rares exceptions, les chrétiens ne subiront pas de persécutions, mais un régime de vexations, de sujétions; ils seront désormais des "dhimmis" des protégés. Ils assumeront avec résignation et courage leur nouveau rôle de témoins du Christ en Islam. N'ayant plus de possibilité de jouer un rôle politique, les Melchites - comme d'ailleurs les Jacobites et les Nestoriens - se tourneront vers les professions libérales, surtout la médecine, et seront les artisans de la version en arabe de l'héritage philosophique, médical et scientifique de la Grèce antique.

La reconquête byzantine de l'Antiochène ne dura qu'un siècle (960-1085). Elle eut pour conséquence la byzantinisation de la liturgie des trois patriarcats. L'adaptation des us et coutumes liturgiques de la Ville impériale sera à peu près consommée à Antioche à la fin du XIIle siècle.

Le règne des Mameluks (1250-1516) ne mit pas seulement fin aux possessions franques en Orient, mais fut une période cruciale pour les Communautés chrétiennes: persécutions, destructions, massacres furent leur lot. C’est durant le règne de ces esclaves couronnés que le christianisme accusa une forte régression; des régions entières furent islamisées ou vidées de leur population. Cependant le petit reste perpétua sa mission qui prit de plus en plus un caractère de témoignage et de fidélité au Christ. Les confesseurs et les martyrs n'y manquèrent pas.

La conquête ottomane (1516-1918) ne fut pas plus clémente, du moins jusqu'au XVlle siècle. Il y avait longtemps qu'on avait cessé de voir dans les chrétiens des protégés, pour ne plus se souvenir que de leur qualité d'infidèles. Les pachas avaient toute liberté d'action à l'égard de cette catégorie d'administrés, privés de moyens légaux de protestation.

Désormais tout l'Orient dépendait d'une seule autorité, celle du sultan. Ce dernier sut mettre à profit la situation. Constantinople deviendra non seulement capitale politique d’un immense empire, mais capitale religieuse de l'Orient, comme Rome l'était pour l'Occident. Le patriarche œcuménique fut appelé à exercer une autorité sur les hiérarques melchites. Leur confirmation et parfois leur élection dépendent désormais du Phanar. La hiérarchie d'Alexandrie et de Jérusalem s'hellénisa complètement. A partir de 1534 jusqu'à nos jours, tous leurs sièges épiscopaux furent attribués à des grecs. Les deux patriarcats se coupèrent ainsi de la Cattolica pour embrasser le schisme.

L'Hellénisme n'eut pas de prise sur Antioche dont les patriarches étaient choisis dans le clergé indigène; ils conservèrent pour la plupart des liens avec Rome. Le patriarcat profond ne varia pas dans sa croyance, même lorsque l'un ou l'autre de ses hiérarques se trouva être plus favorable à Constantinople qu'à Rome. Une Église n'est pas formée uniquement de son chef; elle comprend aussi les évêques, le clergé et le peuple. Les fidèles portent en eux-mêmes un sens de la vérité, un instinct sûr qui lui permet de la reconnaître. Parce que le Pape Honorius pencha vers le monothélisme, eut-on jamais l'idée de déduire que l’Église d'Occident embrassa cette hérésie?

L'échec de l'Union tentée à Florence servit de leçon à Rome. L'établissement d'une communion formelle avec une Église orientale devait s'opérer par la base et non par le sommet. Dans un premier stade, des missionnaires (Jésuites, Capucins, Carmes, Franciscains) se mirent au service de la hiérarchie locale et coopérèrent avec elle. Des pasteurs qui n'étaient pas en communion formelle avec Rome encourageaient leurs ouailles à s'adresser aux missionnaires. Le peuple sentait la nécessité d'une intelligence plus profonde de la foi traditionnelle qu'il vivait malgré mille ans de répression. Il aspirait à la trouver auprès de religieux plus instruits que son clergé. Des deux côtés, on était assuré de participer à une même foi. Cependant, une fraction attirée par le renom de la culture occidentale et sa civilisation prit en bloc ce que la latinité lui apportait. C'est ainsi qu'après quelques décennies l'ont vit apparaître une nouvelle manière de concevoir la foi traditionnelle. Le comportement de ces nouveaux catholiques fut considéré comme une trahison et une mutation de la foi ancestrale par une fraction attachée à son passé. Ainsi la communion dans la foi avec la Cattolica qui n'avait cessé de fleurir dans le patriarcat d'Antioche fut mise en question et deux manières de la concevoir firent leur apparition. L'identité antiochienne se perdit. Une fraction de ses fidèles pencha vers Byzance et devint plus constantinopolitaine qu'antiochienne, et l'autre vers Rome avec une forme de relation plus romaine que fidèle à la foi de l'Église locale. De sorte qu'à la mort du patriarche Athanase en 1724, une double lignée de patriarches fut instaurée : l'une orthodoxe et l'autre catholique. Elles durent jusqu'à nos jours.

Date fatidique que celle de 1724, deux hiérarchies parallèles, deux communautés sœurs qui se déchirent sous l'œil bienveillant des Turcs, qui accordent le siège patriarcal et les évêchés aux plus offrants. Les martyrs et les confesseurs ne manquèrent ni à l'une ni à l'autre. Deux routes divergentes et deux destinées conduisaient désormais les deux Églises, la catholique et l'orthodoxe.

La première, puisque c'est d'elle que nous devons parler, (c.à.d. I'Église Grecque-Melchite-Catholique), s'organisa intérieurement. De nouveaux Ordres monastiques furent fondés, un clergé éduqué à Rome dispensait l'enseignement dans des écoles nouvellement fondées. Un séminaire fut ouvert à Aïn Traz (1811 ). Malgré une crise de croissance qui dura jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, due surtout à l'antagonisme des nouvelles congrégations monastiques entre elles. L'Église melchite trouva son équilibre, des conciles locaux la dotèrent d'une organisation solide et, ainsi, elle s'étendit et se développa. La providence lui ménagea, au XlXe siècle, deux grands patriarches: Maximos Mazloum (1833-1855) et Grégoire Joseph (1864-1 897 )

Nous nous souvenons tous de la grande figure de Maximos IV (1947-1967) et de son action à Vatican II. On a dit de lui avec raison qu'il a été l'un des Pères qui firent le Concile. En effet, ce dernier lui doit maintes de ses orientations. Peut-être que, eu égard au petit nombre de fidèles de son Église, sa hardiesse parut téméraire à certains. Mais lui était conscient qu'il parlait au nom du frère absent de la grande Église orthodoxe qui ne compte pas moins de deux cents millions de fidèles. Il puisait sa force et son mordant dans la conception qu'il avait de son Église, pont entre Rome et l'Orthodoxie. Depuis son élévation sur le trône patriarcal, son successeur, S B. Maximos V Hakim (22 novembre 1967), chef actuel de l’Église melchite, suit la lancée de son prédécesseur, tout en prêtant une attention particulière au problème de la Diaspora de son Église. Plus de la moitié de ses effectifs vit, en effet, en dehors des limites imposées à notre Patriarcat.

Pourquoi la communauté porte-t-elle le titre de "Melkite"?

Le terme melkite signifie roi en syriaque, en hébreux et même en arabe.

Il faut remonter bien loin dans l'histoire. Au Ve siècle il y eut une hérésie (le Monophysisme) qui affirmait que dans le Christ il y a une seule nature. Pour ces monophysites le verbe a pris un corps humain et non l'humanité. Mais l'Église officielle affirme que Dieu s'est uni à l'humanité sans confusion dans l'unité existentielle du Christ. Le roi byzantin de ce temps, Marcien, convoqua un concile général en 451, dans la ville de Chalcédoine prés de Constantinople pour résoudre le problème. L'assemblée générale vota pour la croyance de l'Église Universelle et le roi ratifia la résolution. Les monophysites rejetèrent cette solution et donnèrent à leurs adversaires le sobriquet de Melkites, parce qu'ils sont du côté du roi.

Pourquoi les Melkites sont-ils appelés Grecs Catholiques? Est-ce qu'ils sont Héllènes?

Du temps de l'empire arabe en Orient, le titre officiel était "Melkites". Mais lorsque les Croisés et les Européens commencèrent à prendre contact avec les Orientaux, ils traduisirent le terme "Roum" par le mot "Grec", Car du temps de l'Empire turc, tous les Catholiques indigènes orientaux dépendaient du patriarche orthodoxe de Constantinople. les étrangers européens croyaient que tous ceux qui portaient le titre de roum et qui dépendaient du Patriarche grec étaient des grecs, des hellènes, alors que le mot roum vient de "Romanus, i.e. dépendant de Rome l'ancienne Byzance que Constantin le grand dénomma Constantinople, laquelle devint la nouvelle Rome par opposition à l'Ancienne Rome capitale de l'empire romain.

C'est pourquoi, les européens qui sont venus en Orient ont traduit le mot roum par grec. C'est ainsi que ce titre est se rattacha définitivement aux Melkites Catholiques.

En 1724, le Patriarcat grec melkite catholique fut scindé en deux branches : Catholique et Orthodoxe. La branche catholique resta en union avec l'ancienne Rome du Pape, et garda son titre Grec Catholique Melkite et la deuxième branche préféra l'union avec Constantinople, la nouvelle Rome, séparée depuis longtemps de Rome du pape et depuis cette scission, ils ont rejeté le titre de Melkite et ont gardé le seul titre de "Grecs Orthodoxes"

Aujourd'hui il y a deux Patriarcats d'Antioche de rite byzantin : Le Patriarcat grec melkite catholique et le patriarcat grec orthodoxe qui devint entièrement arabe depuis plus d'un siècle

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Synode


Synode

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Catholic and Orthodox Common Declaration


(1) His Holiness John Paul 11. Bishop of Rome and Pope of the Catholic Church, and His Holiness Moran Mor Ignatius Zakka I Iwas Patriarch of Antioch and All the Eat and Supreme head of the Universal Syrian Orthodox Church. Kneel down with full humility in front of the extolled and extolled Heavenly Throne of our Lord Jesus Christ. Giving thank: for this glorious opportunity I which has been granted them to meet together in His love in order to strengthen further the relationship between their two sister. Churches the Church of Rome and the Syrian Orthodox Church of Antioch. The relationship already excellent through the joint initiative of Their Holinesses of blessed memory Pope Paul VI and Patriarch Moran Mor Ignatius Jacob III.

(2) Their Holiness Pope John Paul II and Patriarch Zakka I wish solemnly to widen the horizon of their brotherhood and Affirm herewith the terms of the deep spiritual communion which already unites them and the prelates, clergy and faithful of both Their Churches to consolidate these ties of Faith, Hob and Love, and to advance in finding a wholly ecclesial life.

(3) First of all, Their Holinesses confess the faith of their two Churches, formulated by the Nicene Council of 325 AD. And generally known as (The Nicene Creed). The confusions and schisms that occurred between their Churches in the later centuries, they realize today, in no way affect or touch the substance of their faith, since these arose only because of differences in terminology and culture and in the various formulae adopted by different theological schools to express the same matter. Accordingly, we find today no real basis for the sad divisions and schisms that subsequently arose between us concerning the doctrine of Incarnation... In words and life we confess the true doctrine concerning Christ our Lord, notwithstanding the differences in interpretation of such a doctrine which arose at the time of the Council of Chalcedon.

(4) Hence we wish to reaffirm solemnly our profession of common faith in the Incarnation of our Lord Jesus Christ, as Pope Paul VI and Patriarch Moran Mor Ignatius Jacob III did in 1971. They denied that there was any serene in the faith they confessed in the mystery of the Word of God made flesh and become truly man. In our turn we confess that He became incarnate for us taking to himself a real body with a rational soul. He shared our humanity in all things except sin. We confess that our Lord and our God. Our Saviour and the King of all, Jesus Christ, is perfect God as to His divinity and perfect man as to His humanity. In Him His divinity is united to His humanity. This union is real. Perfect. Without blending or mingling, without confusion, without alteration, without division, without the least separation. He, who is God eternal and indivisible, became visible in the flesh and took the form of servant. In him are united, in a real, perfect, Indivisible and inseparable way divinity and humanity, and in Him all their properties are present and active.

(5) Having the same conception of Christ, we confess also the same conception of His mystery. Incarnate, dead and risen again, our Lord God and Savior have conquered sin and death. Through him during the time between Pentecost and the Second Coming, the period which is also the last phase of time, it is given to man to experience the new creation, the kingdom of God, the transforming ferment (cf. S1. Mt. XIII: 33) already present in our midst. For this God has chosen a new people, His holy Church which is the body of Christ. Through the Word and through the Sacraments the Holy Spirit accts in the Church to call everybody and make them members of this Body of Christ. Those who believe am baptized in the Holy Spirit in the name of the Holy Trinity to form one body and through the Holy Sacrament of the anointing of Confirmation their faith is perfected and strengthened by the same Spirit.

(6) Sacramental life finds in the Holy Eucharist its fulfillment and its summit, in such a way that it is through the Eucharist that the Church most profoundly realizes and reveals its nature. Through the Holy Eucharist the event of Christ's Pasch expands throughout the Church. Through Holy Baptism and Confirmation, indeed, the members of Christ are anointed by the Holy Spirit, grafted on to Christ; and through the Holy Eucharist the Church becomes what she is destined to be through Baptism and Confirmation. By communion with the body and blood of Christ the faithful grow in that mysterious divination which by the Holy Spirit makes them dwell in the Son as children of the Father.

(7) The other Sacraments, which the Catholic Church and the Syrian Orthodox Church of Antioch hold together in one and the same succession of Apostolic ministry, i.e. Holy Orders, Matrimony, Reconciliation of penitents and Anointing of the Sick, are ordered to that celebration of the Holy Eucharist which is the center of sacramental life and the chief visible expression of ecclesial communion. This communion of Christians with each other and of local Churches united around their lawful Bishops is realized in the gathered community which confesses the same faith which reaches forward in hope of the world to come and in expectation of the Savior's return and is anointed by the Holy Spirit who dwells in it with charity that never fails.

(8) Since it is the chief expression of Christian unity between the faithful and between Bishops and priests, the Holy Eucharist cannot yet be concelebrated by us. Such celebration supposes a complete identity of faith such as does not yet exist between us. Certain questions. In fact, still need lo be resolved touching the Lord's will for His Church, as also the doctrinal implications and canonical details of the traditions proper to our communities which have been too long separated.

(9) Our identity in faith though not yet complete, entitles us to envisage collaboratortion between our Churches in pastoral care, in situations which nowadays are frequent both because of the dispersion of our faithful throughout the world and because of the precarious conditions of these difficult tines. It is not rare, in facts for our faithful to End access to a priest of their own Church materially or morally impossible. Anxious to meet their Needs and with their spiritual benefit mind, we authorize them in such cases to ask for the Sacraments of Penance, Eucharist and Anointing of the Sick frown lawful priests of either of our two sister Churches, when they need them. It would be a logical corollary of collaboratortion in pastoral care to cooperate in priestly formation and theological education. Bishops are encouraged to promote sharing of facilities for theological education where they judge it to be advisable. While doing this we do not forget that we must still do all in our power to achieve the full visible communion between the Catholic Church and the Syrian Orthodox Church of Antioch and ceaselessly implore our Lord to grant us that unity which alone will enable us to give to the world fully unanimous Gospel witness.

(10) Thanking the Lord who has allowed us to meet and enjoy the consolation of the faith we hold in common (cf. Rom. 1: 12) and to Incarnate and of His saving work, the unshakeable foundation of that common faith, we pledge ourselves solemnly to do all that in us lie to memove the last obstacles still hindering full communion between the Catholic Church and the Syrian Orthodox Church of Antioch, so that with one heart and voice we may preach the word: " The True Light that enlightens every man and that all who believe in His name may become the children of God " (cf. St. John 1: 9-12)

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Tradition et culture coptes


Christine Chaillot,
Tiré de "Vie et orthodoxie de l'Église copte"
(article paru dans la revue CONTACTS, numéro 187)

Si l'on veut vraiment comprendre qui sont les Coptes il faut faire encore un pas supplémentaire, et ne pas seulement lire leur histoire passée ou présente, mais il faut aussi se pencher, sur l'essentiel qui les a fait vivré spirituellement et leur a permis de garder une identité au cours des siècles dans un environnement islamique plus ou moins tolérant : je veux parier .. de la liturgie et la patristique, domaines orthodoxes par excellence. Pour appréhender la vie des Coptes d'aujourd'hui il est aussi intéressant de se pencher sur leur culture, la langue copte et de connaître les lieux où se perpétué cet héritage copte.

Liturgie et langue coptes

Quiconque veut approcher la foi et la spiritualité des Coptes se doit avant tout de connaître leur liturgie et ses textes, véritable catéchisme, avec de nombreux passages révélateurs d'une christologie très orthodoxe dont voici l'extrait le plus significatif récité à chaque liturgie (anaphore de saint Basile), avant la communion : " Amen, amen, amen. Je crois, je crois, je crois et je confesserai jusqu'au dernier soupir que ceci est le Corps vivifiant de ton Fils unique, notre Seigneur et notre Dieu, notre Sauveur Jésus Christ. Il a pris ce corps de notre Dame et Reine, la Theotokos, la sainte et toute pure Marie, et l'a uni à Sa Divinité sans mélangé, sans confusion et sans changement. Il le confessa publiquement devant Ponce Pilate et Lui seul par sa propre volonté a livré ce Corps pour nous tous sur le bois de la sainte Croix. En vérité, je crois que Sa Divinité ne fut jamais séparée de Son Humanité même l'espace d'un instant ou d'un battement de cil. Cela est donné pour notre salut et la rémission de nos péchés afin que celui qui y communié ait la vie éternelle. Je crois, je crois, je crois que ceci est la vérité. Amen".

L'Église copte a abandonné la plupart de ses nombreuses anaphores au Moyen Âge pour n'en garder que trois, dont celle dite de saint Basile, qui est la plus utilisée, et celle de saint Grégoire. Tous les fidèles chantent en chœur pour répondre au prêtre et au diacre, en arabe, même si des passages importants, telle la consécration, sont souvent gardes en copte. L'oreille orthodoxe reconnaît aussi par-ci par-là des mots, des phrases et même des tropaires entiers, en grec! Car les textes qui sont à l'origine de grand nombre d'offices coptes trouvent leur correspondant dans la liturgie byzantine, (Trisagion, Monogenis, tropaires, Theotokia, vêpres, stichères...).

Le patriarche Gabriel il Ibn Turaïk (1131-45) fit insérer dans la profession de foi récitée avant la communion la formule chalcédonienne : "sans mélangé, sans confusion et sans altération" marquant la complexité de la distinction et de l'union de la divinité et de l'humanité dans le Christ. Quant au patriarche Gabriel V (1409-27), il fixa les usages liturgiques. Mis à part la liturgie et les offices/offrandes de l'encens (soir et matin), les prières principales sont les Prières des Heures (Agbiya) et la Psalmodié (Tesbiha). Les sept prières des heures sont contenues dans l'Horologion. Le service dit de "Psalmodié" contient des odes (hos), des hymnes dédiées à la Vierge (theotokia), des interprétations (lobsh), des hymnes métriques (psalis), des paraphrases (tarte) et d'autres hymnes pour les saints, les martyrs, les jeûnes et fêtés (dans le Difnar ou Antiphonaire). Dans les monastères on récité la psalmodie chaque jour. On lit la vie des saints dans le synaxaire. Les Coptes ont gardé l'habitude ancienne du baiser de paix lors de la liturgie. Les communautés coptes francophones ont publié quelques traductions françaises.

Les fêtes sont divisées en sept fêtés majeures et sept mineures ; il y a aussi sept fêtés de la Vierge. Les saints et martyrs sont fêtés tout au long de l'année liturgique.

Que peut-on dire en deux mots de la langue copte ? Elle est simplement la forme prisé par l'antique langue pharaonique écrite en caractères grecs, avec addition de six à dix lettres, selon les dialectes, pour des sons spécifiques. Le plus ancien manuscrit copte connu date de la fin du Ille siècle, il est écrit en saïdique, le principal dialecte copte jusqu'au IXe siècle, qui sera peu à peu remplacé par le bohaïrique. Le copte cesse d'être une langue couramment utilisée entre le Xle -XIVe siècle, mais le bohaïrique continue d'être la langue liturgique des Coptes jusqu'à nos jours, surtout dans les monastères.

Cependant la liturgie est la plupart du temps chantée en arabe dans les paroisses, et l'on chante ou récite en copte les passages les plus importants, tel l'épiclèse. Cela permet aux Coptes de rester fidèles à la langue de leurs ancêtres, tout en recevant la nourriture véritablement catéchétique qu'offre leur liturgie par l'emploi de la langue qu'ils parlent tous les jours, l'arabe. Ce sont surtout des œuvres monastiques et de spiritualité qui ont été écrites en copte, comme là Règle de Pachôme.

La littérature copte est composée essentiellement d'homélies, de vies de saints, d'hymnographies. Beaucoup de ces textes ont été traduits en langues modernes. De nos jours, on enseigne de plus en plus le copte dans différents séminaires et cours du soir, aussi bien en Égypte que dans la diaspora.

L'humaniste Nicolas de Peiresc fit connaître le copte en France au XVIIe siècle. On peut rapidement relever le fait que dans des universités à l'étranger et en France (Sorbonne, Lille, Montpellier), ainsi qu'à l'institut catholique et au Louvre à Paris, on enseigne le copte. Des revues spécialisées - dont le Bulletin de la Société d'Archéologie copte - s'occupent d'études coptes à travers le monde. L'Association internationale d'études coptes, créée en 1976, organise des congrès de coptologie et publie les conférences.

Patristique

Dès le début du christianisme, Alexandrie devint une école de la pensée chrétienne ; son École catéchétique, le Didascalée, fondé vers 180, fut le centre d'études et de débats théologiques et apologétiques où se distinguèrent Pantène, Clément et Origène, les premiers théologiens d'Alexandrie. Clément s'adressa aux païens en des exhortations vives, mais où il essaya d'allier philosophie et christianisme. Il ne faut jamais oublier qu'à un tournant crucial de l'histoire de l'Église encore jeune, plus exactement au moment où une large partie des chrétiens suivaient l'hérésie d'Arius (qui niait la consubstantialité du Fils par rapport au Père), ce fut un Égyptien, Athanase (296-373), qui permit de sauver la foi orthodoxe en s'opposant toute sa vie à cette hérésie. Il s'était déjà fait remarquer lors du concile de Nicée (325). Ayant côtoyé Antoine le Grand, il fut sans doute l'un des premiers à répandre en Occident l'idéal monastique né en Égypte. Quant à saint Cyrille (412-444) il fut la figure de proue du concile d'Éphèse et le grand adversaire du nestorianisme.

Sous la domination musulmane un décret du calife 'Abd al-Malik, en 705, rend la langue arabe obligatoire dans l'administration, mais un usage général de cette langue ne se fera que progressivement. Ainsi, si les premiers Pères d'Alexandrie sont bien connus et ont écrits dans la langue intellectuelle de leur époque, le grec, les grands théologiens et auteurs coptes du Moyen Âge ont écrit en arabe et doivent encore être découverts par le grand public. Parmi eux citons Sévère ibn al-Muqaffa', évêque d'Ashmounain au Xe siècle, qui fut le premier à écrire en arabe sur des sujets divers; Abû iMakârim (fin du Xlle siècle) nous a laissé des annales coptes importantes de géographie historique; Abû I-Hair ibn al-Tayyib (début du Xllle siècle) écrivit, entre autres, un traité expliquant le dogme chrétien intitulé Le remède de l'intelligence; les trois frères Ibn al 'Assâl (Xllle siècle) ont produit des œuvres théologiques, philologiques, philosophiques, grammaticales et même poétiques, un recueil de droit canon : citons seulement La somme des fondements de la religion, Abû Shâkir ibn el Râheb (Xllle siècle) et Abû I-Barakât Ibn Kabar (+ 1324) sont deux célèbres encyclopédistes de cet âge d'or de la littérature copte : le second a composé en particulier 24 chapitres intitulés " La lampe des ténèbres pour éclairer [l'intelligence] du service [liturgique] " : tous deux ont écrit des traités doctrinaux, linguistiques (lexiques, grammaire), historiques; La perle précieuse de Yuhannâ ibn Zakariyya ibn Siba' (Xllle siècle) est une autre couvre sur les traditions et les rituels de l'Église copte; Paul de Bush (Xllle siècle) écrivit des homélies, des commentaires et des traités sur l'incarnation, la Trinité, la confession. Il faut espérer avoir à l'avenir de plus en plus d'éditions et de traductions de ces auteurs copto-arabes.

Récemment, en 1982, un centre d'études patristiques s'est ouvert à Héliopolis dans la banlieue cairote. Des jeunes Coptes ayant étudié la théologie aux facultés d'Athènes et de Thessalonique se sont donné pour but de faire connaître les Pères de l'Église en les traduisant en arabe, en les publiant et en organisant des conférences à leur sujet. Ici, comme à l'institut des études coptes et au patriarcat, tout spécialiste de passage au Caire est bienvenu pour donner une conférence ou rencontrer les jeunes !

Institutions du patrimoine copte

Il faut tout d'abord considérer l'intérêt accru des Coptes, pour leur patrimoine culturel depuis le début du XXe siècle. En 1908 le musée copte est bâti au Vieux Caire : inauguré en 1920, on lui adjoint une bibliothèque en 1952. Les catalogues des différentes sections du musée sont en préparation. Un nouveau guide écrit par le directeur du musée, Gaudat Gabra, paraîtra bientôt en traduction française. En 1934 c'est la fondation de la Société d'archéologie copte qui publia la première revue de coptologie. L'école d'Alexandrie avait ajouté à l'enseignement de la théologie d'autres matières. C'est ce que vit aujourd'hui, d'une certaine manière, l'institut d'études coptes. Cet Institut fondé en 1954 devait, à l'origine, permettre le renouveau des études coptes en Égypte; à cause des ressources financières très limitées l'Institut fonctionne modestement et n'a pas pu continuer la publication d'une revue. On y donne des cours dans les domaines suivants : théologie, langue, littérature, histoire, archéologie, sociologie, droit, musique et art coptes. On compte actuellement environ trois cents étudiants.

L'espace manque ici pour parler de l'art, de l'architecture, de l'archéologie, de la musique coptes qui permettent également de mieux appréhender l'identité copte. Mis à part le magnifique musée copte au Caire, de nombreux musées dans le monde, même en France, possèdent des objets coptes (tissus, peintures murales, manuscrits enluminés, sculptures sur pierre ou sur bois, céramiques, ivoires, objets en cuir, verre, bronze, etc.) Il ne faut pas manquer de visiter les salles coptes du Louvre.

Qu'en est-il de la musique liturgique ? A certains moments de petites cymbales (Ps. 150 ; I Cor. 13,1) ainsi qu'un triangle accompagnent et rythment les chants des fidèles. La musique copte tient grâce à une tradition orale continue.

De nombreuses missions étrangères, françaises, néerlandaises, allemandes, polonaises, suisses et autres ont effectué d'intéressantes fouilles d'archéologie chrétienne suivies de publications, dont celles sur les Kellia, le monastère de saint Menas, le Fayoum, Baouit. Le père Samuel, aujourd'hui évêque de Khankâ, entraîne continuellement ses étudiants à visiter ces nombreux sites archéologiques.

Coptes et Orthodoxes chalcédoniens

Aux premiers siècles l'usage d'une langue alors internationale, le grec, permettait des contacts immédiats entre les membres de l'élite égyptienne. Les ouvrages des grands théologiens alexandrins, écrits en grec, circulaient tels des phares du christianisme. Dans les domaines linguistique, liturgique et administratif les Coptes et les Byzantins présents en Égypte se sont influencés réciproquement. On trouve dans les textes coptes de nombreux termes grecs concernant l'administration, la théologie et, comme on l'a dit, la liturgie.

Il serait intéressant de faire une recherche systématique de tous les textes liturgiques prouvant l'orthodoxie christologique des Coptes ; je n'en ai donné ici qu'un exemple et quelques références à consulter dans les articles cités de O. H. E. Burmester. Ces prières sont récitées par le prêtre ou les fidèles depuis des siècles et cette continuité dans l'expression de leur foi christologique doit être soulignée. La liturgie, comme l'iconographie, entre autres, sont des domaines du patrimoine copte qui permettent de bien démontrer que cette Église n'est pas monophysite puisqu'ils permettent d'exprimer que le Christ est Vrai Dieu et Vrai Homme, sans confusion ni séparation.

Après avoir cité l'exemple du patriarche copte Cyrille IV, il est intéressant de rappeler, pour finir, les tentatives d'union souhaitées par l'évêque russe Porphyre Ouspensky entre les deux familles d'Églises au milieu du XIXe siècle, mais qui malheureusement échouèrent. L'évêque avait beaucoup discuté avec les Coptes et les Arméniens lors de longs séjours à Jérusalem et en Égypte; il étudia l'histoire, la liturgie, le droit canon de ces Églises et de celle d'Éthiopie. Il comprit que tous avaient la même foi que les Russes. Il pensait qu'ils n'étaient pas hérétiques et ne devraient pas être appelés ".monophysites". Il écrivit un livre, accepté par le Saint-Synode russe, sur la Doctrine, le Service divin, l'Ordre du Service et les Règles de l'Église des chrétiens d'Égypte, (les Coptes), paru en 1856 à Saint-Pétersbourg. "Plus j'étudiais ces sujets, plus j'étais convaincu [...] que ces chrétiens- suivaient la manière orthodoxe d'interpréter la sainte Écriture, de prêcher, selon les traditions apostolique et patristique (orthodoxes), les canons des trois premiers Conciles œcuméniques, l'essence et la composition des premières liturgies et prières qui contiennent de nombreux mots et phrases en grec ; ils vénèrent aussi les anges et les saints, les icônes et observent les jeûnes, et l'intérieur de leurs églises est semblable aux nôtres".

L'évêque Ouspensky comprit surtout que l'enseignement christologique orthodoxe était vivant dans le cœur non seulement des théologiens mais aussi des simples fidèles coptes avec lesquels il discuta dans toute l'Égypte. Il voulait donner son livre aux bibliothèques des académies, des séminaires et des écoles théologiques russes en ne souhaitant qu'une seule chose : qu'on élargisse sa connaissance des Chrétiens orientaux afin de préparer l'union. Il lui semblait extrêmement important qu'aucune différence concernant les traditions culturelles, historiques et nationales n'affecte le rapprochement de ces Églises. Ouspensky a anticipé de plus d'un siècle ce que disent entre autres, les accords théologiques de Chambésy (1991).

Un autre précurseur fut le patriarche Athénagoras qui, lors d'une visite en Égypte en décembre 1959, affirma l'entière orthodoxie de l'Église copte concernant les sacrements, la Tradition, ne voyant une divergence qu'au niveau du vocabulaire. Les orthodoxes bien informés que nous sommes aujourd'hui se mettront-ils enfin d'accord pour dépasser le malentendu terminologique de Chalcédoine ? Mais cela ne se fera pas sans une metanoia historique et individuelle de part et d'autre.

Conclusion

Comme chez tous les orthodoxes la vie chrétienne copte est enracinée dans la tradition des Pères, des saints, de la liturgie, etc. Le patriarche Shenouda, dans une continuité apostolique ininterrompue, est le 117e successeur de saint Marc.

Parmi les facteurs ayant provoqué le "renouveau" copte il s'agit de revaloriser et de garder vivants l'héritage et l'identité coptes, de maintenir l'indépendance religieuse et la foi des ancêtres, où culturel et caritatif" ne s'excluent pas, dans un souci pédagogique, pastoral et spirituel de toute la communauté unie : clergé, laïcs et moines. Le souci premier, en Égypte comme en diaspora, consiste à transmettre le trésor de la foi aux Jeunes générations.

Il est intéressant qu'une Église aussi traditionnelle que l'est l'Église copte ait su s'adapter à la "modernité", en répondant aux nécessités de la vie quotidienne de l'Église par l'adaptation de certaines formes de vie ecclésiale : diaconat, monachisme, services social et œcuménique, moines envoyés à l'étranger pour servir la diaspora, etc. Parallèlement de nombreuses vocations ont répondu à ces nécessités. Ces formes ne sont pas nouvelles mais renouvelées, car enracinées dans la tradition orthodoxe. Il faut donc souligner que ces "nouveautés" se vivent dans un esprit parfaitement orthodoxe, ne heurtant en rien la tradition des Pères : partager avec tous, sans oublier les plus démunis, tout en cherchant le Ciel, la vie éternelle. La vitalité de l'Église copte continue à s'exprimer, soit en diaspora, soit en Égypte même.

Les Coptes de la diaspora réalisent des projets originaux. Ainsi en Australie ils ont commencé une école primaire copte à Melbourne en 1991 : grâce au succès de cette entreprise le département de l'Éducation de l'État de Victoria a approuvé l'établissement d'une école secondaire pour février 1994. Toujours en Australie, notons la construction d'un village copte comprenant une église, une salle de conférences, une maison pour personnes âgées, un jardin d'enfants, un centre médical. Une organisation, "l'Association des Familles coptes orthodoxes", s'est formée en 1993 pour aider les personnes âgées, les étudiants, les enfants et s'occuper de services sociaux. Le nouvel archevêque de Jérusalem met en place de nombreux projets. En diaspora, des vocations de prêtres et de moines sont nées et permettent de continuer de vivre la tradition copte dans les pays d'accueil. La liturgie se célèbre en arabe mais aussi, de plus en plus souvent, dans la langue locale pour faire participer personnellement les jeunes générations.

Les publications éditées en langues étrangères facilitent par ailleurs les relations œcuméniques dans les pays d'implantation, ainsi qu'une meilleure connaissance de l'Église copte. Les Coptes d'Égypte et ceux de la. diaspora s'influencent mutuellement : les familles coptes émigrées se rendent régulièrement en Égypte, leurs parents les visitent à l'étranger fax; cassettes et vidéos, faites en Égypte ou à l'étranger, circulent, de même que des publications des diverses communautés, y compris les bulletins paroissiaux, les revues de la jeunesse, etc. Le Kerâza publié par le patriarcat au Caire en arabe et en anglais est lu par les Coptes du monde entier chaque semaine, devenant ainsi une sorte de tribune du monde ecclésiastique copte. Les différentes communautés ont d'autre part leurs propres journaux et publications en arabe et en anglais. On s'étonnera peut-être du nombre de cassettes et vidéos que l'on peut acheter dans les paroisses, mais ne remplacent-elles pas des programmes chrétiens de radio et télévision presque inexistants en Égypte, et ne rendent-elles pas présente l'Eglise-Mère aux fidèles de la diaspora ?

On se rend encore davantage compte de la vitalité de l'Église copte en sillonnant les communautés chrétiennes du Moyen-Orient où l'on parle des Coptes avec respect et admiration : ils sont pieux, organisés, nombreux, la plus large communauté chrétienne de tout le Moyen-Orient.

Cet article a tenté de dépeindre une image malheureusement incomplète des Coptes, en mettant toutefois l'accent sur leur vie actuelle ancrée dans la Tradition, source de spiritualité : le renouveau présent oblige les jeunes générations à se ressourcer, à renforcer leurs liens avec l'héritage copte, à stimuler leur identité et surtout les encourage à participer à ce renouveau.

Les pratiques coptes suivent une tradition orthodoxe, mais en accord avec la vie moderne : c'est bien là la vraie tradition orthodoxe, ancrée et toujours vivante et vivifiante. En lisant ces quelques pages, on a d'ailleurs pu se rendre compte de l'orthodoxie des Coptes concernant la spiritualité, la liturgie, la vie quotidienne. En quelques décennies cette Église typiquement orientale a su prendre le tournant du XXIe siècle. " Bénie soit l'Égypte mon peuple " (Is. 19,25).

Dans la situation difficile que traverse le Moyen-Orient, souhaitons à l'Église copte de continuer son témoignage chrétien, comme le dit le prêtre pendant la prière de l'encens du matin ou du soir : " Nous invoquons et nous supplions Ta bonté, ô Ami du genre humain, souviens-Toi Seigneur de nos assemblées, bénis-les [...] Donne à ces lieux d'être sans trouble et sans obstacle afin que nous puissions selon Ta Volonté sainte et bienheureuse en faire des maisons de prière; des maisons de pureté (sainteté) et de bénédiction. Garde les, Seigneur, et fais en jouir, Tes serviteurs qui viendront après nous jusqu'à la fin des temps ".

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Le Renouveau de l'Église Copte durant les dernières décennies (1971-1988)


 

Christine Chaillot,
Tiré de "Vie et orthodoxie de l'Église copte"
(article paru dans la revue CONTACTS, numéro 187)

Depuis le milieu du XXe siècle on peut donc constater un renouveau dans l'Église copte amorcé sous le patriarche Cyrille VI (1959-71) non seulement dans le milieu monastique, mais aussi dans le cadre des écoles du dimanche, de la mission, de l'organisation du patriarcat, des diocèses, de la diaspora naissante. Ces activités continuèrent à se développer dès 1971 sous le patriarche Shenouda III, en particulier dans les domaines de la pastorale, des activités de la jeunesse, des éditions, des services sociaux,

Le monachisme

Le monachisme a refleuri en Égypte ces dernières décennies, spécialement grâce à l'impact d'un groupe de jeunes moines sous la direction spirituelle d'Abba Théophile (+ 1989) supérieur du monastère des Syriens (Wadi Natroun).

Avant d'être appelés à la tête de l'Église, les patriarches Cyrille VI et Shenouda III ont vécu et prié dans des ermitages du désert au Wadi Natroun, dans des conditions assez semblables à celles des premiers ermites. Peu à peu ils firent restaurer et agrandir d'anciens monastères : on réorganisa les bibliothèques, on cultiva le désert. Dès les années 1950, la grande majorité des postulants à la vie monastique a terminé des études universitaires (médecins, ingénieurs, juristes), soit en Égypte, soit plus tard à l'étranger. Une riche littérature monastique, abondamment traduite en français, nous rapporte les vies, la spiritualité très ascétique, les paroles de feu des premiers ermites et moines coptes qui témoignèrent très tôt de leur " renoncement au monde " pour n'être que combat intérieur des "passions" et regard vers Dieu; ils furent des exemples saisissants pour le reste de la chrétienté et demeurent des modèles absolus. On atteste très tôt la pratique de la Prière de Jésus en Égypte. Le monachisme contemporain, masculin et féminin, s'efforce de suivre la tradition des premiers moines : chercher Dieu, chasser les passions, dans l'ascèse, l'obéissance, l'humilité, l'amour du prochain et l'intercession des saints. L'Église copte choisit ses patriarches et ses évêques parmi les moines. Grâce à l'œuvre de saint Jean Cassien qui fonda à Marseille deux monastères après avoir séjourné près de vingt ans en Égypte, l'influence du monachisme égyptien du IVe siècle a profondément marqué tout le monachisme occidental. Le monachisme de Palestine et d'Asie Mineure, du IVe au VIe siècles, a également reçu de l'Égypte la plus grande part de sa doctrine spirituelle.

Si autrefois, les moines avaient besoin de traducteurs pour recevoir les hôtes étrangers, aujourd'hui les visiteurs sont accueillis par des moines polyglottes. Une philoxenia eut lieu lors de la visite de deux moniales coptes dans une quinzaine de monastères en Grèce en 1985. A l'étranger on a bâti des monastères qui servent aussi de maisons de retraite spirituelle et d'accueil : en Californie, en Australie, en Angleterre (Birmingham), -en Allemagne (Krôffelbach) ; des- projets de' monastères se profilent à Vienne (Autriche) et Milan.

Formation théologique, vie paroissiale et spirituelle

L'École de théologie pour la formation des prêtres et des diacres fut établie définitivement au Caire en 1893. Actuellement le cycle théologique pour devenir prêtre est de quatre ans. Des diacres et des laïcs, hommes et femmes, suivent également ces cours dont certains ont lieu le soir. Si l'actuel clergé est recruté surtout parmi les jeunes, on voit aussi des hommes d'âge mûr abandonner des carrières libérales pour se consacrer au service de l'Église. Il y a sept séminaires de théologie dans différents lieux d'Égypte (Le Caire, Alexandrie, Tanta, Shibin et Kom, Minia, Baliana, Muharraq), deux aux États-Unis et un en Australie.

Au niveau des paroisses chaque église a son propre conseil paroissial. Les laïcs coptes participent activement à la vie de la paroisse et de l'Église. Certains assistent les évêques dans la gestion des affaires de l'Église. Ils vont régulièrement en groupes, souvent paroissiaux, en pèlerinages aux monastères. Les écoles du dimanche sont très actives et organisées.

Pour appréhender la vie quotidienne d'un Copte orthodoxe il faut connaître la vie d'une famille copte et sa relation avec sa paroisse, avec l'Église. À la base, les liens de la famille, qui constitue une "petite Église", sont très étroits. Des prêtres, parfois des évêques, viennent rendre des visites amicales aux familles, en tant que pères spirituels à qui on se confie et se confesse régulièrement. La vie de prière familiale est intensifiée lorsqu'un des enfants a choisi la vie monastique : on a alors un lien particulier à ce monastère et au saint dont il porte le nom. Les fidèles passent à l'église presque tous les jours, ne serait-ce que pour une courte prière, et ils se rendent aux liturgies plusieurs fois par semaine, ils communient souvent, ils assistent aux réunions ecclésiastiques de toutes sortes (catéchisme, groupes de femmes, prédications, chants, cours de copte, etc..) : tout cela transforme les églises en lieux toujours actifs et ouverts, souvent tard le soir, lieux où l'on se sent chez soi, en présence de Dieu. Environ -200 à 250 jours de jeûne sont observés pendant l'année, en particulier pendant le Grand Carême, époque à laquelle les offices religieux se prolongent; on ne boit ni ne mange jusqu'à trois heures de l'après-midi, jusqu'à la nuit dans les monastères.

On compte d'innombrables diacres et sous-diacres, même de jeunes garçons, car c'est une bénédiction de servir à l'autel. Chaque paroisse est elle-même une grande famille et l'on pourrait dire la même chose des diocèses où les évêques reçoivent tout le monde, riches et pauvres, jeunes et adultes, dans leur résidence. Il y a beaucoup de jeunes évêques très dynamiques qui mettent sur pied différents projets, qui se déplacent continuellement pour visiter les fidèles dans des paroisses parfois situées au fond de campagnes reculées; les années qu'ils ont passées dans leur monastère, auquel ils restent attachés et qu'ils visitent régulièrement, leurs permettent de transmettre la sagesse du désert dans les villes. Ceux qui ont visité des paroisses coptes en Égypte ou à l'étranger sont toujours frappés de la ferveur religieuse des fidèles, de l'accueil réservé aux visiteurs, comme s'ils faisaient partie eux aussi de cette famille religieuse.

Selon une tradition très ancienne, à l'église et à la maison, on vénère les icônes, et l'on fait des vœux devant elles auprès des saints et de la Vierge intercesseurs, et bien sûr au Christ Fils de Dieu.

Parmi les saints on vénère des patriarches, des évêques, des abbés de monastères et aussi des moines et laïcs, tous fêtés annuellement. On vénère également les reliques des saints déposées dans les églises, reliques au-dessus desquelles sont suspendues les icônes appropriées. En particulier lors des fêtes de saints, les reliques et icônes sont portées en procession, vénérées, pour en recevoir la bénédiction. Certaines reliques et icônes opèrent des miracles. Les Coptes demandent surtout l'intercession de la Vierge et de certains saints, en particulier saints Georges, Mercure (Abu Saifein), Ménas, très vénéré par le patriarche Cyrille VI, sainte Damienne, l'archange Michel, mais aussi de saints contemporains comme l'évêque Abraham du Fayoum canonisé en 1963. La sainteté n'est pas une chose appartenant au passé. Les fidèles coptes posent une auréole de sainteté sur des prêtres contemporains particulièrement pieux et pleins d'amour, comme le père Bichoy Kamel d'Alexandrie, sur certains moines.

Service social et œcuménique

Entre 1880 et 1920 les premières associations à but caritatif ont été fondées : écoles, dispensaires, orphelinats. Au Caire on compte plus de 150 associations de bienfaisance. En 1962 monseigneur Samuel fut le premier évêque nommé pour être responsable des services sociaux et des relations publiques et il se montra très actif et efficace ; il représenta aussi l'Église copte au Conseil œcuménique des Églises dont elle fut membre observateur dès 1954, puis dès 1974 elle fut membre du Conseil des Églises du Moyen-Orient, et dès 1963 elle fit partie de la Conférence des Églises de toute l'Afrique. En 1961 l'Église copte participa en tant qu'observateur au Congrès orthodoxe de Rhodes. Après son assassinat en octobre 1981, en même temps que le président Sadate, l'évêque Samuel fut remplacé par l'actuel évêque Sérapion. Les unités des services sociaux comportent aujourd'hui des centres d'alphabétisation, de formation professionnelle pour les jeunes, d'études de langues, d'informatique, des cliniques et services sanitaires, de l'aide aux handicapés physiques et mentaux, des prêts pour l'agriculture, des projets de logements, le planning familial: ce développement social doit contribuer à venir en aide particulièrement aux milieux ruraux et urbains défavorisés, dans un esprit pastoral.

Aujourd'hui l'Église copte fait partie de tous les dialogues œcuméniques et elle privilégie en particulier ses contacts avec les Églises orthodoxes chalcédoniennes.

Diaconat féminin et masculin

Certains jeunes qui ont été très actifs dans la vie pastorale et sociale de l'Église (catéchisme, aide aux défavorisés, etc.), donnent leur vie à l'Église en se consacrant à la prêtrise, à la vie monastique ou au diaconat. Récemment la formation d'un diaconat féminin dans l'Église copte a pris naissance et a provoqué des centaines de vocations chez des jeunes filles, la plupart universitaires, qui souhaitaient servir l'Église dans le monde : cela a été possible grâce au soutien de leurs évêques et pères spirituels. Elles sont responsables de l'aide sociale (pauvres, malades, gens âgés, orphelins, handicapés, enfants, etc.) pour répondre aux besoins spécifiques d'aujourd'hui, mais leur service est avant tout spirituel (catéchisme, réunions de femmes, etc.). Un mouvement parallèle masculin se dessine.

Évêché de la jeunesse

Lorsqu'il était encore évêque (dès 1962), le futur patriarche Shenouda III dispensa un enseignement religieux spirituel auquel participa une majorité de jeunes. Dès cette période des étudiants commencèrent aussi à s'organiser en groupes. La fondation de l'épiscopat pour la jeunesse date de 1980 l'évêque Moussa fut nommé responsable pour la jeunesse copte en Égypte et en diaspora et il continue actuellement à assumer ses fonctions. La jeunesse copte est très impliquée dans la vie de l'Église. De nombreuses activités et conférences sont organisées pour les jeunes et leurs leaders visant à une formation de la vie spirituelle, dogmatique, liturgique et aussi psychologique. Il y a des groupes de travail sur différents sujets : catéchisme, études bibliques, culture, vie familiale, économie. Chaque paroisse organise des programmes pour les jeunes, mais il y a aussi des rencontres organisées au niveau de chaque diocèse ou de toute l'Égypte, dans les villes et certains villages, en particulier pendant les vacances. Au patriarcat se regroupent de nombreux jeunes dans le bâtiment qui leur est réservé où se donnent des cours de théologie, d'histoire, de spiritualité, de langues modernes, de copte, de sciences modernes, d'administration. Un petit magasin vend des livres spécialisés pour la jeunesse, des brochures, des cassettes de musique religieuse et de discours spirituels. Attenant se trouve un centre d'étude de la Bible, qui est très lue et étudiée chez les jeunes Coptes orthodoxes.

Édition

En 1947 on commença à éditer la Magallet Madaris elAhad (La Revue des écoles du dimanche) dont les éditeurs étaient le patriarche et certains évêques actuels. Dès: l'installation d'une imprimerie et d'une maison d'édition au patriarcat sous Cyril VI (1968), un mouvement de publication s'affirma. La parution de ces nouvelles publications permit aux Coptes de retourner à leur patrimoine culturel et religieux, surtout spirituel (hagiographie, exégèse, théologie), mais aussi vers des questions d'ordre moral et social. Le patriarche Shenouda III publia 63 ouvrages entre 1971 et 1988, ainsi que l'hebdomadaire Al-Kirâza (La Prédication). Des extraits de Kirâza paraissent en anglais, en allemand. Une revue, Risâlat al-shabâb al-kanasi (La lettre de la jeunesse de l'Église) fut publiée pour la jeunesse copte dès le milieu des années 1980, ainsi que de nombreux opuscules traitant les questions qui l'intéressent. D'autres publications faites par le clergé ont vu également le jour. Tout cela est distribué en partie par la maison d'édition Dâr al-Mahabba. Le patriarche, des évêques, des prêtres, des laïcs publient parallèlement des articles dans l'hebdomadaire laïc copte, Watani (Ma patrie). Les différentes paroisses de la diaspora éditent leurs propres journaux et publications en langue locale et en arabe.

Mission

On attribue, en partie, les débuts du christianisme en Libye à saint Marc mais l'histoire de cette évangélisation reste obscure ; on sait que sous Denys, évêque d'Alexandrie (24664), il y avait dans la Pentapole un métropolite du nom de Basilide. En Numidie ce fut un prêtre d'Alexandrie, Longin, qui fut le premier évêque au Vie siècle. Saint Athanase consacra le premier évêque d'Éthiopie, Frumentius. Mais ce n'est qu'à partir de la moitié du XXe siècle que l'Église copte, considérée comme une Église apostolique africaine par excellence, a été invitée à propager la foi copte à la demande de différentes communautés africaines, en particulier en Afrique du Sud et en Afrique Orientale comme au Kenya : là se trouve actuellement un Centre copte, à Nairobi, dirigé par l'évêque Antonius Marcos, responsable des Affaires africaines et de la mission copte en Zambie, en Namibie et au Zimbabwe.

Dans l'histoire de l'Église européenne, des Coptes laissent leurs noms gravés : non seulement celui du grand Athanase lors d'exils, mais aussi ceux de saint Maurice (fêté le 25 août = 12 septembre) et ses compagnons de la légion thébaine qui moururent martyrs à Agaune (Valais) sous l'empereur Maximien à la fin du Ille siècle, de même que ceux de Félix, Regula et Exupérantius à Zurich, saints Ours et Victor à Soleure. A la même époque la copte sainte Verena fut une sorte de diaconesse à Zurzach (près de Zurich). En Italie, en Allemagne, en France, des traditions locales gardent le souvenir de saints de la légion thébaine, et même parfois leurs reliques.

Diaspora

Les Coptes furent plutôt sédentaires à travers les siècles. Pourtant on compte une communauté copte au Soudan au début du XIXe siècle. Dès les années 1960 on constate un phénomène d'émigration des Coptes vers les États-Unis, le Canada, l'Australie, l'Europe, et aussi dans le monde arabe pays du Golfe, Moyen-Orient (Liban, Irak), cette dernière région dépendant de l'archevêché copte de Jérusalem. Partout le patriarcat a pris soin d'organiser des paroisses et d'envoyer des prêtres, souvent des moines, pour s'occuper spirituellement des fidèles.

Si le patriarche Cyrille VI est aujourd'hui unanimement reconnu comme un saint et un thaumaturge, l'actuel patriarche Shenouda III, tout en étant l'actuel leader spirituel de toutes les activités ecclésiales que j'ai décrites, n'en reste pas moins un " poète " de Dieu, car ses écrits et ses nombreuses prédications publiques où ses paroles simples, mais si profondes, mènent à "l'unique nécessaire" : des milliers de fidèles viennent chaque semaine au patriarcat écouter ses homélies et les réponses orales qu'il donné en public aux multiples billets qu'on lui transmet à cette occasion. Ces deux personnalités ont incontestablement permis à l'Église copte de se ressourcer et de faire face au monde moderne contemporain.

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L'Église Orthodoxe


L'Église indivise du premier millénaire

Les trois premiers siècles de l’Église ont été marqués par deux faits importants : l’expansion du christianisme à travers l’Empire romain et la persécution féroce des chrétiens à certaines périodes, jusqu’à la proclamation de l’Édit de Milan en l’an 313.

Une communauté chrétienne résidait dans chaque ville . Elle était présidée par un évêque (nommé à l’origine par les apôtres) qui été aidé dans sa tâche par des presbytres et des diacres. Ce type d’organisation au triple ministère était déjà bien établi vers la fin du Ier siècle ; il en est fait mention dans les lettres écrites vers l’an 107 par saint Ignace, évêque d’Antioche, alors qu’il se rendait à Rome où il devait être martyrisé. Saint Ignace était le premier à exprimer clairement que la communauté chrétienne locale est l’Église, idée qui reste au cœur de la conception orthodoxe de l’Église.

Pendant cette première période, la préoccupation principale des chrétiens était avant tout la célébration de la foi, ainsi que le témoignage de cette foi dans un environnement souvent hostile. Les premiers exposés de la foi chrétienne ont été écrits dès le IIe siècle - ceux d’Irénée de Lyon, de Justin, de Clément d’Alexandrie, d’Origène, de Tertullien- souvent par nécessité d’expliquer la foi par rapport au paganisme et aux philosophies hellénistes à l’extérieur de l’Église, et de la préciser par rapport aux enseignements erronés qui la menaçaient de l’intérieur. Mais c’est après l’Édit de Milan de l’Empereur Constantin en l’an 313 que les grandes controverses doctrinales ont secoué l’Église, et ceci pendant des siècles.

L’Église a conservé la " foi véritable " en posant et en défendant les dogmes nécessaires à la foi. Ceci n’a pas été accompli sans problème, car certaines parties de l’Église n’ont pas accepté toutes les décisions des Conciles. La première fragmentation importante de l’Église a eu lieu au IVe et Ve siècles, à la suite des controverses christologiques.

L’Église de Perse est devenue nestorienne et la communion a été rompue entre les Églises "chalcédoniennes" (Rome et Byzance) - qui ont accepté les décisions du Concile de Calcédoine en 451 - et les Églises "non- (ou pré-) chalcédoniennes" : les Églises d’Arménie, de Syrie (l’Église jacobite), d’Égypte (l’Église copte), d’Éthiopie et des Indes.

Pendant les premiers siècles, le christianisme, universel dans sa mission, s’exprimait dans trois cultures majeures : sémitique ou "orientale", grecque et latine. La première grande scission de l’Église a presque entièrement retranché les Sémites et les autres Orientaux, laissant les Grecs et les Latins. Pendant cette période, Grecs et Latins formaient une seule Église, témoignant du message évangélique dans leurs sphères respectives et luttant contre les hérésies - dont la plupart, ont surgi dans le monde grec, fortement influencé par les philosophies hellénistes. Il est notable, par exemple, que les papes de Rome aient soutenu la doctrine orthodoxe dans la longue et parfois sanglante querelle des icônes, qui ne touchait guère l’Occident.

Pendant le premier millénaire de l’ère chrétienne, l’Église entière était essentiellement "orthodoxe ". Il y avait certainement des différences importantes entre l’Église d’Orient et l’Église d’Occident, mais elles ont été en communion pendant de longs siècles. La conception orthodoxe de la structure de l’Église, fondée sur les évêques en tant que chefs des églises locales, était, et demeure, une collégialité des têtes des cinq Églises principales : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, la "pentarchie", dont l’ordre de préséance reflétait l’importance des Églises. En pratique, les Églises étaient très autonomes les unes par rapport aux autres, mais l’Église de Rome, a peu à peu, pour des raisons à la fois politiques et ecclésiales, consolidé son autorité sur l’Église d’Occident, affirmant la suprématie du pape, en tant qu’évêque de Rome et successeur de saint Pierre, au détriment de l’autorité et de l’autonomie des évêques en Occident.

Le schisme entre l’Orient et l’Occident

Aux différences linguistiques, politiques et sociales des parties orientale et occidentale de l’ancien Empire romain sont venues s’ajouter des différences théologiques et ecclésiales. Les raisons profondes de la séparation des deux parties de l’Église, et qui seules en expliquent la durée, sont proprement religieuses. C’est d’abord la question déjà évoquée de la procession du Saint-Esprit, le Filioque. Cependant, la cause principale du schisme était en fait la question de l’autorité du pape. Les papes de l’époque (IXe-Xe siècles) tentaient de transformer une primauté d’honneur, une "présidence d’amour" au sein des Églises locales, en un pouvoir juridique direct sur toutes les Églises, au mépris des droits traditionnels des évêques et des patriarches des autres Églises. Au XIe siècle, la réforme grégorienne, visant à libérer la papauté des empereurs francs et l’Église des féodaux, a voulu soumettre directement au pape non seulement les évêques, mais aussi les rois – et dans ce contexte a revendiqué l’infaillibilité du souverain pontife, doctrine occidentale qui sera dogmatisée par le Concile Vatican I en 1870.

En 1054, une délégation du Pape Léon IX envoyée à Constantinople pour négocier une alliance politique et une union des Églises dépose sur l’autel de Sainte Sophie, l’Église impériale de Constantinople, une sentence d’excommunication du Patriarche Michel Cérulaire, qui à son tour excommunie le Pape. Les excommunications réciproques ne seront levées qu’en 1965 par le Pape Paul VI et le Patriarche Athenagoras lors d’une rencontre historique à Jérusalem.

En 1204, l’irréparable est consommé : la IVe croisade, déviée de la Terre Sainte par les Vénitiens pour des raisons commerciales et politiques, se rue sur Constantinople, la ville est mise à sac, les icônes et les reliques vandalisées ou volées, une prostituée est placée sur le trône patriarcal, un Vénitien est nommé patriarche de Constantinople et un Latin devient empereur de Byzance. En 1261 les empereurs latins sont écartés de Byzance, qui redevient l’Empire byzantin, héritier de la civilisation grecque et gardien de la foi orthodoxe. Cependant, cette ingérence latine dans l’Empire byzantin lui a porté un coup mortel, et il s’écroule lentement devant le pouvoir grandissant des musulmans turcs venus d’Asie.

L’Orthodoxie après le schisme

Déjà aux IXe et Xe siècles, Byzance est devenu missionnaire en Europe orientale, du Caucase aux Carpates et jusqu’au cercle polaire. Les saints Cyrille et Méthode ont traduit la Bible et la liturgie en slavon pour les Moraves, donnant aux peuples slaves une langue écrite, qui constitue aujourd’hui encore la langue liturgique de plusieurs des peuples slaves. Les Bulgares et les Serbes ont été baptisés au IXe siècle et les Russes de la principauté de Kiev en l’an 988. Byzance a organisé les nouvelles Églises en métropolies largement décentralisées, mais dont l’évêque principal ou métropolite est consacré par le patriarche de Constantinople. Avec la destruction de la Rus-Kiev par les Mongols et le repliement des populations dans les forêts du nord-est, l’Église russe devient la gardienne de l’âme nationale. Au XIVe siècle, saint Serge de Radonège restaure le monachisme dans un esprit de service évangélique. Les monastères se multiplient, chacun devenant un centre de culture chrétienne et l’iconographie orthodoxe connaît un de ses apogées, en particulier au XVIe siècle, avec les grands centres de Novgorod, Moscou et Pskov.

L’Église russe à son tour devient missionnaire, convertissant de nombreux Mongols et les tribus finnoises du Nord. Les missionnaires orthodoxes ont atteint Pékin en 1714, puis les Îles aléoutiennes et l’Alaska à la fin du XVIIIe siècle – origine de l’Orthodoxie en Amérique du Nord. À partir du XIIIe siècle les empereurs byzantins cherchaient à se rapprocher de Rome pour des raisons politiques, afin d’obtenir l’aide militaire de l’Occident contre le pouvoir turc qui menaçait l’Empire. C’est dans ce contexte que les représentants orthodoxes aux Conciles de Lyon (1274) et de Ferrare-Florence (1438-39), poussés par l’empereur, ont capitulé devant les prétentions romaines en ce qui concerne l’autorité du pape et le filioque. Mais les conclusions de ces Conciles ont été rejetées par le peuple et le clergé, qui sont restés fidèles à la foi orthodoxe. En 1453 les Turcs s’emparent de Constantinople, c’est la fin de l’Empire byzantin et la Russie devient le rempart de l’Orthodoxie.

Sous l’Empire ottoman, l’Église est à la fois persécutée et tolérée; les quatre patriarcats traditionnels de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, ont connu une existence précaire pendant des siècles. En même temps, les grands centres de spiritualité orthodoxe, en particulier les monastères de Sainte-Catherine au Sinaï et ceux de la "Sainte Montagne", le Mont Athos en Grèce, continuaient de rayonner même sous la domination musulmane. La Grèce a été libérée du joug ottoman en 1832, la Bulgarie et la Serbie en 1878 et leurs Églises deviennent autocéphales. Au XXe siècle, l’Église de Grèce connaît une véritable renaissance spirituelle, avec des mouvements religieux comme Zoé et Soter et des théologiens éminents, tels que Christos Yannaras, Panayotis Nellas et Jean Zizoulias.

C’est à partir de la Sainte Montagne qu’a eu lieu ce qu’on appelle le "renouveau philocalique" de la spiritualité orthodoxe au XIXe et au XXe siècle. En 1782, un moine du Mont Athos, saint Nicodème l’Hagiorite, et l’évêque de Corinthe, Macaire, publient à Venise une monumentale Philocalie "amour de la beauté", un florilège de textes spirituels dans la grande tradition hésychaste remontant aux Pères du Désert des IVe et Ve siècles, passant par les grands spirituels de l’Église d’Orient jusqu’au XIVe siècle.

Traduite par un moine Ukrainien fixé en Moldavie, saint Païssi Velitchkovsky, la Philocalie slavonne, puis russe, devient la source de la renaissance spirituelle de l’Église russe au XIXe siècle. Cette renaissance puise ses racines dans l’hésychasme, notamment la prière de Jésus et atteint un apogée dans des personnages tels que saint Séraphim de Sarov et les saints starets du monastère d’Optino. Ce renouveau philocalique est l’inspiration du fameux "pèlerin russe" et il continue à influencer non seulement le monde orthodoxe, mais aussi l’Occident.

Au XXe siècle, toute la violence de l’athéisme et du matérialisme modernes s’est déchargée sur l’Église russe après la révolution bolchevique de 1917, puis sur les Églises orthodoxes de plusieurs pays de l’Europe de l’Est à partir de 1945. De 1918 à 1941, l’Église russe a subi une des persécutions les plus terribles qu’ait connu le monde chrétien, avec des martyrs par dizaines voire centaines de milliers. La plupart des églises, les monastères et les séminaires ont été fermés, toute catéchèse interdite, le patriarcat a été suspendu en 1925 et une bonne partie de la hiérarchie s’est soumise à l’état communiste. Pendant la deuxième guerre mondiale, Staline a "normalisé" les relations avec l’Église, beaucoup d’églises ont été rouvertes, ainsi que des monastères, séminaires et académies de théologie. Une nouvelle période de persécution, non sanglante mais asphyxiante, s’est abattue sur l’Église entre 1960 et 1964 et puis encore entre 1979 et 1985. Ce n’est que suite à la chute du régime communiste sous Gorbatchev, à la fin des années 1980, que l’Église russe est sortie de l’ombre dans laquelle elle a vécu pendant 70 ans.

La rencontre de l’Orthodoxie et de l’Occident

Les Églises orthodoxes, longtemps isolées des mouvements religieux en Occident - le schisme occidental de la Réforme était longtemps considéré comme une question qui ne les concerne pas - se sont jointes à la globalisation des discussions religieuses depuis les années cinquante. La présence de nombreuses communautés orthodoxes en Occident, la formation du Conseil œcuménique des Églises en 1948, la tenue du Concile Vatican II en 1964-68, la restauration de la liberté religieuse dans les anciens pays communistes, ont été autant d’occasions pour le monde orthodoxe de prendre conscience de lui-même et de se définir par rapport aux autres confessions chrétiennes. Les principales Églises orthodoxes ont par exemple participé au Conseil œcuménique des Églises, même si elles avaient des réserves quant à ses tendances spirituelles et sociales - réserves qui récemment ont obligé certaines des Églises orthodoxes à reconsidérer leur adhésion au Conseil œcuménique.

Un des grands événements spirituels du XXe siècle était la rencontre de l’Orthodoxie et de l’Occident, grâce surtout à la présence en Occident de la diaspora orthodoxe, ukrainienne, russe et grecque surtout, mais aussi roumaine, serbe et arabe. Il y avait déjà à la fin du XIXe siècle une présence importante d’immigrants orthodoxes en Europe occidentale et en Amérique du Nord. La première guerre mondiale a déclenché l’arrivée massive réfugiés grecs chassés de la Turquie. À partir de 1920 ont déferlé des vagues d’émigrés russes, chassés de leur patrie par la révolution bolchevique. Parmi eux, l’élite de l’intelligentsia russe s’est établie principalement en France. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, des Roumains, Bulgares et Serbes se sont ajoutés à une deuxième vague d’émigrés russes. Depuis la crise libanaise, de nombreux Arabes chrétiens en provenance du Liban et de la Syrie se sont établis en Europe et en Amérique du Nord. De nos jours, une troisième vague d’immigration russe, suite à l’effondrement de l’Union soviétique, vient augmenter la présence dans les pays occidentaux de populations issues de la tradition orthodoxe.

Les immigrants des pays de tradition orthodoxe apportent avec eux non seulement la foi et la pratique orthodoxes, mais aussi leurs Églises nationales, qui se trouvent implantées dans les pays d’accueil. D’importantes écoles de théologie ont été fondées, notamment l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris et le Séminaire Saint-Vladimir à New-York. Parmi les représentants éminents de l’ "école de Pari " figurent les théologiens

Vladimir Lossky, Georges Florovsky, Léonide Ouspensky, Paul Evdokimov, Jean Meyendorff et Alexandre Schmemann. Ces deux derniers se sont établis au Séminaire Saint-Vladimir à New-York. À partir de la fin des années 1920 apparaissent des "Orthodoxies occidentales", des paroisses utilisant les langues occidentales comme langues liturgiques. Celles-ci ont été créées à la fois par l’implantation progressive dans les pays d’accueil des immigrants et de leurs descendants, et par la conversion d’Occidentaux "de souche". La première Liturgie célébrée en français remonte à 1927 et la première paroisse francophone a été fondée à Paris en 1928. Ainsi se sont formées des paroisses et des diocèses utilisant le français, l’anglais, l’allemand etc. comme langues liturgiques. La plupart de ces diocèses demeurent sous la juridiction des Patriarcats et Églises dont elles sont issues (Constantinople, Antioche, Roumanie, Serbie…). Cependant, en 1970, le Patriarcat de Moscou a accordé l’autocéphalie à ses diocèses en Amérique du Nord, qui sont devenus l’Église Orthodoxe en Amérique.

La présence des populations d’immigrants de tradition orthodoxe en Occident permet depuis plus d’un siècle un contact véritable entre les deux grandes traditions du christianisme. Les chrétiens occidentaux peuvent découvrir les traditions spirituelles soigneusement transmises et enrichies pendant des siècles dans l’Église orthodoxe, la Liturgie byzantine, les icônes, la spiritualité hésychaste, la prière de Jésus, et une théologie demeurée fidèle aux enseignements des Pères et des Conciles œcuméniques.

      _________________________________

Clément, Olivier, L'Église orthodoxe. PUF (Que Sais-Je), 1998.
Meyendorff, Jean, L’Église orthodoxe hier et aujourd’hui. Seuil, 1995.
Ware, Timothy (Mgr Kallistos Ware), L'Orthodoxie : L'Église des sept conciles.
Desclée de Brouwer, 1998.
Daniélou, Jean, et Irénée Henri Marrou, Nouvelle histoire de l'Église, 1963-1975.
Knowles, M.D. et D. Oboleviski, Nouvelle histoire de l'Église, 1968.
Mayeur, J.M., et Al., Histoire du christianisme, des origines à nos jours, 1990-1995top

Les Coptes avant le Christianisme, genèse du christianisme en Égypte, petite Histoire de l'Église copte.


Christine Chaillot,
Tiré de "Vie et orthodoxie de l'Église copte"
(article paru dans la revue CONTACTS, numéro 187)

Lorsqu'on prononce le mot copte, certains imaginent d'antiques tissus au Louvre ou des manuscrits à la Bibliothèque nationale ! J'aimerais démontrer ici que les Coptes sont bien vivants et que la vie de leur Église est bien orthodoxe dans sa pratique ecclésiologique. En ce qui concerne l'orthodoxie de la christologie de l'Église copte, je renvoie le lecteur aux documents signés par les représentants de l'Église copte lors du dialogue officiel avec les orthodoxes chalcédoniens.

Ancêtres pharaoniques des Coptes et spiritualité pharaonique

Il faut s'imaginer qu'avant le christianisme et à ses débuts, Alexandrie était une grande ville cosmopolite où se côtoyaient Égyptiens, Grecs, Romains et Juifs. Dans ce milieu religieux et philosophique hétéroclite, où dieux et idoles se mélangeaient, le concept d'une triade divine avait déjà pénétré la mémoire égyptienne, en particulier dans le cas d'Osiris, Isis et leur fils Horus. De plus Isis, la mère vierge, enfante un dieu qui va mourir et ressusciter. Les Anciens Égyptiens croyaient en un dieu unique, à l'éternité de l'âme ; ils avaient aussi l'habitude d'un bain purificateur, sorte de préfiguration du baptême. Le ankh pharaonique, symbole de la vie éternelle, avait la forme d'une croix à tête ovale. Les esprits des Égyptiens semblent donc avoir été étrangement préparés par leur passé pharaonique à recevoir la Bonne Nouvelle du Christ. On a même appelé les Coptes " les fils modernes des pharaons " et les Coptes en sont fiers.

Le Christ en Égypte

lsaïe l'avait annoncé : l'Éternel enverrait un Sauveur aux Égyptiens et ils se convertiraient (Is. 19/1,10-25). Les paroles du Seigneur annoncées par le prophète Osée : " J'ai appelé mon Fils hors d'Égypte " (Osée 11,1 ; Matthieu 2,15) restent toujours vivantes dans les cœurs des Égyptiens chrétiens, les Coptes, qui considèrent cette visite du Christ comme une bénédiction. En effet, c'est dans leur pays au bord du Nil que la Sainte Famille vint se réfugier jusqu'à la mort du roi Hérode et s'arrêta, selon là tradition, dans certains lieux où l'on fit construire plus tard des églises : ainsi celle de Matariyyah au Caire, le monastère de Muharraq en Haute Égypte où se déroule annuellement un célèbre pèlerinage (mûlid), l'église de Saint-Serge au Vieux Caire, etc. Le souvenir de la Fuite en Égypte imprégna même la vie liturgique copte, puisqu'on la célèbre lors d'une des sept Fêtes secondaires, le 24 Bashans, selon le calendrier copte, c'est-à-dire le 1er juin de notre calendrier grégorien. On trouve également des icônes représentant l'événement.

Saint Marc fondateur de l'Église copte

Si on notait la présence d'Égyptiens le jour de la Pentecôte (Actes 2,10), l'Église copte fut fondée selon la tradition par saint Marc l'Évangéliste et se considère donc une Église apostolique. Cela serait confirmé par Eusèbe : Marc fut le premier envoyé en Égypte pour prêcher l'Évangile et établir des églises, tout d'abord à Alexandrie (Histoire Ecclesiastique Il, XVI, 1). Le martyre de saint Marc est fêté le 30 de Baramoudah, c'est-à-dire le 8 mai.

Il y a même une anaphore dite de saint Marc : c'est celle dite aussi de saint Cyrille, presque semblable à la liturgie grecque de saint Marc utilisée par les orthodoxes chalcédoniens d'Alexandrie jusqu'au Xlle -Xllle siècle, de style plutôt égyptien.

On raconte que les reliques de saint Marc auraient été enlevées par des Vénitiens en 828. Dans un geste œcuménique une partie fut rendue en 1968 au patriarcat copte qui les fit déposer précieusement dans la crypte de la cathédrale d'Amba Rou'eiss au patriarcat au Caire. On dit aussi que la tête du saint aurait été gardée dans l'Église de Saint Marc à Alexandrie. Iconographiquement, sur des icônes et enluminures coptes, saint Marc est accompagné d'un lion.

Petite Histoire de l'Église copte

Le christianisme naissant fut vite combattu par le paganisme et par l'autorité romaine. Saint Marc lui-même serait mort martyrisé par des païens. Des persécutions se développèrent sous Septime Sévère (202) et connurent leur apogée sous Dioclétien (284-305), provoquant des milliers de martyrs dont les noms et le témoignage restent bien vivants chez les Coptes : c'est pourquoi d'ailleurs l'an un du calendrier copte commence en l'an 284. Mais cela n'empêcha pas le christianisme de se développer : s'il y eut des convertis dès le premier siècle, l'organisation de l'épiscopat copte ne s'accomplit que peu à peu : au synode alexandrin de 339 saint Athanase évaluait à peu près à cent le nombre d'évêques. L'Église d'Alexandrie devint l'un des fleurons de l'Église des premiers siècles tant par sa doctrine que par sa spiritualité ayant à sa tête de grands théologiens et dans ses déserts les premiers " fois en Christ".

La conquête de l'Égypte par les Arabes vers 641 ayant à leur tête Amr ibn al-'As renversa cette province byzantine déjà affaiblie : ce fut le début de l'ère islamique. On percevra peu à peu certains changements dans la vie des Coptes. Les nouveaux dhimmis (" tributaires ") seront sujets à toutes sortes de difficultés, en particulier fiscales. Néanmoins on accepta des Coptes dans l'administration à certaines périodes. Les lois réformistes ottomanes de 1839 ouvrirent la voie à des changements positifs pour les Coptes : la gizyah (impôt de capitation des seuls dhimmis) est définitivement abolie en 1855; 1856 et 1866 seront aussi des dates décisives pour l'intégration effective des Coptes dans l'armée et le premier Parlement égyptien. Le patriarche Cyrille IV (1854-61) fit des innovations et s'inspira des réformes européennes en fondant les premières écoles coptes, en important une imprimerie, en réorganisant le clergé... Il fut aussi œcuménique avant la lettre par exemple, il entretenait de si bonnes relations avec le patriarche grec d'Alexandrie que ce dernier lui confia la surveillance temporelle de ses affaires lors d'un voyage à Constantinople. Le patriarche Cyrille V (1875-1927) quant à lui fut soucieux d'affermir un renouveau de l'identité copte dans cette perspective il fonda un séminaire théologique (1893) et inaugura les écoles du dimanche, élément essentiel du renouveau (1918).

La vie de l'Église Copte prit un nouveau tournant lorsque Dermite Ménas fut proclamé patriarche sous le nom de Cyrille VI (1959-71). Il établit un évêché pour s'occuper des services sociaux et un autre pour la formation du clergé ; il fit construire un nouveau monastère à côté de l'antique lieu de pèlerinage, de Saint-Ménas près d'Alexandrie, posa la première pierre de la cathédrale Saint-Marc au Caire, mais il suscita surtout de nombreuses vocations qui permirent de réorganiser la vie monastique car, disait-il, toute l'Église repose sur les prières des moines. Entre 1972-80 les Coptes connurent diverses vexations, entre autres des destructions d'églises, de magasins, et ils rencontraient bien des difficultés à obtenir le permis de construire de nouvelles églises. Sous la présidence de Sadate le patriarche Shenouda III (1971-) fut destitué par un décret présidentiel et il fut assigné à résidence au monastère de Saint-Bichoï : cela dura de 1981 à 1985. Mais la vie de l'Église continua : les pèlerinages des fidèles se firent plus nombreux dans les monastères afin de prier près des tombeaux de leurs saints et de recevoir le soutien spirituel de leurs moines.

Ces quelques lignes ne sont qu'un rapide aperçu de l'histoire de l'Église copte car on peut se référer facilement à de bonnes publications en français parues récemment.

Voici à présent quelques points dont on parle moins, mais qui sont essentiels pour comprendre non seulement le renouveau vécu dans l'Église copte ces dernières décennies et la situation actuelle, mais aussi pour imaginer quel pourrait être son avenir.

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Le ciel et l'Église: Le calcul de la date de Pâques dans l'Église primitive


Pamela Bright

 

Dr Pamela Bright est présidente et directrice du programme d'études de cycles supérieurs du département d'études théologiques de l'Université Concordia à Montréal. Ses recherches portent sur les communautés chrétiennes des cinq premiers siècles. Elle trouve de nombreux sujets d'intérêt dans la riche diversité des expériences d'hommes et de femmes fascinés par l'implication de l'Évangile dans leur propre cheminement spirituel et leur interaction avec les autres. Ses écrits témoignent de ces intérêts et sont axés sur l'herméneutique, l'ascétisme et l'ecclésiologie.

Dans les premières années du VIIIe siècles, Bède le Vénérable - vénéré pour sa sainteté et sa science - relate l'amère controverse qui avait fait rage au cours du siècle précédent dans la jeune Église de Northumbrie. Le thème principal du livre III de son Histoire ecclésiastique de la nation anglaise (H.E.) concernait la querelle entre les missionnaires irlandais romains du sud de l'Angleterre à propos de la date de Pâques. La controverse affectait même la vie privée du roi de Northumbrie. Alors que la reine Eanfled observait le jeûne du carême selon le comput romain, le roi Oswald célébrait Pâques selon le calendrier celte. Bède raconte comment lors de l'ouverture du synode de Witby en 664, le roi a demandé un règlement de cette dispute : "il appartient à ceux qui servent un seul Dieu d'observer une seule règle de vie et de ne pas être en désaccord sur la célébration des divins sacrements" (H.E. 3.25).

La question de "désaccord" sur la célébration de Pâques est plus qu'un simple problème de datation. Cependant, vu la place centrale qu'occupe la Résurrection pour la foi chrétienne, il n'est pas étonnant que les variantes dans le calcul des dates de la célébration de la liturgie pascale ait posé de sérieux problèmes dans les premiers siècles de l'Église. D'une part, il y avait les observations astronomiques et toutes les complexités de calendriers solaire et lunaire dans diverses traditions culturelles. D'autre part, la compréhension de la nature même de la Résurrection était en cause. En d'autres termes, la différence dans le calcul de la date de Pâques dans l'Église primitive provenait d'un mélange complexe de cultures locales, de vénérables traditions ecclésiales et d'interprétations théologiques divergentes quant à la signification de Pâques dans la liturgie et, par conséquent, dans la vie pastorale de l'Église.

Première phase : le dimanche ou un jour de semaine?

La première phase de la querelle se situe au IIe siècle. Des documents montrent que les différences de date existaient déjà dans les premières décennies du XXe siècle, du moins à partir du pontificat de Sixte 1er (vers 120). Les évêques romains ne purent persuader les évêques d'Asie Mineure de fixer la liturgie de Pâques le dimanche plutôt qu'en semaine. Cependant, malgré le différend, la communion entre les Églises ne fut pas rompue à cause de cette question. Dans les dernières années du IIe siècle, le pape Victor 1er avait provoqué un conflit sérieux avec les évêques d'Asie Mineure, ainsi que le rapporte l'Évêque Eusèbe, au IV siècle, dans sa monumentale Histoire ecclésiastique (H.E. 5.23). Polycarte d'Éphèse, défendant l'apostolicité de l'usage oriental, prétendait que la tradition remontait aux apôtres Philippe et Jean. Il fallut toute la sagesse et la diplomatie d'Irénée de Lyon, lui même originaire d'Asie Mineure, pour éviter le schisme.

La tradition orientale de célébrer pâques à différents jours de la semaine tirait son origine d'une stricte adhésion au calendrier des fêtes juives, fondé sur un comput lunaire et non solaire. La Pâque hébraïque était célébrée à partir du coucher du soleil, le 14 du mois de Nisan, premier mois d'un calendrier lunaire de 354 jours. (on ajoutait un mois intercalaire tous les trois ans approximativement). Ce groupe d'Églises orientales célébrait la Pâques chrétienne le soir du 14 Nisan - jour la Crucifixion selon l'Évangile - ce qui leur a valu le nom de quatrodécimans. Ainsi, il y avait deux traditions dans l'Église primitive : celle qui utilisait un calendrier solaire - comme Rome et Alexandrie - et célébrait la Résurrection le dimanche (suivant en cela le récit de l'Évangile), et les quartodécimans qui la célébraient à divers jours de la semaine.

Ce qui était en jeu n'était pas seulement l'adhésion à un calendrier lunaire ou solaire. Il s'agissait de savoir ce que la fête célébrait. Était-ce la Passion, la mort rédemptrice du 14 Nisan, ou était-ce la victoire sur la mort du dimanche de Pâques? Il s'agissait plutôt de souligner un événement que de soulever un point de doctrine. La question pouvait provoquer de l'animosité mais non un schisme. Nous trouvons des échos de deux interprétations liturgiques dans les écrits d'Origène, au IIIe siècle, et même jusqu'au début de Ve siècle, dans la pensée d'Augustin d'Hipone. Les quatrodécimans du IIe siècle mettaient l'accent sur le lien biblique entre l'immolation de l'agneau pascal dans le Temple et la mort du Christ (Marc 14,12). Ce lien entre l'agneau pascal et Jésus, l'Agneau de Dieu, est un thème constant dans les homélies de Méliton de Sardes. Cependant, dans la première moitié du IIIe siècle, Origène mit en doute le lien étymologique que les Orientaux avaient forgé entre le nom de la fête juive de Pâques et le verbe grec paschin "souffrir". Sur les fragments de papyrus trouvés à Toura, en Égypte, en 1946, on trouve les arguments suivants d'Origène : en hébreu et en araméen pascha signifie "passage". La Pâque chrétienne célèbre le "passage" de la mort à la vie dans la Résurrection. Cette perspective théologique est évidente dans les Lettres festales qu'Athanase d'Alexandrie écrivit pour annoncer la date de Pâques aux Églises d'Égypte. Nous lisons, dans sa cinquième Lettre festale, que la Résurrection et "le ligne de la victoire sur la mort" et que, dans la fête de Pâques, nous célébrons "le passage de la mort à la vie". Plus de deux siècles après la controverse quatodécimane, à une époque et dans une culture très différente, Augustin d'Hippone allait traiter de la question de la théologie pascale dans un commentaire irénique qui réunissait les deux courants de pensée. Il n'est pas question de "passer" transitus ni de "souffrir" passio. Citant Jean 13,1 - Jésus passant de ce monde à son Père - Augustin soutient que les deux courants contiennent le mystère de Pâques, le passage à la vie par la souffrance et la mort transitus per passionem.

Deuxième phase : variations dans les anciens calendriers

La question du choix d'une date pour la célébration de Pâques n'a pas été résolue en choisissant le dimanche plutôt qu'un jour de semaine. Elle ne l'a pas été davantage par une synthèse des perspectives théologiques sur les célébrations liturgiques. Ce qui compliquait le problème était la prolifération de calendriers dans l'antiquité : non seulement les différences entre le calendrier solaire et le calendrier lunaire, mais les différences dans les computs - selon que les computs étaient fondés sur un cycle de dix-neuf ans (lunaire à Babylone ou solaire à Alexandrie) ou sur le cycle solaire de quatre-vingt-quatre ans de Rome. Une autre complication venait de la différence de date de l'équinoxe de printemps - le 25 mars à Rome et le 21 mars à Alexandrie. Il n'est pas étonnant que chaque diocèse ait eu besoin d'experts pour calculer la date de Pâques, le comuputus paschalis. Anatole de Laodicée (né à Alexandrie) a écrit, en 282, un traité célèbre sur la datation de Pâques. C'est sur ce traité que Cyrille d'Alexandrie a fondé son calendrier liturgique de 436 à 531. Il a servi de base pour le célèbre comput de l'année de l'Incarnation - anno domini - par le moine Denys le Petit, au VI e siècle.

Après les bouleversements des persécutions de Dioclétien, au début du IVe siècle, le concile d'Arles, en 314, décréta que chaque évêque devait envoyer des lettres annuelles pour annoncer la date de Pâques. Les lettres festales d'Athanase, écrites au cours de son épiscopat de quarante-cinq ans et soigneusement conservées, sont une ressource inestimable pour connaître ses enseignements spirituels et théologiques sur les implications pastorales de la Résurrection.

Le concile de Nicée en 325

Une des plus importantes réformes du calendrier dans l'Antiquité fut celle du calendrier julien, introduite à Rome par Jules César en 45 av. JC. L'hégémonie politique et militaire de Rome assurait l'importance de cette réforme. C'est le calendrier julien qui fut adopté par le concile de Nicée en 325. Il fallait encore cependant apporter quelques précisions concernant la date de Pâques. L'équinoxe de printemps allait être fixé au 21 mars selon le comput alexandrin, plutôt que le 25 mars, selon le comput romain, et le calendrier liturgique allait être calculé selon le cycle alexandrin de dix-neuf ans plutôt que selon le cycle romain de quatre-vingt quatre ans. En résumé, Pâques allait être fixé au premier dimanche qui suit la pleine lune après l'équinoxe de printemps.

Le Concile a-t-il eu le dernier mot sur la question de la date? Évidemment non ou alors il ne serait pas nécessaire de lire plus loin que le présent article! Au cours du siècle qui s'est écoulé entre les conciles de Nicée en 325, et d'Éphèse, en 432, le mouvement monastique se répandit à travers l'Église, puis, comme une vague secondaire, influença les populations au-delà des frontières de l'empire romain. Au Ve siècle les moines et les évêques missionnaires avaient atteint l'Irlande. Il est loin d'être évident que les décrets du concile de Nicée concernant la date de Pâques soient parvenus jusqu'à eux, directement ou indirectement. L'Église des Gaules avait une façon compliquée de calculer la date de Pâques, ce qui laissa un héritage ambigu aux missionnaires celtes qui voyageaient entre la Gaule et l'Irlande. Un autre facteur qui permet de comprendre le calendrier pascal des Celtes était qu'ils reconnaissaient comme authentique un manuscrit attribué à Anatole de Laodicée. Lorsque les bénédictions arrivèrent de Rome en 597, le décor pour un nouveau débat sur la date de Pâques était en place. Le synode de Whitby, en 664, mis effectivement fin à la querelle. Mais la question du roi Oswald à propos de "désaccord dans la célébration des divins sacrements" subsiste dans la suite du débat dans l'Église sur ce problème.

Est-ce qu'un "désaccord" (par ex. : la date) sur la célébration des "divins sacrements" constitue en soi une sorte de dissonance blessante ou même fatale pour l'Église? La question est sérieuse. L'Église du IIe siècle ne croyait pas que des différences dans les dates de Pâques puissent constituer une rupture de la communion, mais il est évident, quand on voit le soin mis à calculer la date de Pâques au cours des siècles qui ont suivi, que la question continue d'être importante. En 1959, on a institué les conférences de Jarrow pour célébrer la dédicace de l'église Saint-Paul près de treize siècles auparavant. C'est à Jarrow que Bède le Vénérable a passé sa vie dans la prière et létude. Au cours des ans, ces conférences de Jarrow ont étudié les aspects du riche héritage laissé par Bède et la lumière que ses écrits ont jeté sur les premières années de l'Église en Angleterre. à l'occasion des conférences de Jarrow de 1964, Paul Meyvaert a sugéré que Grégoire le Grand pourrait avoir proposé une réponse à la question :

Bède semble avoir peré le secret de la pensée de Grégoire dans le Libellus Responsionum, le "petit livre de réponses" que le pape a envoyé à Augustin de Cantorbéry et que Bède a inséré dans son Historie (H.E.1.27). à la questin d'Augustin sur les rituels liturgiques, Grégoire rpond : "pour ma part, si vous trouvez quelque chose d'agréable au Dieu Tout-puissant, que ce soit dans l'Église romaine ou franque ou dans toute autre Église (l'Église celte n'aurait certainement pas été exclue), faites un choix prudent et établissez dans l'Église des Anglais... Dans la vision de Grégoire, il était à la fois naturel et bon qu'il y ait diversité de coutumes, liturgiques ou autres (à condition qu'elles soient toutes bonnes et solides), dans les Églises répandues sur la face de la terre... Si Grégoire le Grand avait vécu à cette époque et s'il avait pu intervenir efficacement dans la controverse qui opposait les Celtes aux Romains, aux VIIe et VIIIe siècles, l'histoire aurait sans doute pris un tout autre cours.

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Prier et oeuvrer pour une date commune de Pâques :
approcher l'impératif de l'unité chrétienne


Métropolite Bishoy de Damiette,
Oecuménisme - 37e année, no 145

Son Éminence le métropolite Bishoy de Damiette, de l'Église orthodoxe copte expose un point de vue de la tradition orthodoxe orientale non chalcédonienne.

À l'aube du troisième millénaire de la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, en l'année 2001, toutes les traditions chrétiennes - orthodoxes orientales non chalcédoniennes, catholique romaine et protestantes - ont célébré Pâques en même temps.

Comme Jésus-Christ est le chemin et la vérité et la vie, il est au centre de l'unité de l'Église.

Au IVe siècle, les Églises priaient et oeuvraient pour une date commune de Pâques. Or, en même temps, les divisions se firent jour en raison de divergences sur la divinité du Seigneur Jésus Christ et sa consubstantialité avec le Père. C'est à ce moment crucial, lors du premier Concile oecuménique, que fut formulé le symbole de Nicée-Constantinople qui confesse que Jésus Christ est Homo-ousion avec le Père, c'est-à-dire de même essence que lui, consubstantiel et coéternel avec lui. Et c'est à ce même Concile de Nicée que furent définis à la fois un symbole chrétien commun et une date commune de Pâques. l'Église d'Alexandrie fut chargée de déterminer chaque année la date commune de Pâques sur des bases convenues et d'en informer toutes les Églises à travers le monde.

D'un point de vue tant historique que théologique, nous pouvons affirmer que la personne de la Parole de Dieu incarnée est la cause de l'unité de l'Église. Le Seigneur ressuscité est toujours source d'inspiration et de renouveau dans nos vies.

Lorsqu'approcha le temps de sa passion, Notre Seigneur dit à ses disciples: "Voici que l'heure vient, et maintenant elle est là, où vous serrez dispersés, chacun allant de son côté, et vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul. Le Père est avec moi (Jn 15, 32). C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction; mais je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira, et cette joie, nul ne vous la ravira" (Jn 16,22)

Les disciples dispersés furent à nouveau réunis autour du Seigneur ressuscité le jour de Pâques lorsqu'il leur apparut comme il était. "Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se mit au milieu d'eux et il leur dit: "La paix soit avec vous." Tout en parlant il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie" (Jn20, 19-20).

À l'évidence, la résurrection du Seigneur opéra un changement radical dans la vie de ses disciples. Le Seigneur ressuscité est la source du pouvoir, de la joie, de la paix et de l'unité de l'Église. La seule chose dont nous ayons besoin, c'est d'être unis à lui dans la sainte vie de la victoire sur le péché.

Tout ce dont nous avons besoin, c'est de nous oublier nous-mêmes et de voir le Seigneur ressuscité qui brille de sa gloire divine et illumine nos pensées et nos coeurs.

Tout ce dont nous avons besoin, c'est d'accepter son amour divin afin de nous aimer les uns les autres et d'être unis à lui.

C'est la vie de sanctification qui nous réunira pour que nous puissions nous réjouir et confesser ensemble la foi une, sainte et apostolique.

Permission de publication accordée par le COE Bureau de la communication.

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Causes et conséquences du génocide arménien


Qu'est-ce qu'un génocide?

D'après la Convention des Nations Unis de 1948 : " Le génocide s'entend d'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial, ou religieux, comme tel :

      • meurtre des membres d'un groupe;
      • atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
      • soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'exigence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
      • mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
      • transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe."

Les causes :

L'empire Ottoman éprouve alors d'énormes difficultés économiques,. Il se sent menacé par l'éveil des nationalismes de la Grèce et des Balkans du XIXe siècle. Il a peur de perdre les territoires de l'Arménie et veut assurer l'intégrité de ses possessions en Asie Mineur. De plus, sous prétexte d'intervenir pour sauvegarder les communautés chrétiennes : Arméniens, Grecs, Maronites, etc. les grandes puissances tentent de gruger le territoire de l'Empire Ottoman qui s'effrite. C'est pourquoi, les dirigeants turcs décident, entre autres, d'éliminer les Arméniens.

en 1908, le parti Jeunes-Turcs prend le pouvoir en renversant Abdul Hamid, le sultan (1876-1908). La politique de ce parti Jeunes-Turcs est : panturquisme (Politique de turquification forcée à toutes les nationalités non turques de l'empire) et pantouranisme (Réunir d'un seul tenant les 10 millions de Turcs de l'Empire Ottoman aux 20 millions de Touraniens de l'Asie Centrale).

La Turquie a une longue tradition de terreur utilisée comme arme politique pour réduire les peuples non-Turcs à la résignation et à l'apathie. Cette violence d'État s'est particulièrement manifestée à l'encontre des Arméniens. De 1850 à 1896, la détermination de terroriser les Arméniens fit 5 millions de victimes. De plus, en 1909, 30.000 Arméniens sont massacrés à Adana (Cilicie) et le 24 avril 1915 (dans la nuit), à Constantinople et dans différentes villes, des centaines d'intellectuels et de notables sont arrêtés, déportés puis tués : c'est le signal de l'extermination totale et de l'application de la politique définie par Talaat, Enver et Djemal.

De 1915 à 1923, ce même régime déporte et le massacre le peuple arménien, en le dépossédant de tous ses biens et ses territoires ancestraux.

Le génocide arménien fit environ 1,5 millions de victimes sur une population estimée à 2 millions.

Les conséquences :

Les conséquences sont désastreuses pour le peuple arménien. C'est une véritable saignée démographique à cause de la décimation de plus de 75% de sa population totale. Une perte des territoires qui constituaient le berceau de la nation arménienne depuis 3 000 ans, accompagnée de la destruction des monuments historiques : églises arméniennes et monuments laissés à l'abandon. C'est également l'éclatement de la nation arménienne : création d'une diaspora aux quatre coins du monde.

Jusqu'à maintenant on impose aux arméniens le silence totale sur tous les sévices qu'ils ont subit en tant que qu'individus et en tant que peuple et, malgré le temps écoulé, le génocide arménien n'a toujours pas été reconnu, et demeure impuni.

Les preuves :

    • correspondances des diplomates européens en place, à l'époque, en Turquie
    • Volonté de faire disparaître toute trace d'arménité des territoires anatoliens marquée par la destruction quasi-systématique des monuments et des églises arméniennes
    • des milliers d'orphelins "sortis de nulle part" ont été recueillis dans les nombreux orphelinats créés en ces temps-là
    • pression de la Turquie, jusqu'à aujourd'hui, sur les différents gouvernements pour la non-reconnaissance du génocide arménien (politique de révisionnisme et de négationnisme).
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      Le génocide arménien


      Yves Ternon
      Feuillé paroissiale Notre-Dame-de-Nareg

      Le génocide arménien 1915 - 1916

      En 1915 et 1916, durant la première guerre mondiale, environ 1 200 000 Arméniens (estimation la plus vraisemblable proposée par l'historien britannique Arnold Toynbee) ont été tués sur place ou sont morts au cours de leur déportation, soit les deux tiers de la population arménienne vivant dans l'empire ottoman. Le gouvernement turc est responsable de ce crime collectif, aboutissement d'un plan concerté.

      La longue histoire d'un peuple dont l'autonomie et l'identité ont souvent été mises à mal. La présence des Arméniens sur un territoire situé au sud du Caucase et de la mer Noire et à l'Est du plateau anatolien remonte au VIIe siècle avant J.C. Ces hauts plateaux au climat rude mais aux terres fertiles constituent un enjeu constant entre les empires perse, grec, romain et arabe qui se succèdent. L'Arménie est tantôt un royaume indépendant, tantôt une province vassale.

      Entre le IVe et le Vlle siècle l'identité arménienne s'affirme puisque les Arméniens se donnent une religion, le christianisme, une langue, l'arménien et un particularisme religieux, le monophysisme.

      Au XIe siècle l'arrivée des turcs seldjoukides ruine le pays et contraint le peuple arménien à se réfugier en Cilicie au sud-est de l'Anatolie.

      Au XVIe siècle les Turcs ottomans occupent la partie occidentale de l’Arménie tandis que l'est du pays reste aux mains des Perses séfévides. Dans l'empire ottoman les Arméniens sont soumis à la loi coranique, la charia et sont à ce titre des " protégés ', ou dhimmis : Ils disposent de libertés religieuses et communautaires mais doivent en retour payer de lourds impôts leur droit d'exister et de posséder des biens. Les Arméniens sont des citoyens de second ordre.

      Au XIXe siècle, alors que l'empire ottoman menacé de déliquescence éveille les appétits des puissances européennes, se développe le nationalisme arménien. Les Arméniens demandent des réformes dans l'Empire et appellent les Européens à soutenir leur cause. La réponse du sultan Abdul Hamid ne se fait pas attendre : en 1895 et 1896 plus de 100 000 Arméniens sont massacrés.

      À nouveau en avril 1909, peu après l'arrivée des jeunes turcs au pouvoir, alors que l'empire connaît des troubles politiques, des massacres, en Cilicie, sont perpétrés.

      En 1914, après l'échec des négociations avec les Russes, la Turquie se range dans le camp de la Triplice (alliance réunissant l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie). Les Arméniens avaient annoncé dès le mois d'août qu'ils rempliraient leur devoir de citoyens ottomans. Néanmoins en novembre 1914 le djihad est proclamé par le sultan et dès le début des combats les Arméniens sont présentés comme des espions et des traître à l'empire.

      L'extermination d'un peuple

      Les combats contre la Russie se déroulaient de part et d'autre de la frontière caucasienne, c'est à dire à proximité immédiate de l'Arménie. Les Arméniens furent encouragés par les Russes à constituer des légions combattant à leurs côtés et de nombreux Arméniens enrôlés dans les armées turques désertèrent.

      Après les premiers massacres de janvier 1915 et le développement d'une propagande anti arménienne, les premières déportations surviennent au début d'avril 1915 : les Arméniens de la région de Zeîtoun en sont les victimes. Le génocide proprement dit commence le samedi 24 avril 1915 à Constantinople par une rafle : 2345 Arméniens appartenant à l'élite intellectuelle sont arrêtés. Puis au cours des mois de mai, juin et juillet 1915 tous les Arméniens des sept provinces orientales de l'Empire sont tués sur place ou déportés vers Alep, au sud. Des convois d'hommes, de femmes, de vieillards et d'enfants sont constitués et soumis à une longue marche dans des conditions épouvantables : sans eau, sans vivre et sans défense. Les gendarmes chargés de les escorter tuent les traînards, des nomades kurdes les volent, enfin des bandes organisées, les tchétés massacrent un grand nombre de déportés.

      A la fin juillet 1915 la première partie du programme est réalisée : l'est de la Turquie est vidé de sa population arménienne. La seconde étape du plan est alors exécutée : la déportation des Arméniens vivant dans le reste de l'empire. Les ordres sont impitoyablement appliqués.

      Les massacres, la déportation de plusieurs centaines de milliers d'individus correspondent bien à la définition du génocide élaborée par "la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide" et adoptée le 9 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Le génocide est défini comme un ensembles d'actes "commis dans l'intention de détruire en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux". Le terme de génocide est employé pour la première fois par le juriste américain Raphaël Lemkin en 1944 à propos des crimes de l'Allemagne nazie, suite au crime perpétré par les nazis contre les Juifs. Les juristes ont réformé le droit pénal international et ont intégré la notion de génocide aux nouveaux textes juridiques.

      Or le crime perpétré par l'Ittihad ve Terraki (parti alors au pouvoir en Turquie) était bien prémédité, il correspondait bien à un plan concerté d'extermination des Arméniens. Les preuves abondent: les télégrammes adressés par les ministères de l'Intérieur ou de la Guerre, par le Comité central de l'Ittihad aux responsables provinciaux, les dépositions faites sous serment par des fonctionnaires civils et militaires Ottomans lors du procès des responsables des crimes en 1919, le Livre bleu anglais publié en 1916 qui regroupe des rapports consulaires, des témoignages de civils neutres ou allemands, le Rapport Lepsius regroupant une documentation collectée par le pasteur, première synthèse publiée en 1915, enfin les souvenirs de témoins: Henry Morgenthau, ambassadeur des États-Unis, Harry Strumer et Henry Barby tous deux journalistes.

      Plus d'un million de personnes ont péri. Pourtant le gouvernement turc conteste toujours l'intentionnalité du crime comme l'ampleur des massacres. Ce refus est vécu par les Arméniens comme une seconde mise à mort. L'Assemblée nationale a reconnu récemment le génocide arménien et a fait, de la France le premier pays.

 

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Retombées de la conquête arabe
sur la chrétienté de Syrie


Archimandrite Ignace Dick
"Chrétiens de l'Église antique au coeur de l'Islam et à la pointe de l'oecuménisme".

Conférence présentée dans le cadre du Colloque international "La Syrie de Byzance à l'Islam", tenu à Lyon, en septembre 1990. Publié dans les actes du congrès, Institut français de Damas, Damas 1992, et dans la revue Proche- Orient chrétien XL 1990, p. 235-244.

La Syrie est une réalité ethnographique, culturelle et géographique bien déterminée. Mais elle n'a pas formé d'État et de nation autonome. Son rôle historique est remarquable, non en raison de son hégémonie politique et militaire, mais en raison de son apport à la culture et à la civilisation universelle.

Pomme de discorde entre les grands empires, elle a été un lieu de passage et de brassage de peuples et a élaboré une forme de civilisation personnelle qui a influencé les autres cultures sans toujours s'en démarquer.

La réalité syrienne date de plus de cinq millénaires. Elle occupe un rôle de premier plan dans l'histoire de l'Orient ancien. La conquête d'Alexandre ouvrit la Syrie à la culture hellénique et au monde occidental, mais sans lui faire perdre son âme sémite et syrienne.

Un autre grand tournant de son histoire fut la conquête arabe du VIle siècle. La Syrie passa de l'hégémonie byzantine à l'hégémonie arabe et musulmane. Ce passage ne fit pas table rase des réalités antérieures et durant près d'un siècle et demi beaucoup de choses restèrent telles qu'elles étaient. Devenue arabe, la Syrie resta syrienne. L'actuelle république arabe syrienne entend incarner cette double réalité et fidélité dans son nom même, et continuer le destin de la Syrie historique qui déborde ses frontières actuelles.

Dans ce colloque, divers chercheurs se pencheront sur les différents aspects de ce passage de Byzance à l'Islam. Je m'attacherai plus particulièrement à la chrétienté de Syrie et aux chrétiens syriens, qui constituent l'élément le plus fort de continuité, pour essayer de dégager les retombées de la conquête islamique sur leur statut politique et légal et l'évolution de leur vie religieuse et culturelle.

À la veille de la conquête arabe, le paganisme avait pratiquement disparu de Syrie, sauf de rares îlots comme celui de Harran. L'ensemble de la population avait embrassé le christianisme. Les vestiges des églises et des monastères des Ve et VIe siècles, répandus dans toute la Syrie, témoignent de l'extension du christianisme et de la ferveur religieuse des Syriens sans préjuger de la profondeur de la religion vécue par les masses populaires.

Durant près de cinq siècles, Antioche réussit à maintenir autour d'elle l'unité des divers éléments ethniques et culturels peuplant la Syrie, hellènes ou syriens hellénisés dans les villes, syriens de langue dans les campagnes et au-delà de l'Euphrate, arabes dans les steppes désertiques et aux alentours des villes des hauts plateaux de l'intérieur. L'Église de Syrie réussit la symbiose équilibrée de l'esprit sémite et de l'hellénisme dans la réflexion théologique et la vie liturgique, comme dans son art architectural remarquable.

Le dernier siècle qui précéda la conquête arabe a vu une désaffection d'une large partie de la population par rapport à l'Empire. Le sentiment national syrien se réveilla et trouva appui dans l'émirat arabe ghassanide. La littérature en langue syriaque prit consistance. L'Église du patriarcat d'Antioche se scinda en deux branches, l'une hostile à l'Église officielle de l'Empire et au concile de Chalcédoine qui prit le nom d'Église syrienne ou Église jacobite, et l'autre, fidèle à l'Église officielle et à Chalcédoine, qui fut dénommée par ses adversaires melkite, ou partisane du roi.

L'Église syrienne se démarqua de l'Empire. Les pressions exercées par le pouvoir byzantin et qui allèrent jusqu'à la persécution ne firent qu'exacerber le sentiment national syrien.

L'occupation perse, qui dura près de vingt ans, favorisa les éléments hostiles à l'Empire surtout dans les régions orientales. La reconquête d'Héraclius fut éphémère. Les troupes arabes trouvèrent un pays ruiné et divisé. La population n'offrit pas de résistance et pensa à une occupation passagère comme celle des Perses et ne réalisa pas l'importance capitale des événements et le tournant que prenait l'histoire de la Syrie.

Statut politique et légal des chrétiens de Syrie dans la première periode arabe

Le statut des chrétiens aux premiers temps de la conquête arabe ne fut pas aussi désavantageux que le décrivent les ouvrages classiques de fiqh et les historiens qui projettent sur le passé la situation telle qu'elle se détériora à partir du second siècle de l'hégire. Les textes des Capitulations rapportés par les historiens de la conquête ne semblent pas authentiques.

Les chrétiens qui acceptaient l'autorité politique des conquérants musulmans, sans passer à l'Islam, devenaient des protégés, des "dhimmis" contraints de payer la "gizya" en contre-partie de leur liberté religieuse et de la sauvegarde de leur autonomie juridique. Ils devaient s'abstenir de pactiser avec l'ennemi et servir loyalement l'État qui s'astreignait à les protéger .

Lors de la conquête, les Arabes musulmans, qui se trouvèrent en moins de dix ans à la tête d'un immense empire, laissèrent la situation interne telle qu'ils l'avaient trouvée. Ils n'avaient pas l'expérience requise pour l'administration de ces pays et ne s'intéressèrent au début qu'à la collecte des impôts. La population du pays conquis n'avait qu'un seul devoir: celui de maintenir à ses frais l'aristocratie militaire arabe qui n'avait aucune envie d'administration ou d'organisation. Même le soin de percevoir les impôts fut laissé aux fonctionnaires de l'ancien régime. Pour tout le reste, la population était libre de faire ce qu'elle voulait et de pratiquer la religion qu'elle préférait.

En dehors de la paix intérieure et de la rentrée régulière des contributions, rien n'intéressait les conquérants. Toute l'administration civile et religieuse du pays conquis fut respectée scrupuleusement. Une fois les opérations militaires terminées, la conquête arabe ne représenta pour la population soumise qu'un changement de patron.

Le grand-père de Jean Damascène, Mansour, et son père Sarjoun demeurèrent dans leurs fonctions à Damas. Jean lui- même leur succéda dans l'administration des finances. Il devait en être de même dans les autres villes syriennes.

A défaut de sources, nous pouvons déduire la situation en Syrie de ce que les papyrus égyptiens nous donnent comme renseignements. Les gouverneurs locaux, les pagarques, exerçaient leur juridiction jusque vers la fin du premier siècle au moins. Le gouverneur d'Egypte, Qurra b. Sarik, écrit à Basile, pagarque d'Asouh, pour lui enjoindre de juger le différent surgi entre les fermiers de sa circonscription.

Les lieux de culte debout lors de la conquête restèrent ouverts. Les chrétiens gardèrent leur autonomie législative même en matière civile, car l'État était théocratique et les lois, censées avoir été dictées par Dieu aux fidèles de l'Islam, ne pouvaient être imposées à ceux qui ne partageaient pas leur foi. Les chrétiens formèrent comme une nation à part et se serrèrent autour de leurs évêques qui furent par là dotés de prérogatives à la fois civiles et religieuses. Ils devinrent chefs et juges de leur peuple.

L'autonomie législative des chrétiens n'a jamais été aussi bien respectée par l'Etat que durant la conquête et sous le régime des Ommayades. Les chrétiens continuent à appliquer entre eux le même droit qui les avait régis avant la conquête.

En Égypte, la chose est attestée par les papyrus. L. Boulard a fait des recherches sur le contrat achat-vente à la base de ces papyrus, qui lui ont permis de conclure que, jusqu'à la fin du VIlle siècle, la vente telle qu'elle est pratiquée entre chrétiens coptes est encore la vraie vente d'Égypte antérieure aux Romains et respectée par eux.

Sur le territoire de l'ancien Empire perse, l'autonomie législative des chrétiens est confirmée à cette époque par les 25 décisions ou réponses du patriarche nestorien Chénanisho 1er (patriarche de 686 à 699).

Le synode nestorien de 676, présidé par le catholicos Mar Guiwarguis 1er, dans son canon 6, ordonne que toutes les contestations entre les chrétiens soient jugées dans l'Église en présence des prêtres que l'évêque, du consentement de la communauté, aura désignés pour cette tâche. Les fidèles peuvent aussi recourir directement à l'évêque. La suite du même canon nous apprend que l'évêque, du consentement de la communauté, nommait parfois à cette charge de simples laïcs et que le gouvernement nommait de temps à autre des chrétiens pour exercer la magistrature parmi leurs coreligionnaires.

La situation en Syrie ne devait pas tellement différer de l'Égypte et de l'Irak. Les conquérants ne molestèrent personne pour motif de religion. L'intolérance viendra seulement plus tard avec les conversions d'un certain nombre d'indigènes à l'Islam.

Dans la période des débuts, ces dernières furent plutôt rares car le régime fiscal était encore tolérable et par ailleurs, étant donné la prédominance des éléments arabes dans la constitution du nouvel État, la condition de "mawla" ou client avantageait bien peu les convertis non arabes. Les tribus arabes chrétiennes restées fidèles à leur foi au premier siècle de 1'hégire avaient un statut privilégié par rapport aux chrétiens de souche syrienne.

Plusieurs facteurs nouveaux contribuèrent, jusqu'à la chute de la dynastie Ommayade, à modifier le statut des communautés chrétiennes et leur position légale. Le siècle Ommayade fut témoin de la fusion progressive des conquérants arabes avec la population indigène. Les camps militaires où ils étaient d'abord confinés firent place à des agglomérations citadines où les marchands et les artisans chrétiens ne tardèrent pas à affluer. Ailleurs les musulmans s'installèrent dans les anciennes villes.

Les contacts journaliers, le commerce, les heurts posèrent bien vite le problème des rapports juridiques entre les deux nations. Ces rapports où il y avait au moins une partie musulmane ne pouvaient être réglés suivant les lois des chrétiens. Ceux-ci étaient confrontés de plus en plus à la loi musulmane.

De plus les juristes supportèrent mal que les chrétiens fussent privilégiés par rapport aux musulmans à cause de leur législation parfois plus large, et l'on astreignit les chrétiens à la loi commune toutes les fois que l'exigeait l'ordre public. L'autonomie législative et judiciaire des chrétiens s'avéra aussi illusoire, étant donné que les sentences des tribunaux chrétiens étaient considérées comme un simple arbitrage que les parties devaient accepter de leur gré. Les mécontents pouvaient toujours recourir aux tribunaux musulmans qui jugeaient d'après la loi musulmane.

Les domaines qui résistèrent davantage à l'assimilation de l'Islam furent ceux de l'héritage (car on n'hérite qu'entre coreligionnaires, d'après l'Islam), et du mariage (les mariages mixtes étant rares). Mais peu à peu l'Église modela sa législation en matière d'héritage sur la loi musulmane, à cause des difficultés d'exécution et pour stopper les apostasies.

Finalement l'État lui-même intervint pour étendre aux chrétiens l'application de la loi musulmane. Maqrizi nous apprend en effet que, le 18 juillet 1354, une ordonnance du Sultan d'Égypte, Salih II, lue dans toutes les mosquées, prescrivit de répartir les successions des non-musulmans par les soins des autorités musulmanes et suivant les règles de l'Islam. Seule demeura l'autonomie en matière de mariage et du statut personnel, intimement lié à la religion.

On voit que si les premiers califes furent généralement tolérants (Moawia et Yazid furent amis des chrétiens), le libéralisme commença a diminuer avec Walid 1er. plusieurs églises parmi lesquelles la cathédrale Saint-Jean de Damas furent transformées en mosquées. Sulaiman et 'Umar montrèrent encore plus de ferveur religieuse.

A partir de Abdulmalik, les charges administratives passèrent progressivement des chrétiens aux musulmans. Par- dessus tout, le poids du fisc se faisait sentir toujours davantage.

La guerre de conquête et le luxe de la dynastie engloutissaient des sommes folles dont tout le poids retombait sur les tributaires.

Les Marwanides doublèrent la capitation. En Égypte, les coptes se révoltèrent plus d'une fois. Les paysans syriens mécontents s'unirent aux Mardaites sous Abdulmalik en 686. Umar Il astreignit les moines, jusque là exempts, à la capitation. Yazid il imposa les églises. Sous Hisham le système des avanies (taxes arbitraires) était déjà à l'honneur. Les agents du fisc ne dédaignaient pas les humiliations et les tortures. Pour échapper au fisc, des chrétiens apostasièrent. Les propriétaires diminuaient ainsi considérablement le fardeau de leurs impositions et les colons de la glèbe se voyaient libérés du travail de la terre et pouvaient même aspirer à une pension de l'État à titre de soldats ou d'employés.

Les coptes, après avoir tenté en vain de se révolter, se convertirent en masse et furent très vite en minorité.

En Syrie, les conversions durent être bien plus rares si, d'après l'estimation du P. Lammens, le nombre des musulmans, y compris les émigrés d'Arabie, à la fin du 1er siècle de l'hégire, n'y dépassait pas sensiblement les 200.000 sur une population de 4 millions environ.

Dans la conclusion de son étude sur les chrétiens de Syrie, Mésopotamie au début de l'Islam, André Ferré remarque: "Il serait précisément capital de connaître les conditions réelles de la coexistence entre chrétiens et musulmans durant les premières années qui ont suivi l'avènement de l'Islam". En effet, les éléments qu'il est possible de recueillir, en recoupant les informations, permettent de noter deux "tournants" dans l'histoire de ces deux siècles, en ce qui concerne bien entendu les relations intercommunautaires.

Le premier tournant, ou si l'on préfère, le premier durcissement de l'autorité islamique vis-à-vis des non- musulmans, commence sous le califat de Abdulmalik aux environs de l'année 75/694 et se continue jusqu'au règne de Umar II (99/717-101/720). A ce moment-là, l'empire Ommayade, malgré ses dissensions internes ou peut-être à cause d'elles, cherche à s'affirmer sur tous les plans, d'où, par exemple, la centralisation politique, la création d'une monnaie "musulmane", la fixation du texte coranique, l'arabisation de l'administration. Cette évolution ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences sur les rapports avec les communautés de "dhimmis".

La deuxième période de durcissement commence sous le règne de Harun al-Rashid et se poursuit jusque sous les califes al Ma'mun (mort en 218/833) et surtout al-Mutawakkil (mort en 247/861). On peut même dire que la première moitié du Ille / IXe siècle inaugure une nouvelle ère dans les relations entre chrétiens et musulmans et cela mériterait une étude à part.

Restent donc les cinquante ou soixante premières années de vie commune que l'on a des raisons de regarder comme une période de coexistence pacifique au plan religieux...

L'une des rares décisions à caractère discriminatoire qui se rapporte à cette époque est celle que prit Umar 1er d'expulser d'Arabie certains groupes de juifs et de chrétiens... Il faudrait se demander dans quelle mesure le modèle de société élaboré par les fuqahâ' musulmans et sanctionné par le pouvoir politique est responsable des failles et des échecs qui ont affecté la coexistence religieuse... Un jugement objectif sur le "pacte de protection" supposerait une enquête précise sur son fonctionnement réel suivant les temps et les lieux.

Les restrictions mises par les fuqahâ' ne sont pas dans l'esprit de l'Islam primitif ni de son fondateur, et reflètent une situation postérieure où l'esprit de tolérance primitif s'était détérioré. Des recherches dans ce domaine seraient souhaitables et éclaireraient les problèmes aigus que nous vivons actuellement.

Évolution de la vie religieuse et culturelle

  1. La conquête arabe coupa la Syrie du monde grec et occidental. La frontière arabo-byzantine était un front de guerre. Les relations avec la chrétienté libre, Constantinople et Rome, devinrent difficiles et sporadiques. Par contre, l'ancienne frontière romano-perse qui coupait les peuples de langue syriaque en deux, orientaux et occidentaux, tomba. La Syrie fit désormais partie du monde arabe et moyen-oriental.

  2. L'Église perdit sa situation de faveur. Elle fut juste tolérée. Elle dut utiliser les moyens pauvres, lutter pour survivre malgré les exactions du pouvoir. L'Église melkite souffrit davantage au début, étant donné ses rapports de communion avec Constantinople. Le patriarche d'Antioche ne put rejoindre son siège qu'en 740.
    L'église syrienne jacobite, hors de la légalité byzantine, souffrit moins du changement de régime.
    La conquête musulmane eut pour effet de consacrer la division de l'Église de Syrie et le statu quo.
    Les Arabes reconnurent les trois confessions chrétiennes: les Melkites, les Jacobites (auxquels se rattachent les Coptes d'Égypte) et les Nestoriens, présents surtout en Irak et dans l'ancien empire sassanide.

  3. L'Église s'arabisa. C'est le grec, peu enraciné dans les masses, qui disparut le premier. Les premiers Abbassides en effet défendirent l'enseignement du grec.
    Le syriaque, la langue du peuple, résista davantage. En Égypte, le copte ne tarda pas à tomber en désuétude.
    Les différentes confessions commencèrent à utiliser l'arabe qui devint une nouvelle koiné et renouèrent ainsi avec leur première unité culturelle grecque au-delà des langues nationales remises à l'honneur à partir du Ve siècle.
    Ainsi la conquête arabe, par contre-coup, ressouda l'unité chrétienne.

  4. L'Église continua sa vie. L'Église syrienne jacobite, bien qu'isolée des autres Eglises, continua son essor culturel et théologique. De grands noms l'illustrèrent à l'époque ommayade, tels que Sévère Sebokht, Georges des Arabes, Jacques d'Edesse...
    Les Melkites, malgré la conquête arabe, continuèrent leurs relations avec l'Eglise universelle et enrichirent sa théologie et sa liturgie. Ils donnèrent à l'Eglise Saint Jean Damascène qui servit le gouvernement ommayade avant de se retirer à Saint-Sabbas.
    L'hymnographie byzantine dut la plus grande partie de son répertoire aux écrivains melkites de cette période: André de Crète, Jean Damascène, Cosmas de Maïouma, Théophane et Théodore Grapti, Etienne le Mélode.. Tous écrivaient encore en grec, au VIIIe et au début du IXe siècle.
    Les patriarcats melkites jouèrent un grand rôle dans la lutte contre l'iconoclasme et participèrent aux derniers conciles œcuméniques réunis en Orient, celui de Nicée Il et ceux de la querelle photienne.
    Tout ceci marque la continuité avec le passé. L'Eglise opéra aussi les transformations requises par la nouvelle situation.
    Les Melkites furent les premiers à arabiser la culture chrétienne. Ils s'attelèrent à la traduction en arabe de la Bible, de la Liturgie et des Pères. De nombreuses vies de saints furent écrites en arabe.
    Ils élaborèrent aussi une théologie arabe essayant de présenter la foi chrétienne aux musulmans. Cette théologie prit naissance au début du VIlle siècle autour des monastères melkites de Saint-Sabbas et de Saint-Chariton, proches de Jerusalem. La plus ancienne reuvre connue: Somme des aspects de lafoi, encore inédite, peut être datée de 738.
    L'apologétique islamo-chrétienne se développa. Les plus anciens représentants en sont Théodore Abuqurra chez les Melkites, Abu-Raïta chez les Jacobites et le Patriarche Timothée chez les Nestoriens, tous les trois entre le VIlle et le IXe siècles.

  5. Les chrétiens arabes de toutes confessions contribuèrent à la culture et à la civilisation arabes. Ils commencèrent par traduire en arabe, à partir du grec ou du syriaque, l'essentiel de la science et de la philosophie grecques. Ils composèrent eux-mêmes un nombre considérable d'oeuvres originales qui n'ont pas été toutes encore éditées et inventoriées.
    Les chrétiens de Syrie, fidèles à leur foi, s'intégrèrent loyalement dans le nouveau milieu culturel et politique issu de la conquête du VIle siècle. Non moins arabes que leurs concitoyens musulmans, ils contribuèrent à la grande culture islamique comme à la culture théologique chrétienne.
    La littérature arabe chrétienne est un vaste domaine qui commence à peine d'être étudié et mériterait une attention plus grande de la part des chercheurs.
    Il est hors de notre propos de suivre les vicissitudes du destin des chrétiens de Syrie et des autres pays arabes à travers le Moyen-Age jusqu'à l'époque moderne et contemporaine. Leur survie est un miracle et leur présence est une grâce, car ils sont pour les pays arabes un ferment d'ouverture et de progrès. Ils aspirent à être mieux acceptés et compris pour pouvoir mieux servir dans la liberté et l'égalité.

Il n'est pas bon pour les pays arabes que les chrétiens partent ou perdent leur personnalité et leur identité culturelle. Les chrétiens arabes ne sont pas une relique du passé mais la preuve de la possibilité de coexistence et de symbiose entre les fidèles des deux grandes religions monothéistes. Leur maintien dans la sauvegarde de leur dignité et de leur liberté est d'une importance capitale pour notre monde actuel.

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Les Églises du Moyen-Orient


Les Églises chrétiennes d'Orient, appelées également les Églises orientales, sont les communautés chrétiennes qui se sont constituées et organisées au cours des siècles dans la partie orientale de l'Empire romain où des cultures d'expression grecque s'étaient surimposées aux cultures régionales (araméenne, égyptienne et autres).

Formation des Églises Locales et oecuméniques

Le Moyen-Orient est le berceau de la Chrétienté. C'est en Palestine qu'est née l'Église. Sa création remonte aux premières communautés de disciples qui, après l'annonce de la Résurrection de Jésus et après la Pentecôte, ont essaimé et propagé la Bonne Nouvelle dans le monde.

Au cours des trois premiers siècles, les Églises naquirent comme Églises locales, incarnées dans les diverses cultures existantes. Malgré les oppressions et les difficultés, elles purent faire face aux divisions et aux particularismes divers. Elles s'adaptèrent et s'exprimèrent à travers la variété des cultures. Ainsi se répandit l'Église en Égypte, en Asie Mineure, en Cilicie, en Arménie et en Mésopotamie.

L'organisation de l'Église chrétienne resta longtemps marquée par la structure des cinq grands patriarcats, issus de cette première période missionnaire :

      • Jérusalem pour la Palestine;
      • Antioche pour la Syrie;
      • Constantinople qui contrôle tout le monde hellénistique;
      • Alexandrie dont la juridiction s'étend à l'Égypte et à la Libye;
      • Rome, dont l'évêque n'a d'autorité alors que sur la péninsule italienne;

Ces cinq patriarcats formèrent ce qu'on appelle la pentarchie. Cependant, les patriarcats de Jérulalem, d'Antioche et d'Alexandrie se séparèrent de l'Église au Ve siècle,. Ils ne restèrent vis-à-vis que le patriarcat d'Occident à Rome et celui d'Orient à Constantinople. Au fil des conflits, cette dualité se transforma en schisme qui devint officiel en 1054.

À partir de ce moment-là, on distingua la Chrétienté "latine", rayonnant à partir du centre romain et celle dite "orthodoxe" gravitant autour du patriarcat de Constantinople.

Communication entre les Églises

À cette époque, les événements politiques ne favorisaient pas toujours les échanges fréquents entre les Églises. C'est pourquoi, lorsqu'elles faisaient face aux hérésies et au danger de déviations doctrinales, elles se réunissaient en Synode pour débattre de leurs problèmes et de leurs difficultés internes. Les deux Églises d'Antioche et d'Alexandrie, principales métropoles de l'Orient, étaient les points de référence pour la plupart des Églises. Lorsque les problèmes devenaient insolubles, Rome restait le dernier recours. Ainsi Les Églises orientales vécurent, à la fois, en Églises locales et œcuméniques.

Le grand débat des premiers siècles fut celui de la divinité du Christ, de son humanité, de sa mort et de sa puissance divine. Les premiers conciles tentèrent de dénouer ces crises. En 431, le concile d'Éphèse souligna, contre les nestoriens, l'unité de la nature divine et de la nature humaine de Jésus. En 451, celui de Chalcédoine déclara que cette unité ne fait pas disparaître les deux natures et condamna donc les "monophysites."

Le Mystère de la Sainte Trinité
et la profession de foi de Nicée-Constantinople

Les discussions théologiques des premiers siècles portent d’abord sur le Mystère de la Sainte Trinité et sont provoquées par l’hérésie d’Arius, prêtre d’Alexandrie (v.280 – v.336) qui nie la divinité du Christ en prétendant que le Verbe est une créature. Le premier Concile œcuménique de Nicée, en 325, défend la divinité du Christ, consubstantiel (homoousios) au Père. Le Concile de Constantinople, en 381, définit la divinité de l’Esprit Saint. La foi chrétienne authentique s’exprime alors dans le Credo de Nicée-Constantinople professé jusqu’à aujourd’hui par tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes et protestants. L’hérésie d’Arius n’a pas laissé de traces dans le christianisme d’aujourd’hui. Elle a été cependant reprise au XIXe siècle par la secte des « Témoins de Jéhovah » qui s’est déclarée en continuité avec Arius.

Le Mystère de l’union hypostatique

La foi chrétienne confesse Jésus Christ vrai Dieu et vrai Homme. Mais comment Dieu et l’homme sont-ils unis en Jésus Christ ? Les discussions théologiques autour du Mystère de la Sainte Trinité étant réglées, c’est la querelle christologique qui retient l’attention des conciles. Comment la divinité et l’humanité sont-elles unies en Jésus ? Il ne faut ni les confondre, ni les séparer.

  • Apollinaire de Laodicée (310-390) : prétend qu’en Jésus, le rôle de l’âme spirituelle est tenu par le Verbe. Condamnation d’Apollinaire : Si le Christ n’a pas d’âme humaine, la volonté de l’homme ne peut être sauvée.

  • Cyrille d’Alexandrie (v.380 - v.444) affirme une seule nature (physis) dans le Christ.

  • Nestorius (v.380 - 451) de Constantinople (originaire d’Antioche) affirme quant à lui deux natures.en Jésus. On employait alors le mot physis (nature) dans des sens différents. Nestorius s’en prend au terme de Théotokos, Mère de Dieu, attribué à Marie. Il est condamné au Concile d’Éphèse (431).

  • En 433, une formule d’union réussit provisoirement à concilier les opposants : « Les deux natures (humaine et divine) du Christ sont unies sans confusion en lui, et par conséquent, nous confessons que la Sainte Vierge est vraiment Théotokos. »

  • La querelle renaît entre Théodoret de Cyr en Syrie qui défend toujours les deux natures du Christ sans bien expliquer l’union sans confusion, et Eutychès (av.378 – v.454), un vieux moine de Constantinople, qui prétend que dans le Christ la nature divine a absorbé l’humanité. Pour Eutychès, le corps du Christ n’est pas de la même substance que le nôtre.

  • Condamnation d’Eutychès par un synode réuni par Flavien, évêque de Constantinople. Eutychès fait appel à l’évêque de Rome, Léon 1er le Grand et à celui d’Alexandrie, Diocore.

  • Le Tome à Flavien de Léon : Le Christ a un corps véritable, de même nature que celui de sa mère ; les deux natures sont sauvegardées, elles s’unissent en une seule personne (hypostasis) – Le Christ est une personne en deux natures (union hypostatique). (« Pierre a parlé par Léon »). Distinction entre nature et personne. L’expression de la foi par le Concile de Chalcédoine (451) est refusée par :

    • Les Églises monophysites : coptes, jacobites (syrienne d’Antioche, syrienne de l’Inde), arménienne. (Jacobites de : Jacques de Tella dit Baradaï, VIe siècle);
    • Les Églises nestoriennes : assyrienne d’Orient (perse ou chaldéenne : Iran, Irak, Kurdistan), syrienne de Malabar (Inde);
    • 1054 : le schisme d’Orient : rupture entre Rome et Constantinople.

    Les Églises d'Orient et la diversité des cultures

    Le Moyen-Orient subissait alors des guerres entre les peuples de la région en plus des conquêtes des puissances étrangères. Cependant, les différentes influences ne réussirent pas à faire disparaître les cultures anciennes. Celles-ci se conservèrent, quoique sous forme de minorités vaincues et opprimées, et devinrent avec le temps des minorités ethniques, à l'intérieur des grands empires qui se sont succédé. Le souci de ces minorités fut la conservation de l'identité face aux agressions et aux violences dont elles étaient l'objet. La lutte pour la survie devint ainsi le mobile premier qui déterminait, à tous les niveaux, leurs comportements et leur conduite.

    Les conquêtes gréco-romaines laissèrent, dans le pays et surtout dans les Églises, des traces qui se répercutent jusqu'à aujourd'hui. Certains parmi les peuples de la région adoptèrent la culture des nouveaux conquérants et en acquirent la citoyenneté. Mais la plus grande partie s'attacha à sa langue et à sa culture propre : copte en Égypte, araméenne en Syrie, araméenne orientale ancienne en Mésopotamie et en Iran, et arménienne en Arménie puis en Cilicie

    À cet Orient, aux cultures diversifiées, l'Église porta le message de salut. Elle ne vint pas avec des armées ou avec la puissance d'une nouvelle culture, mais simplement avec le message d'un salut universel, pour tous. Son seul souci fut de pouvoir annoncer le salut par le moyen des langues et des cultures existantes. Elle s'adapta, avec une rapidité étonnante, parfaitement consciente de sa mission. Bientôt elle devint un élément essentiel dans ses diverses cultures.

    Au IVe siècle, après la conversion de l'empereur Constantin, le christianisme devint la religion de l'Empire. Le pouvoir civil s'infiltra alors dans l'Église avec ses concepts et ses comportements aussi bien administratifs qu'humains et la soumit à ses exigences politiques. Une nouvelle face sociale de l'Église apparut. Les traditions des Églises aussi se transformèrent petit à petit en institutions humaines qui étouffèrent la foi, au lieu de rester des cultures vivifiées par l'Esprit rénovateur de Jésus.

    A cette époque commencèrent aussi les divisions et les grandes controverses dogmatiques, au sujet de la personne de Jésus-Christ, Verbe éternel de Dieu. Ces divisions eurent des conséquences qui perdurent. Le pouvoir politique se fit l'arbitre dans les affaires religieuses. Il se mit à soutenir une Confession contre l'autre et, du fait que chacune avait son identité culturelle et nationale propre, il provoqua tout naturellement l'opposition des autres cultures. Ainsi commença la première manifestation du "confessionnalisme", qui rétrécit le concept d'Église en le soumettant peu à peu à une vision confessionnelle, dont le souci était la conservation de sa tradition, de son expression dogmatique propre et l'opposition au pouvoir politique dominant.

    L'Empire Ottoman, (1516-1918) institutionnalisa définitivement cet état de choses et le compléta par le statut connu sous le nom de "millah" ou communauté religieuse. Il accorda aux chefs religieux des compétences civiles plus grandes à l'égard de leurs fidèles et en fit les représentants officiels pour tout rapport avec le pouvoir civil. Ce nouveau statut fut un autre pas décisif dans la formation de la communauté ethnique et dans la transformation de l'Église en une entité sociale et politique. La création de ce système de minorités religieuses va, par la même occasion, accentuer la sollicitude des européens pour ceux qu'ils croient menacés et proches d'eux. Par le traité de 1569 ("Capitulations"), qui fut régulièrement renouvelé, la France obtint d'importants privilèges commerciaux et la "protection" des chrétiens de l'Empire Ottoman. C'est de là qu'est née la question des chrétiens d'Orient. De plus, après la chute de Constantinople, le Pape tenta d'amener les Églises d'orient sous l'autorité romaine. C'est ainsi que naquirent les Églises "Uniates", c'est-à-dire unies à Rome.

    Ainsi, les interférences étrangères contribuèrent également à la consolidation et à l'exploitation du confessionnalisme.

    La mosaïque des Églises orientales :

    Église Assyrienne

    C'est la première des Églises indépendantes (elle n'a pas participé aux conciles d'Éphèse (431) et de Chalcédoine (451). Elle regroupait des chrétiens de l'Empire perse (alors coupés, pour des raisons politiques, du reste du monde chrétien) et elle s'est étendue jusque dans la région littorale de l'Inde occidentale. N'ayant pas participé au concile d'Éphèse qui avait condamné Nestorius (croyant en la séparation des deux natures, divine et humaine, du Christ et refusant donc de voir en Marie la Mère de Dieu), on les appelle aussi nestoriens. Elle est de rite chaldéen et sont siège est à Bagdad.

    Églises pré-chalcédoniennes

    Elles n'ont pas suivi les conclusions du concile de Chalcédoine (451). Elle sont dites monophysites, car elles croient à l'unité de nature du Christ, sa nature humaine étant absorbée dans sa nature divine. Elles s'appellent aussi orthodoxes (à distinguer des Églises Orthodoxes nées du schisme de 1045 entre Rome et Constantinople, c'est-à-dire entre catholiques d'Occident et d'Orient).

    Il s'agit des Églises suivantes :

    Copte :

    Elle est principalement implantée en Égypte (siège à Alexandrie). Il sont environ six millions.

    Syrienne (ou syriaque) :

    Elle fut appelée Jacobite du nom de l'Évêque d'Edesse, Jacques Baradée qui en fut l'organisateur au milieu du VIe siècle.

    l'Église arménienne :

    On retrouve les Arméniens, dits apostoliques ou grégoriens, en Arménie, au Liban, en Syrie, au Canada (siège à Etchmiadzine en Arménie)

    Les Églises Orthodoxes

    Elles sont nées de la rupture entre Rome et Constantinople (1045). Elles sont aussi appelées byzantines, grecques-orthodoxes ou melkites (ce qui veut dire ralliées à l'empereur de Constantinople). Elles sont sous l'autorité de patriarches totalement autonomes (on parle d'Églises autocéphales) : patriarcat de Jérusalem, patriarcat d'Antioche, patriarcat d'Alexandrie, Église de Chypre, etc.

    Églises unies à Rome

    Ce sont les seules Églises Catholiques d'Orient. Elles sont nées de scissions au sein des Églises nommées plus hauts et d'efforts, à l'initiative de Rome, pour les faire rentrer dans la juridiction du pape, tout en leur laissant leur rite. Chacune de ces Églises a son organisation propre. Elle est dirigée par un patriarche dont dépendent les métropolites (responsables de provinces) et les évêques (responsables de diocèses)

    Il s'agit des Églises suivantes :

    • L'Église Catholique Chaldéenne est issue, en 1551. de l'Église assyrienne ou nestorienne. Elle est dirigée par un patriarche résidant à Bagdad.
    • L'Église Syrienne Catholique est le fruit d'une scission, à partir de 1662, dans l'Église syrienne (ou syriaque).
    • L'Église Catholique Arménienne est issue, de l'Église apostolique arménienne (en 1742). Elle est dirigée par le patriarche arménien catholique de Cilicie, dont le siège est à Beyrouth.
    • L'Église Catholique copte vient d'une scission, achevée au siècle dernier, au sein de l'Église copte. Son patriarche siège au Caire et elle célèbre selon le rite copte.
    • L'Église Grecque-Catholique (ou melkite) d'Antioche issue, en 1724, de l'Église grecque orthodoxe, dont le siège est à Damas. Elle est fidèle au dogme défini par le Concile de Chalcédoine en 451. Elle a été qualifiée de melkite, c'est-à-dire d'impériale par ses adversaires jacobites.
    • L'Église maronite, créée au VIIe siècle au Liban, a toujours été fidèle à Rome. Son siège est à Bkerke (près de Beyrouth).

    Notons également l'existence d'un patriarcat latin à Jérusalem, qui regroupe tous les fidèles de rite latin.

    Conclusion :

    Les communautés chrétiennes d'Orient ont subi les conséquences des conflits de la région et de graves exodes de population. Ils comptent d'importantes diasporas à l'étranger. Ils sont unis dans la défense de leur foi et de leur indépendance. Ils appartiennent à une multitude d'Églises anciennes qui se sont diversifiées à la suite des polémiques théologiques et à cause des conflits politiques qui ont opposé les grandes villes de la chrétienté.

    Cette "mosaïque" d'Églises bien enracinées et conscientes de leurs particularités, incarnent des histoires, des cultures et des liturgies différentes. Chacune d'elles a son propre rite, c'est-à-dire une façon particulière de célébrer la liturgie, une organisation hiérarchique et un système juridique propre. Mais au delà de la variété de leurs dénominations, elles ont en commun d'avoir été toutes appelées par le Christ pour être membres de son corps. Leurs traditions ecclésiales incarnent, dans la chair et l'histoire de chacune, l'unique mystère de la tradition de la foi reçue des Apôtres. Elles constituent les formes particulières, adaptées à chaque culture, sous lesquelles le même mystère du salut des hommes est manifesté, actualisé et communiqué.

    À l'heure actuelle, les communautés chrétiennes du Moyen-Orient ne dépassent pas dix pour cent de la population et ne représentent qu'un pour cent du christianisme mondial. Mais leur existence a une grande valeur historique, symbolique et même politique.


    Extrait de :

    Quatrième lettre Pastorale du Conseil des patriarches Catholiques d'Orient, "Mystère de l'Église", paru dans la revue "Le Lien", no 2/62e année - 1997

    Anne-Marie Eddé, Françoise Micheau, Christophe Picard, "Communautés Chrétiennes en pays d'Islam du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle", Éditions SEDES

    Henri Tincq, "Le Catholicisme", Éditions Le Monde

    Agence Europe (Agence internationale d'information)

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Identity of the Syriac Orthodox Church


His Holiness Mor Ignatius Zakka I Iwas
Patriarch of Antioch and all the East

It would be most helpful to remind you of the identity of our Holy Church: The Syrian Orthodox Church of Antioch the apostolic see of which was established in AD 37 by St. Peter, the chief of apostles in Antioch the ancient capital of Syria. It is therefore a Syrian Church. The faithful of this church are called Syrians after the name of Syria. At the dawn of Christianity members of this church were the people who had settled in upper and lower Mesopotamia and were either Jews or pagans who spoke Aramaic Syriac which was the vernacular language of ancient Syria. They were converted to Christianity through the ministry of the apostles and disciples who scattered after the martyrdom of Archdeacon St. Stephen in Jerusalem. Many of them came to Antioch to preach the Holy Gospel and multitudes of Jews and pagans were converted to Christianity by their efforts.

St. Peter consecrated two bishops for them: St. Evodios for the conversion of Gentiles ant! Pagans and St. Ignatius the Illuminator for the conversion of Jews into Christianity. St. Ignatius united the two groups after St. Evodios had departed to his heavenly reward. He was the one who called the church "universal'' being the first lo use the term as an attribute of the Church.

The vernacular of the syrian church

Our venerable Syrian Fathers used their Aramaic Syriac in preaching the Holy Gospel and were capable of ministering the Gospel of salvation in the Middle East, India. China, Ethiopia and other countries of the world using their Syriac language clearly and simply. They used this language in writing hymns, prayers and liturgical books. They also translated universal cultures into Syriac and afterwards into other various languages. Syriac has been the official and liturgical language of our church up to the present day. It is Therefore our sacred duty to maintain it and teach it lo our children. It is the holy language spoken by our Lord Jesus Christ His blessed mother the Virgin Mary and His holy apostles.

Jurisdiction of the apostolic see of antioch

The apostolic see of Antioch occupies a highly esteemed position in Christendom. Throughout our study of Church history over the ages, we can see that the geographical content of our church jurisdiction as specified by the Council of N ices (325) has gone beyond the ancient geographic borders as Syrians spread throughout the world coming under the jurisdiction of the apostolic see of Antioch wherever they settled or dwelled.

Active members in the syrian church

An active member in the body of the Syrian Church is one who adheres to the true orthodox faith received from our Holy Fathers and the just doctrine specified in the tree Ecumenical Councils convened in Nicaea 325. Constantinople 381 and Ephesus 431. He is that member who is well committed to the Syrian Orthodox tradition and loyal to the legitimate spiritual leadership of the Church.

DEAR BRETHERN, in my capacity as successor to St. Peter, the chief of the apostles, I do address you using the same words with which St. Peter addressed the strangers: " Elect according to the foreknowledge of God the Father through sanctification of the Spirit, for obedience and sprinkling of the Blood of Jesus Christ: Grace to you and peace be multiplied. (I Peter 1:2)"

One God

We, the Syrian Orthodox, are all one in our Lord Jesus Christ one in our church which is the mystical body of Christ and one in our holy apostolic see of Antioch which represents the supreme spiritual authority in the Church. No matter how varied we are as people and as nationalities, how different the civilizations we belong to and the languages we speak, we are one in our apostolic patrimony our religious doctrine our Syriac language and supreme spiritual leadership.

Our forefathers shed their blood for the sake of preserving these principles and scouring liberty in our Lord Jesus Christ.

The meaning of freedom

Our spiritual concept of real freedom is to live according to God's law and abide by His judgment. In other words we follow the orthodox path by being righteous, holy and God-fearing meanwhile adhering to the true faith and abiding by the constitution laws and rules of the Church. We thus set a good example for the citizens in the countries wherever we live.

Church hierarchy and the faithful

Our Church comprises the hierarchy and the faithful. Authority in the Church is purely religious and restricted to the hierarchy who are in charge of the Church at the authoritative, teaching and judicial levels. It is the Church that Jesus Christ referred to when addressing the apostles: "He who hears you, hears Me, he who rejects you rejects Me, and he who rejects Me rejects Him who sent Me (Luke 10. 16,)" It is also the Church that He referred to when addressing the person whose brother trespassed against him commending him to go and tell him his fault: And if lie refuses to hear them, tell it to the church. But if he refuses even to hear the church let him be to you like a heathen and a tax collector. Assuredly, I say to you. Whatever you bird on earth will be bound in heaven and whatever you loose on earth will be loosed in heaven (Matthew 18. l 7.18)"

The laity, on the other hand, have their role to play in the life of the Church. However, the Church is not a secular mundane institution nor a charitable association but a spiritual institution whose authority is derived from heaven. It is the authority of the clergy only that governs the Church on the religious spiritual and social levels.

All the institutions within the Church shall must obtain their legitimacy and their right to function from the clerical authority otherwise, they shall be deemed as alien to the body of the Church and shall therefore be rejected whatever purposes they might have been established for in the first place and regardless o f the objectives they are trying to fulfill They would still be considered as alien to the Church, no matter how good their means are unless they derive their legitimacy from the spiritual leadership. Hence be- ware of those who attempt to break the ranks in the Church under the false pretext of unifying it.

A crucial point in the life of the church

Our church today is at a crossroads: either to go back to its pure original sources adheres to its honorable and ancient traditions keep pursuing its great values as characteristic of our great Fathers, or follow new theories that attempt to destroy the pillars of God's kingdom, thus cheating cleans in the divine Church management.

Thanks to God Almighty for helping us reject every weird theory that is foreign to our patrimony and our glorious Church history. We do absolutely repudiate any distortion of our identity or any corruption of our precious civilized heritage. We have deep convictions that the Church established by the Lord Jesus on the solid rock of faith shall never be shaken and the gales of hell shall never subdue it. We must look forward to a better future for our Holy Church, depending on adequate and detailed studies that might serve as scheduled plans for the spiritual functioning of the Church. We must moreover, have practical application of these plans.

Church constitution and enforcement

Every institution has a constitution rules and regulations of its own. They are considered to be binding. Every constitution and every law has three basic elements: firstly the party establishing the constitution, secondly, the party declaring it; thirdly, the party abiding by it. The constitution of our Church has been set up by the Holy Synod presided over by the Patriarch, who retains the right to amend the constitution and revise it. The Patriarch is also entitled to have it declared to all the faithful in the Church so that it becomes binding. All the faithful must obey the constitution of the Church its laws regulations and pronounced judgments.

Obedience due to the decisions of the Holy General and Local Synods convened and presided over by the Patriarch has been inherited from our Holy Fathers. Decisions of these synods arc considered as binding on the part of the Church in general. Each diocese has a board consisting of the bishop and clergy and another composed of trustees of the laity. The latter has its own by-laws set up by the Holy Synod and confirmed by his Holiness the Patriarch for the government of its members and the regulation of its affairs. Both the board of clergy and the board of trustees have the power to set up by-laws that do not conflict with the constitution of the Church its general law and judgments, nor with the decisions of the Holy Synods or the laws or the country where the diocese is established.

Prayer and sacrifice

Our Lord Jesus Christ has given us example of giving and sacrificing. It is therefore mandatory that we in our turn sacrifice our leisure time or rather the time we consider as greatly valuable, devoting it to the worship of God Almighty. Spiritually and truthfully, never complaining of lack or time for participation in the prayer with the congregation. We shall never be able to have adequate sacrifices to God Almighty if we are incapable of being generous in devoting time for prayer to God and for the Church.

It is the duty of all the hierarchy to celebrate the daily offices in the morning and evening according to the tradition of our Holy Church. They must devote their time to tile glorification of God seeking mercy from him for themselves and for the community, entrusted to them so that the Church may enjoy success, progress and prosperity.

We shall not be considered as generous and benefactors before God unless we devote our time and offer our finances and possessions the widow did donating the two brass pennies which were all she possessed to the temple. Likewise local churches will not be considered as loyal to the diocese unless they fulfill their duties towards it as a whole. The dioceses, in their turn, must fulfill their duties towards the Holy Patriarchal See. As such they will set a good example for Church unity. As true believers we are bound to feel that we are one unified body, as tree and its branches are.

Obedience is better than sacrifice

All followers of Jesus Christ shat l endeavor to have Jesus Christ glory be to Him as their ideal in His obedience to His heavenly Father. Bearing in mind that the motto of the Church is the statement: "to obey is better than sacrifice (1 Samuel 1 5:22).'' It is also the duty of the local spiritual authorities to have mutual recognition according lo Church laws' and the laity shall have to pay due respect to Church hierarchies so that order shall prevail everywhere in the Church.

Jesus Christ is our ideal

Our Lord Jesus Christ is our ideal in His humbleness and His sympathy for people's suffering, His sharing in their hops, their joys and grievances, His love for little children, His discourses with young people and His forgiveness of sinners, he commanded us that we follow in His footsteps saying: "Take My yoke upon you. And learn of Me; for 1 am gentle and lowly in heart and you will find rest for your souls. For sly yoke is easy, and my burden is light. (Matthew l l: 29-30)"

Dear brethren you, as members of your local churches do constitute the local congregations. You are brothers and sisters who have been called upon to follow in the Lord Jesus' footsteps wherever you are, in church, at home or at work. This would imply that each one of you shall have to work for the glory of God in proportion with the charisma God has endowed you with, making use of this gift for the benefit of the community in which you lives. Each one shall have to feel committed to have those sublime virtues consolidated in their thoughts, minds and hearts in order that their life be in harmony with God's will.

Congregation and the priest

We do urge you in our sermons to interact in your spiritual life within the congregation in which you are the living members. Share this spiritual life with your brothers and sisters so that you all become one heart and one thought with your priest whom you call 'dour father''. It is worth noting that what distinguishes our Holy Church from other Churches is the spiritual role to be played by the priest in the congregation. He is the spiritual father of every member of the family that belongs lo this congregation. His relationship with each person must be deep and strong. The tits you maintained in your home country must be kept in the Diaspora and you mast desire to preserve this spiritual bond between the priest and members of the congregation whether young or old male or female. The Church hierarchy shall have to render their spiritual services to their spiritual children enthusiastically and zealously because these faithful are the articulate foundation stones upon which the spiritual edifice of the Church is constructed.

The sacrament of matrimony

In the context of our discourse about families we are bound to say something about the sacrament of matrimony which is one of the seven holy sacraments of the Church We are obliged to respect this sacrament the example set by our fathers in our mother countries. Our fathers observed and honored thid sacrament with solemnity throughout the ages.

Bringing children up

The first and most important objective of the sacrament of matrimony is giving birth to children, Parents are bound to be not only the biological parents of their children , but their spiritual ones as well so that these children be born to God by grace and be heirs of His heavenly kingdom.

It is the responsibility of Church patrons to cooperate in bringing these children up in a good Christian manner. For Jesus Christ highly regards children in the community, saying: " Whoever receives one of these little children in My name receives Me: and whoever receives Me, receives not Me but Him who sent Me (Mark 9: 37)"

Youth in the church

Young people are so dear to the heart of our Lord Jesus Christ. When Jesus, glory be to Him became man assuming thus our human nature except sin, He perforated all His declared divine economy in the flesh on earth as an adult. Now Christ has keen interest in working through young people for the salvation of people. Hence we do urge our young spiritual children to get involved in the spiritual and social activities of the Church. Solomon's words: "The first step towards wisdom is the fear of God" could serve as a amender. Furthermore God fearing is, in our opinion the ultimate goal.

Women in the church

Our Syrian Orthodox Churchy has granted women their religious and social rights recognizing their merit and honoring them in the person of the Virgin Mary who conceived God incarnate in her womb and gave birth to Christ miraculously. Thus she was called Theotokos (Mother of God). It was Jesus Christ's will to reveal Himself after resurrection to women first. Some women served Him and His disciples when He was in the flesh traveling and doing good.

It is clear that women in the Syrian Church occupy a highly elevated position as deaconesses, nuns' mothers of holy fathers and women dedicating their lives to chastity and celibacy. When women are good members in the Church of God their children will consequently be good and virtuous. It is absolutely true that women eau lend a hand for the progress of the Church and the community. They are capable of training choirs in the church and conducting Bible studies in community centers or Sunday schools as they might be called by some in the Diaspora. They are capable of starting charitable societies to serve the orphans, widows and the poor. They can also give good advice for the progress and development of the Church community. Therefore, we urge our spiritual daughters to do their best lo fulfill their duties towards serving the Church.

A world in need of peace

One unequivocal and bitter truth is the imbalanced and unstable world of today. Admittance of such a truth is little more than a confession that the world is nothing but the reflection of human conscience. This is not restricted to our generation, but applies to all previous generation and those to come.

The problems encountering us, materially and spiritually, are more complicated than those faced by previous generation. In short, technology in highly civilized counties is advancing rapidly on all levels and in different settings. The aftermath of this progress, however, is man's transformation into a dumb machine and his grave spiritual loss, Christ is the remedy and the solution for our complicated problems and those created by changes imposed by modern civilization and depriving man of happiness. This would have a great impact on the life of modern man through this spiritual peace bestowed on him in his daily life by Christ.

What we are presently in need of is true repentance, that is spiritual renewal which would be the best impetus that might encourage us to work with full responsibility and extreme courage for creating a new world full of peace a peace is the most significant need today , we do exhort you. Dear faithful, to share in our prayer to God Almighty to enlighten the minds and hearts of world leaders to work on enhancing social justice and universal peace throughout the world.

Christian unity

We live in an age of ecumenical movements. The majority of Christians believe that Christian unity is the main objective the ultimate goal and the most exalted end leading to the fulfillment of the Lord Jesus' desire in His last prayer, " that you clay be one''.

Needless to say, our divisions have become a stumbling block since the basis of Christian unity is the love of God and neighbor. Therefore, if we as Christians are incapable of loving one another how could we be faithful witnesses to our Lord Jesus Christ? How could the fruitful real love be manifested in our daily life? In relevance to this. The Apostle Paul says: Love suffers long and is kind, love does not envy, and love does not parade itself is not puffed up; does not behave rudely does not seek its own is not provoked thinks no evil, does not rejoice in iniquity but rejoices in the truth, Love never fails. (1 Corinthians 1 3: 4-8.)"

Let us keep praying that we may love one another as members in the mystical body of Christ which is the Church and to love all people. Our top priority must first be the improvement of mutual relations between churches and then between believers of good will of other religions as well as the improvement of our relations with other inter- national communities.

 

By His Holiness Mor Ignatius Zakka I Iwas
Patriarch of Antioch and all the East

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The Armenian Apostolic Church


The Armenian Church is one of the oldest branches of the Christian faith. According to tradition, two of Christ's Apostles - St. Thaddeus and St. Bartholomew - preached the Gospel in Armenia as early as the second half of the century. In the early 4th century, St. Gregory the Illuminator (c. 240-325 AD) formally established the Church in Armenia, when King Tiridates III was baptized and declared Christianity as state religion in 301 A.D.

The Christianization of Armenia determined the entire future course of Aimenian history. In order to make the Christian faith accessible to the people in a written form, a monk by the name of Mesrob Mashtotz created the Armenian alphabet in 406 A.D. Soon after, the Holy Scriptures were translated into Armenian, followed by the biblical, theological and liturgical writings of eminent church fathers. This most important era is known as the Golden Age of Armenian history.

The Faith of the Armenian Church is transmitted through the church's Holy Tradition. The Bible, liturgy and worship, writings of the church fathers, church councils, saints, canons, religious art and rituals - organically linked together -formulate the Holy Tradition of the Church. This faith is articulated in the Creed of the Armenian Church, which in turn defines the church's and sets the parameters of its modus operandi.

The Armenian Church belongs to the Orthodox family of churches, known as the Oriental Orthodox or Non-Chalcedonian Churches - namely, the Armenian, Coptic, Syrian, Ethiopian and Indian Malabar churches.

The functional structure of the Armenian Church is primarily based on the canons and established traditions of the Armeman Church which were formulated over the centuries. One of the most important aspects of the Armenian Church administration is its conciliar systern. The administrative, doctrinal, liturgical, and canonical norms of the Church are set and approved by a collective and participatory decision making process. The Chief Bishop and Suprerne head of the Armenian Church is the Catholicos of All Armenians, who resides in Holy Etchmiadzin, near Armenia's capital Yerevan.

A National Ecclesiastical Assembly consisting of lay and clergy representatives of the Armenian churches frorn around the world elects the Catholicos. There are four hierarchical Sees Armenian Church: the Catholicate of All Armenians in Etchmiadzin; the Catholicate of the Great House of Cilicia (established in Lebanon in 1930, but roots go back to the 13th century); the Patriarchate of Jerusalem; (established in the early 14th century); and the Patriarchate of Constantinople (established in 1461).

Origin and development of the armenian rite of the liturgy

There are five Armenian texts of the Liturgy now extant. These were probably texts evolved in différent centres in Armenia, or in the centres to the west and south of it. One of these five texts has later dominated the others and eventually put them out of use in the course of the fifth and following centuries.

Of these five Armenian Liturgies one was that of St. Basil of Caesarea. We have evidence from the first half of the fifth century that the Liturgy of St. Basil, as it was known and used in the great metropolis of Caesarea, was in common use in Armenia. We now have the text of this Liturgy, which can be called Caesarean Basil, because it is considerably différent from the Liturgy known in the Greek Church as the Liturgy of St. Basil, which was subjected to changes much later than the time of St. Basil. This later form of St. Basil's Liturgy could conveniently be called Byzantine Basil.

Besides the Caesarean Basil four other liturgies were used in the Armenian Church during and after the fifth century. These were probably all translations from Greek texts, which are now presumably lost. One of these four liturgies is the most complete. This is the one which, after undergoing certain modifications and changes, mainly consisting of additional hymns and litanies, bas been in general use in the Armenian Church since the tenth century at the latest.

Although there are references to this Liturgy in the literature of the seventh and ninth centuries, the earliest complete text, which we have, does not go beyond the middle of the tenth century. Its language and its intrinsic evidence give us assurance to affirm that it was translated, and consequently used, in the fifth century.

Some of the features of the Armenian Liturgy reflect what is called the Jerusalern rite. This is due to the fact that in the fifth century, after 397 but before 431, the Jerusalern rite of the Liturgy of St. James was adopted by the Church of Antioch, with which the Armenian Church has always been in close contact.

The few changes made in the Armenian Liturgy after the middle of the tenth century are almost all in the direction of the Byzantine Liturgy of St. John Chrysostom, which has been the most widely used litergy in the Greek Orthodox Church. There are also in the Armenian Liturgy some minor indications of the influence of the Roman Liturgy, as a result of the contacts which Armenians had with the Crusaders.

The Armenian Liturgy, which is now used, took its final form and became the dominant Liturgy of the Armenian Church sometime after the year 950 but before 1177, which is the date when Nerses of Lambron wrote his commentary on the Liturgy. The first printing of it in 1706 gave fixity to its minutest details.

 

(Sacraments and Prayers of the Armenian Church,U.S.A., 1964)

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Bref aperçu de l'histoire de l'église apostolique arménienne


Selon une très ancienne tradition arménienne, les premiers prédicateurs du message du Christ en Arménie ont été Saint Thadée (Jude, fils de Jacques) et Saint Bathélemy (Nathanaël). L'Église Apostolique Arménienne (ÉAA) les nomme les Premiers Illuminateurs de l'Arménie. L'appellation apostolique est fondée sur cette tradition.

En 301, le Christianisme a été déclaré la religion officielle du Royaume d'Arménie. Les personnages les plus importants de cet événement ont été Saint Grégoire de Parthe que les arméniens appellent Loussavoritch, c'est à dire Illuminateur et le roi Tiridate III.

En 404/405, Mesrob Machdodz a inventé l'alphabet arménien de 36 lettres. Plus tard, on a complété cet alphabet avec l'ajout de deux lettres qui sont les équivalents de O et F. À la suite de l'invention de l'alphabet, Mesrob Machdodz et le Catholicos Sahak le Parthe ont entrepris, avec leurs disciples, un vaste mouvement de traduction et de vie intellectuelle. Le principal chef d'oeuvre de cette époque est la traduction de la Bible.

En 451 s'est tenu le Concile de Chalcédoine alors que l'Arménie était en guerre pour la défense de son identité chrétienne. Au début du 6e siècle, L'Église Arménienne Apostolique n'a pas adhéré à la totalité des décisions de ce concile.

En l’an 626, le Patriarcat Arménien de Jérusalem est créé.

Le contexte de la politique intérieure, les guerres interminables et les occupations de l’Arménie par des envahisseurs ont amené l'Église Arménienne Apostolique à localiser son siège dans d'autres lieux. Ainsi, au milieu du X Ie siècle, le siège a été déplacé dans une région située entre l'Arménie historique et la Cilicie où un nombre croissant d'arméniens se sont installés. À la fin du XIIIe siècle, le siège s'est établi à Sis en Cilicie (une région qui fait partie actuellement de la Turquie).

En 1441, le Catholicossat de Saint Etchmiadzine prend son élan.

En 1461, voit le jour le Patriarcat de Constantinople (Istambul),.

Au XIXe siècle, le sultan de l'Empire Ottoman reconnaît officiellement les communautés religieuses arméniennes Catholique et protestante.

En 1915, l'Empire Ottoman commet le Génocide de la nation arménienne et de l'Église Arménienne Apostolique

À la suite de ce Génocide, le Siège de l'Église Arménienne Apostolique de Cilicie se déplace en 1920 au Liban.

En 1991, l'Arménie retrouve son indépendance après 70 ans de régime communiste sous l'Union Soviétique et l'Église Arménienne Apostolique prend un nouvel élan en Arménie.

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The Antiochian Orthodox Christian
Archdiocese of North America


THE CITY OF ANTIOCH on-the-Orontes was the most important city of the Roman Province of Syria, and, as such, served as the capital city of the Empire's civil "Diocese of the East." The Church in Antioch dates back to the days of the foremost apostles, SS. Peter and Paul, as is recorded in the Acts of the Apostles. Scripture refers to Antioch as the place where the followers of Jesus Christ were first called "Christians" (Acts 11.26), and records that Nicholas, one of the original seven deacons, was from that city - and may have been its first convert ( Acts 6.5). During the persecution of the Church which followed the death of St. Stephen the Proto-Martyr, members of the infant community in Jerusalem sought refuge in Antioch (Acts 11.19), and while St. Peter served as the first bishop of the city , SS. Paul and Barnabas set out on their great missionary journeys to Gentile lands (Acts 13.1) -establishing a tradition which would last for centuries, as from Antioch missionaries planted churches throughout greater Syria, Asia Minor, the Caucasus Mountains, and Mesopotamia.

At the first Ecumenical Council, convened in the year 325 by Em- peror Constantine the Great, the primacy of the bishop (patriarch) of Antioch over alI bishops of the civil Diocese of the East was formaIly sanctioned. The Great Schism of 1054 resulted in the separation of Rome, seat of the Patriarchate of the West, from the four Eastern Patriarchs of Constantinople, Alexandria, Antioch, and Jerusalem. (1)

During the reign of the Egyptian Mamelukes, conquerors of Syria in the 13th century, the Patriarchal residence was transferred to the ancient city of Damascus, where a Christian community had flourished since apostolic times (Acts 9), and which had succeeded earthquakeprone Antioch as the civil capital of Syria. The headquarters of the Patriarchate, which has jurisdiction over aIl dioceses within its ancient geographic boundaries (Syria and Lebanon) as weIl as others in the. Americas, Australia, and Western Europe, are located in Damascus on "the street caIled Straight" (Acts 9.11).

The Archdiocese of North America

ln the late 19th century, events in their home lands forced Antiochian Christians to join the ranks of Europeans who emigrated to other parts of the world. The spiritual needs of those who settled in North America were first met through the "Syro-Arabian Mission" of the Russian Orthodox Church, which has had a presence in North America since 1794. ln 1895, a "Syrian Orthodox Benevolent Society" was organized by Antiochian immigrants in New York City, with Dr. Ibrahim Arbeely, a prominent Damascene physician, serving as its first president.

Conscious of the needs of his fellow countrymen and coreligionists, Dr. Arbeely wrote to Raphael Hawaweeny, a young Damascene clergyman serving as Professor of the Arabic Language at the Orthodox Theological Acaderny in Kazan, Russia, inviting him to come to New York to organize and pastor the first Arabic-speaking parish on the continent. Fr. Raphael, a missionary at heart, went to the imperial capital of St. Petersburg to rneet with His Grace, NICHOLAS, ruling bishop of the Russian Diocese of the Aleutian Islands and North Arnerica, who was then in Russia to recruit new missionaries. After being canonically received under the omophorion of Bishop NICHOLAS, Father Hawaweeny arrived in the United States on November 17, 1895.

Upon his arrivaI in New York, Archimandrite Raphael established a parish at 77 Washington Street in lower Manhattan, at the center of the Syrian immigrant community. By 1900, approximately 3,000 of these immigrants had moved across the East River, shifting the community center to Brooklyn. Accordingly, in 1902, the parish purchased a larger church building in that borough, at 301-303 Pacific Street. The Church, assigned to the heavenly patronage of St. Nicholas, the Wonderworker of Myra in L ycia, was renovated for Orthodox worship and consecrated on October 27, 1902, by NICHOLAS, successor, Archbishop TIKHO(2). St. Nicholas Cathedral later reIocated to 355 State Street, Brooklyn, and is today considered the "mother parish" of the Archdiocese.

At the request of Archbishop TIKHON, Hawaweeny was elected to serve as his vicar bishop, to head the Syro-Arabian Mission. His consecration as "Bishop of Brooklyn" took place at St. Nicholas Church on Pacific Street on March 12, 1904. Bishop RAPHAEL thus became the first Orthodox bishop of any nationality to be consecrated in North America. He crisscrossed the United States and Canada, and even ventured deep into Mexico, visiting his scattered flock and gathering them into parish communities. He founded al-Kalimat (The Word) magazine in 1905, and published many liturgical books in Arabic for use in his parishes, in the Middle East, and in emigration around the world. After a brief but very fruitful ministry, Bishop RAPHAEL fell asleep in Christ on February 27, 1915, at the age of fifty-four.

Not long afterwards, the tragedy of the First World War and the Bolshevik Revolution in Russia brought financial and administrative ruin to the Orthodox churches in North America, and shattered the measure of unity they had enjoyed. Movements arose in every ethnic group to divide it into ecclesiastical factions. Deprived of its beloved founder and bishop, the smaII Syro-Arabian Mission feII victim to this divisiveness, and it would take sixty years from the death of Bishop RAPHAEL - in June of 1975 - for total jurisdictional and administrative unity to be restored to the children of Antioch in North America.

Some communities desired to remain under the jurisdiction of the Russian Church, while others opted to be received into the jurisdiction of the Patriarchate of Antioch. The hierarchs of that period were : Metropolitan GERMANOS (Shehadi), Archbishop AFTIMIOS (Ofiesh), Archbishop VICTOR (Abo-Assaley), and Bishop EMMANUEL (Abo-Hatab). By 1936, alI of the parishes were in one or two Antiochian archdioceses - the Archdiocese of New York, headed by Metropolitan ANTONY (Bashir), and the Archdiocese of Toledo, Ohio, and Dependencies, headed by Metropolitan SAMUEL (David).

On June 24, 1975, Metropolitan PHlLIP (Sa- liba) of the Antiochian Archdiocese of New York and Metropolitan, MICHAEL (Shaheen) of the Antiochian Archdiocese of Toledo, Ohio, and Dependencies signed the Articles of Reunification which restored administrative unity among alI Antiochian Orthodox Christians in the United States and Canada. This document was presented to the Holy Synod of the Patriarchate, which ratified the contents on August 19, 1975, recognizing PHlLIP as Metropolitan-Primate and MICHAEL as Auxiliary-Archbishop. Archbishop MICHAEL felI asleep in the Lord on October 24, 1992.

Auxiliary bishops serving the Archdiocese are Bishop ANTOUN (Khouri), consecrated January 9, 1983, at Brooklyn's St. Nicholas Cathedral; Bishop JOSEPH (Zehlaoui), consecrated May 8, 1991, at Damascus'St. Mary Cathedral; Bishop BASIL (Essey), consecrated May 31, 1992, at Wichita's St. George Cathedral; and Bishop DEMETRI (Khoury), consecrated March 12, 1995, at Darnascus'St. Mary Cathedral. The Metropolitan is a member of the Holy Synod of the Patriarchate of Antioch and of the Standing Conference of Canonical Orthodox Bishops in the Americas (SCOBA)(3).

Today, an estimated 350,000 faithful of the Antiochian Orthodox .I Christian Archdiocese of North America are served by five hierarchs and nearly four-hundred priests and deacons in 225 churches throughout the United States and Canada(4). This Directory lists these clergymen and communities, and the departments, commissions, and organizations by which the work of the Archdiocese is accomplished. In summary, there are twenty-four established departments and commissions, and four service organizations, which exist on parochial, regional, and Archdiocesan levels : the Fellowship of St. John the Divine, Teen SOYO (Society of Orthodox Youth Organizations), AOCWNA (Antiochian Orthodox Christian Women of North America), and the Order of St. Ignatius of Antioch. The Word magazine, published monthly (except July and August), continues to be the officiaI organ of the Archdioces.

In 1978 the Archdiocese acquired the Antiochian Village, a 280 acre property located near the town of Ligonier in the Laurel Highlands of southwestem Pennsylvania. In addition to the popular summer camp program, which attracts children and young adults from throughout the United States, Canada, and Mexico, the Village is also the site of the Heritage and Leaming Center - a modern conference facility housing one hundred guest rooms, and extensive theological and his torical library, and a museum featuring an outstanding icon collection and cultural displays. The St. John of Damascus Sacred Art Academy is also headquartered at the Village. The Master Plan also foresees a retirement village for senior citizens and a monastic community.

Following the completion of their undergraduate studies, candidates for ordination to the holy priesthood receive their theological education at one of the Orthodox seminaries to which they are assigned by the Archdiocese. Their program is augmented by specialized courses offered annually by the Antiochian House of Studies, held for two weeks at the Heritage and Learning Center in Ligonier, PA, during the last week of August/first week in September. The Antiochian House of Studies also offers a Doctor of Ministry (D .Min.) degree Program in cooperation with Pittsburgh Theological Seminary. This program is oriented to those clergy who hold at least an M.Div. degree and have served in the ministry for no less than three years. Classes are held at the Heritage and Learning Center, and are offered on an intensive basis three times each year. A biennial Archdiocesan Clergy Symposium, under the auspices of the Antiochian House of Studies is convened for continuing education of all priests and deacons in the Archdiocese.

The Archdiocesan Board of Trustees, consisting of fifty elected and appointed clergy and lay persons, and the Metropolitan's Advisory Council, consisting of clergy and lay representatives from each parish and mission, meet regularly to assist the hierarchs in the administration of the Archdiocese. Each summer, Parish Life Conferences are convened in each of the seven regions of the Archdiocese : Canadian-American Region, New England Region, Eastern Region, Midwest Region, Southeast Region, Southwest Region, and Western Region. These attract thousands of people of all ages from parishes and mis- sions. The largest legislative body of the Archdiocese - the General Assembly - meets in convention biennially,

A pioneer in the use of the English language in the Orthodox churches in the New World, the Antiochian Archdiocese has since 1917 kept in print and available Isabel Hapgood's pioneering English Service Book ; it printed the first English music books for choirs in the 1920s; and its Father Seraphim Nassar produced in 1938 the first - and still the only -comprehensive collection of texts needed for the chanting of complete services in English (The Book of Divine Prayers and Services), A full-fledged publishing department was established in 1940, and it has produced and distributed numerous titles in religious education sacred music, and liturgical services.

Thousands of people of various ethnic and racial backgrounds have "come home" to the Orthodox Church and have found a spiritual home in the parishes of the Antiochian Archdiocese, joining with Americans and Canadians of Middle Eastern descent to make the Antiochian Orthodox Christian Archdiocese of North America a vibrant witness for Christ and his Church.

 

(1) The Patriarchate of Antioch and AIl the East together with the three other ancient Eastern patriarchates (Constantinople, Alexandria, and Jerusalem); four modem patriarchates (Russia, Serbia, Romania, and Bulgaria); five autocephalous churches (Cypros, Greece, Georgia, Poland, and Albania); and three autonomous churches (Sinai, Czechoslovakia, and Finland) -many with dependent bodies throughout the world - comprise what is known today as the "Eastern Orthodox Church," with an estimated . 250 million adherents, of whom, some 5-6 million live in the U.S. and Canada.
(2) ln 1917, Archbishop TIKHON was elected Patriarch of Moscow, and steered the Rus- sian Church through the bloody days of the Communist Revolution. ln 1991 he was canonized by the Moscow Patriarchate.
(3) The member jurisdictions of SCOBA are: the Albanian Orthodox Diocese of America, the Carpatho-Russian Orthodox Greek Catholic Diocese of the U.S.A., the Antiochian Orthodox Christian Archdiocese of North Arnerica, the Bulgarian Eastern Orthodox Church, the Greek Orthodox Archdiocese of North and South Arnerica, the Orthodox Church in America, the Romanian Orthodox Missionary Archdiocese in America and Canada, the Serbian Orthodox Church in the United States and Canada, and the Ukrainian Orthodox Church in America and Canada.
(4) The Patriarchate has established separate diocesan structures for the faithful in the countries of Central and South America.

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